/news/society
Publicité

Cédrika, 15 ans plus tard: sa sœur se donne le droit d'être heureuse

Mélissa Fortier-Provencher se confie sur ce qu’elle a vécu depuis la disparition de Cédrika

Cédrika Provencher à gauche avec sa grande soeur Mélissa.
Cédrika Provencher à gauche avec sa grande soeur Mélissa. Photo courtoisie


Quinze longues années ont passé depuis la disparition de sa petite sœur Cédrika, mais Mélissa Fortier-Provencher commence à peine à se permettre de vivre et d’être heureuse.

• À lire aussi: Cédrika, 15 ans plus tard: l’espoir de voir quelqu’un payer persiste

• À lire aussi: Cédrika, 15 ans plus tard: elle n’a jamais été oubliée, malgré le temps qui passe

• À lire aussi: Cédrika, 15 ans plus tard: des recherches qui ont marqué des bénévoles à tout jamais

«C’est venu avec ma fille», confie la jeune maman, qui retrouve le bonheur de ne plus être que «la sœur de Cédrika».

Déjà 15 ans se sont écoulés depuis la disparition de Cédrika Provencher, un événement qui aura marqué le Québec tout entier. 

Enlevée le 31 juillet 2007, la petite qui avait 9 ans à l’époque ne sera retrouvée qu’en décembre 2015, dans un boisé situé à une quinzaine de kilomètres du lieu de sa disparition. 

Mais malgré toutes ces années, sa grande sœur, Mélissa Fortier-Provencher, commence à peine à se donner le droit de vivre, en grande partie grâce à la petite Emy-Jade, âgée de 2 ans. 

«J’ai toujours eu beaucoup de difficulté à être heureuse. Je me suis toujours dit que je n’avais pas le droit, à cause de ce qui était arrivé à ma sœur», raconte avec émotion la femme de 26 ans. Ma fille m’a sauvé la vie, c’est un cadeau.»

Cédrika Provencher à gauche avec sa grande soeur Mélissa.
Mélissa Fortier-Provencher est heureuse malgré tout aujourd’hui. Photo courtoisie

Dans les petits yeux espiègles de sa fillette, Mélissa voit chaque jour Cédrika. La ressemblance, tant physique que sur le plan de la personnalité, est frappante. 

«Elle a les mêmes grosses joues que ma sœur se faisait toujours pincer. Elle a aussi les mêmes petites bouclettes qui deviennent rousses au soleil en été», confie la jeune femme avec un sourire nostalgique. «Je vois aussi sa joie de vivre, son innocence, son caractère, tout est là.»

Écoutez l’entrevue de Yasmine Abdefadel avec Pina Arcamone sur QUB radio :

Un poids difficile à porter

Mais Mélissa Fortier-Provencher refuse que sa fille porte le poids de ressembler à Cédrika comme elle a dû le porter, elle, depuis 15 ans. 

«Ça a été très difficile d’être la soeur de Cédrika Provencher», admet-elle avec franchise, encore émue en se replongeant dans ces difficiles souvenirs. 

Elle raconte s’être sentie tenue de vivre à fond et de réussir ce que Cédrika, sa «moitié», n’avait pas eu la chance d’entreprendre. Et il y a aussi eu la culpabilité de ne pas avoir pu protéger sa petite sœur, que bien des gens mal intentionnés ont tenté de lui faire ressentir (voir autre texte).

«Est-ce que j’ai fait la paix avec ça? Oui, mais pas complètement. C’est des années de thérapie pour y arriver.»

Pas de réponses

Si elle se dit heureuse aujourd’hui de sa vie de famille et de sa carrière d’éducatrice en service de garde, Mélissa Fortier-Provencher admet que le deuil de sa sœur ne pourra jamais vraiment se terminer tant que l’incertitude sur ce qui lui est arrivé persistera.

La découverte de son corps, en décembre 2015, n’aura apporté aucune réponse, si ce n’est la déchirante confirmation qu’il n’y avait plus d’espoir.

«Jusqu’à ce moment, j’y ai cru, parce que tu ne peux pas te résoudre à croire que ton enfant ou que ta sœur est morte quand tu ne le sais pas. J’avais le sentiment de l’abandonner si j’arrêtais d’y croire», soupire-t-elle. 

Cédrika Provencher à gauche avec sa grande soeur Mélissa.
Mélissa Fortier-Provencher avec son père Martin Provencher lors d’une veillée pour Cédrika Photo d'archives

«Mais quand on a eu le corps, j’ai seulement compris qu’on n’avait pas de réponses», laisse tomber Mélissa.

Aujourd’hui, elle veut savoir plus que jamais, pour pouvoir faire la paix avec ce qui est arrivé à Cédrika et continuer d’avancer.

«J’ai besoin de savoir ce qui s’est passé et que quelqu’un soit accusé. Quelqu’un vit sa vie librement après avoir pris celle de ma sœur. C’est dégueulasse», soupire la jeune femme.

«C’était ma moitié. J’ai réalisé que, si je faisais les choses quand j’étais petite, c’était parce qu’elle me poussait. J’étais la grande sœur, mais c’était comme les rôles inversés, c’est elle qui me protégeait et sa perte m’a suivie énormément.»


Une méchanceté qui laisse des traces

Quand Mélissa Fortier-Provencher confie qu’il a été difficile pour elle, à certains moments, d’être «la sœur de Cédrika», elle pense évidemment au fait de vivre son deuil dans l’œil du public, mais aussi à l’intimidation inconcevable dont elle a été victime.

