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Nos cinéastes sont des parents pauvres

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Qu’il s’agisse de séries dramatiques ou de films documentaires, les cinéastes québécois sont les parents pauvres de notre industrie audiovisuelle.

C’est connu depuis longtemps, les séries et les émissions qu’on produit à Toronto, à Vancouver ou dans n’importe quelle ville anglophone du Canada, coûtent deux à trois fois plus cher que celles que produisent les francophones, que ce soit au Québec ou ailleurs au pays. Pourtant, le matériel et l’équipement nécessaires à la fabrication d’un film ou d’une série sont aux mêmes prix à Montréal et à Toronto.

Les studios de tournage et d’enregistrement, les studios d’effets sonores et d’effets spéciaux aussi. Les sandwichs et les boissons gazeuses que mangent et boivent les équipes de production coûtent le même prix, que les équipes travaillent à Rimouski, Pembrooke ou Prince Rupert. Quant aux chambres d’hôtel et aux restaurants, les prix ne varient guère d’une province à l’autre.

D’où vient alors cette énorme différence de coûts de production ? En gros, de la main-d’œuvre ! Au Québec, cachets et salaires sont moindres qu’à Toronto ou Vancouver pour les auteurs comme pour les interprètes et les artisans dont on exige toujours plus de productivité. 

Si on loue une maison, un magasin ou tout autre lieu pour un tournage au Québec, on offre presque toujours des dédommagements plus modestes qu’ailleurs au pays. 

On demande aussi aux divers studios de tournage et d’enregistrement de « faire un effort particulier » lorsqu’il s’agit d’un film ou d’une série québécoise. En termes plus terre à terre, disons que partout où on peut presser le citron, on le presse jusqu’à la limite.

NOUVEAU PARTAGE D’OTTAWA ?

Hélène Messier, PDG de l’AQMP (Association québécoise de la production médiatique), avait de quoi pavoiser lors de la dernière élection fédérale. Grâce à ses efforts et à ceux de son association, le parti libéral de Justin Trudeau avait inscrit à son programme électoral une promesse étonnante : dorénavant, l’argent que l’État consacrerait au cinéma et à la télévision se diviserait 60/40 en faveur des anglophones, plutôt que deux tiers, un tiers, comme c’est la tradition depuis très longtemps. À cause de la pandémie qui persiste et de la guerre en Ukraine, a-t-on argué à Ottawa, on n’a pas donné suite à cette promesse.

Mais que changera une division plus avantageuse pour les francophones si les chaînes de télévision ne peuvent offrir de licences plus généreuses et si rien ne change dans les règles du Fonds des médias, du ministère du Revenu du Québec et de l’Agence fédérale du Revenu ? Il y aura plus de productions francophones, soit ! Mais un plus grand nombre de « parents pauvres » dans notre industrie.

RIVALISER AVEC LES ANGLOS ?

Le Fonds des médias du Canada* a annoncé, mardi, qu’il investira 7,3 millions $ dans 28 projets de documentaires d’auteur. 

De cette somme, 17 projets en langue anglaise jouiront d’un investissement de 5,6 millions $ et 11 projets francophones d’un investissement de 1,7 million $. Il s’agit donc d’un investissement moyen de 329 411 $ par documentaire anglophone et d’un investissement moyen de 154 545 $ par documentaire francophone, soit plus de deux fois moins.

Avec de telles disparités budgétaires, les documentaires francophones peuvent difficilement rivaliser avec les documentaires anglophones. S’ils y arrivent, c’est que leurs créateurs et artisans y auront mis beaucoup de sueurs, beaucoup d’huile de bras et y auront peut-être laissé un peu de leur santé.

*Je suis membre du conseil du Fonds des médias du Canada.

 

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