La jeune femme prend une grande inspiration avant d’aborder le sujet de son parcours scolaire, visiblement encore fragile à l’idée de s’y replonger. 

«Les gens, ils cherchent ton point faible pour venir peser dessus. Mais moi, mon point faible, c’était ma sœur, et c’était dans le grand public. Tout le monde le savait et certains en ont profité», se souvient-elle avec émotion. «J’ai tout le temps été la sœur de Cédrika Provencher.» 

«C’est de ta faute, ce qui est arrivé», «Va t’asseoir sur le bord du trottoir et attends donc qu’il vienne te chercher toi aussi», c’est le genre de méchancetés auxquelles Mélissa Fortier-Provencher a été confrontée. 

Elle est aujourd’hui capable de revenir sur ces phrases qu’elle a maintes fois entendues, chaque fois comme un coup de couteau en plein cœur. 

Sans compter les publications à l’humour douteux qu’elle a souvent vues passer sur les réseaux sociaux relativement à sa petite sœur. 

Une adolescence difficile 

«Ce sont des choses qui venaient m’affecter chaque fois. J’en ai eu, des passes noires, dans mon adolescence, par rapport à ça. Ça a été difficile. L’adolescence, ce n’est déjà pas facile, mais là, en plus, j’avais cette étiquette-là dans le dos», confie celle qui a été longtemps suivie et qui a fait plusieurs thérapies. 

Et à l’autre bout du spectre, des gens remplis de bonnes intentions, mais bien souvent maladroits, ont aussi blessé la jeune Mélissa sans trop s’en rendre compte. 

«J’ai tellement de peine, c’est comme si c’était mon enfant.» 

Cette phrase, Mélissa Fortier-Provencher l’a entendue souvent. Venant de gens aimables, mais qui ne prenaient pas toujours la mesure de l’impact de ces quelques mots sur la jeune fille fragile qui se tenait devant eux. 

«Ça m’a énormément blessée en tant que petite fille. Chaque fois, je me disais: “Voyons, ce n’est pas votre fille, vous ne la connaissez pas, c’était MA sœur, MA famille”», confie Mélissa, ajoutant qu’elle a toujours été reconnaissante du soutien du Québec tout entier, mais que les gens ne peuvent tout simplement pas comprendre la situation s’ils ne l’ont jamais vécue. 

Ce qu'elle a dit

«Je me rappelle qu’on s’était chicanées cette journée-là et elle m’avait suivie au parc. C’était le chat et la souris. On s’aimait énormément, mais on se chicanait aussi beaucoup. La différence, ce soir-là, c’est qu’habituellement, on allait se coucher et elle me flattait les cheveux, peu importe ce qui s’était passé dans la journée, mais là, elle n’était plus là.»

– Au sujet de son dernier souvenir de sa sœur 


«Le deuil est peut-être commencé, mais il est loin d’être fini encore. Mais j’ai décidé de ne plus m’empêcher de vivre. J’aurais pu décider de ne pas vouloir d’enfants, avec ce qui est arrivé, mais j’ai fait le choix de vivre ma vie.»

– Concernant son deuil


«Elle est encore trop jeune pour comprendre, mais il y a des photos dans la maison. Elle connaît son nom, elle sait que c’est Cédrika. Pour l’instant, elle n’en sait pas plus, mais je vais lui en parler, parce que ça fait partie de notre histoire. Mais je ne veux pas que ça devienne un poids pour elle.»

– À propos de ce qu’elle veut transmettre de Cédrika à sa fille 

Le fil des événements

31 JUILLET 2007 

Disparition de Cédrika, vue pour la dernière fois à 20h27, près du parc où elle jouait.


1er AOÛT

Plus de 175 bénévoles et une cinquantaine de policiers de Trois-Rivières, en plus d’agents de la Sûreté du Québec (SQ), cherchent l’enfant.


2 AOÛT

La SQ reprend l’enquête et confirme la thèse selon laquelle la jeune fille cherchait un chien. Les articles de l’époque font état de 350 bénévoles sur place, prêts à aider aux recherches.


13 AOÛT

Après 14 jours de recherches, une récompense de 80 000$ est offerte pour toute information, en collaboration avec Jeunesse au Soleil.


27 AOÛT

Les parents font appel à Claude Poirier, qui reçoit 125 appels dans les 20 premières heures.


6 SEPTEMBRE

Après deux mois de rumeurs, la SQ annonce qu’elle recherche une Acura rouge et son conducteur.


20 DÉCEMBRE

Les autorités affirment que cinq personnes sont considérées comme des suspects potentiels.


1er FÉVRIER 2008 

La police confirme avoir saisi une Acura rouge. Les analyses effectuées s’avèrent négatives.


9 JUIN 2009 

Près de deux après la disparition, l’avocat Guy Bertrand, qui agit comme procureur indépendant, espère délier des langues avec 170 000$ mis à disposition en récompense.


12 DÉCEMBRE 2015

Après sept ans et demi d’incertitude et d’incompréhension, des ossements de Cédrika Provencher sont retrouvés par des chasseurs dans un boisé à une quinzaine de kilomètres des lieux de sa disparition.

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous partager à propos de cette histoire?

Vous avez un scoop qui pourrait intéresser nos lecteurs?

Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.







Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.