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La planète a chaud: construire à l’ancienne pour lutter contre la chaleur, en Espagne

Les habitants d’une ville d’Espagne, construite il y a 1000 ans, arrivent à se rafraîchir sans climatisation

Grenade sous soleil
Photo Clara Loiseau Coincée sous une vague de chaleur extrême, dont les températures dépassent les 35° quotidiennement depuis plusieurs semaines, la ville de Granada, située en Andalousie, en Espagne, étouffe.

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GRANADA, Espagne | Rues étroites, petites fenêtres, murs épais et jardins intérieurs : même s’il a été construit il y a plus 1000 ans, un vieux quartier de Granada, en Espagne, est mieux équipé pour résister au réchauffement climatique que les constructions modernes à la fine pointe de la technologie.

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« C’est comme le serpent qui se mord la queue. Ici, les constructions d’aujourd’hui utilisent l’air conditionné pour se rafraîchir, ce qui participe au réchauffement de la planète, alors que l’on peut s’inspirer des vieilles constructions pour construire des maisons mieux adaptées », soutient Blanca Espirages Rooney, une architecte andalouse qui visite avec Le Journal les rues de Granada.

Depuis plusieurs semaines, l’Espagne suffoque sous des températures avoisinant ou dépassant même les 40 °C, selon les régions. Dans le sud du pays, en Andalousie, le mercure a atteint plusieurs fois les 45 °C.

Mais malgré un soleil de plomb et des chaleurs extrêmes, certains quartiers s’en sortent mieux grâce à la façon dont ils ont été construits et pensés il y a plus de 1000 ans.

Lorsqu’on déambule dans les rues du quartier d’Albaicín, à Grenade, dans le sud de l’Espagne, on sent tout de suite qu’il fait moins chaud qu’au centre-ville. Pourtant, moins d’un kilomètre sépare les deux quartiers.

« On a facilement de 5 à 10 degrés de moins ici qu’au centre de Granada », fait remarquer l’architecte.

Architecture adaptée

Pour éviter de surchauffer durant les périodes de forte chaleur, les rues et les maisons méditerranéennes, comme ici dans l’Albaicín, ont été construites sur le bon sens pour s’adapter au climat naturellement chaud et sec, explique Mme Espirages.

Les rues étroites permettent de faire circuler et créer des courants d’air. Les murs des maisons d’un mètre d’épaisseur et recouverts de chaux empêchent la chaleur de rentrer. Les espaces verts se trouvant dans des jardins ou cours intérieurs contrôlent le climat dans la maison.

Si ces constructions semblent être une solution pour l’avenir alors que les températures ne font que monter d’année en année, Mme Espirages sait bien que tant que le gouvernement ne fera rien, rien ne changera.

« Malheureusement, c’est beaucoup plus simple de construire d’énormes immeubles qui se reposent sur la technologie comme l’air conditionné plutôt que repenser à nos constructions », déplore-t-elle.

Au Québec aussi

Loin d’avoir le même climat que l’Andalousie, il faudra aussi repenser à la façon dont nous construisons nos habitations aux Québec, notamment en utilisant des ressources renouvelables et renouvelées comme le bois et en isolant mieux les demeures, souligne André Casault, professeur à l’École d’architecture de l’Université Laval.

« Il y a des leçons à tirer des constructions du passé, mais il faut quand même se dire que le contexte est très différent et qu’il va falloir s’adapter », explique-t-il.

– Avec la collaboration de Nora T. Lamontagne

De petites fenêtres pour contrer la chaleur

Grenade sous soleil
Photo Clara Loiseau

De petites fenêtres évitent l’entrée de trop de lumière et de chaleur à l’intérieur de la maison. Ainsi, elle reste fraîche. Le soir, lorsque la température devient plus agréable, les habitants de ces maisons qui n’ont pas besoin d’air conditionné peuvent ouvrir leurs fenêtres pour faire une circulation d’air. « Les gens qui ont en plus des cours intérieures ont encore plus de ventilation avec ce système », soutient Blanca Espigares Rooney, architecte espagnole.

Îlots de fraîcheur intérieurs

Grenade sous soleil
Photo Clara Loiseau

Les carmenes, maisons situées dans le quartier d’Albaicín, à Granada, ont pour la plupart une ou parfois même plusieurs cours intérieures. Ces « pièces » permettent de créer un vrai îlot de fraîcheur pour la maison. 

« Grâce au point d’eau et aux plantes, cela permet vraiment de contrôler la température. On peut choisir un arbre très feuillu pour avoir plus d’ombre l’été et qui perd ses feuilles l’hiver pour avoir plus de soleil par exemple », affirme Blanca Espigares Rooney, architecte espagnole. 

En ouvrant les fenêtres qui donnent sur ces cours, on peut également ventiler la maison avec de l’air frais.

Des murs de près d’un mètre d’épaisseur

Grenade sous soleil
Photo Clara Loiseau

Grâce à une épaisseur allant de 80 centimètres à parfois 1 mètre, les murs peuvent absorber la chaleur avant qu’elle n’atteigne l’intérieur de la maison, « ce qui permet de garder une bonne température », explique Blanca Espigares Rooney, une architecte espagnole et guide en Andalousie, en Espagne. Aussi, les bâtiments sont recouverts de chaux, un produit que l’on retrouve particulièrement à Granada, qui permet de refléter la lumière grâce à sa couleur blanche et donc, de ne pas emmagasiner de chaleur.

Des après-midi épuisants

À Granada, c’est particulièrement en après-midi que la chaleur est plus difficile à tolérer.

Vers 16 h, il faisait 41 °C au centre-ville. Notre journaliste l’a tout de suite ressenti, dès qu’elle a mis le pied dans la ville la semaine dernière.

Bien qu’elle ait été en reportage depuis des jours dans l’Europe caniculaire, c’était la deuxième journée la plus chaude qu’elle affrontait. Seul son passage à Madrid a été plus chaud.

« C’est pour ça qu’ici nous faisons des siestes ! La chaleur nous fatigue ! » explique Blanca Espigares Rooney. 

« C’est aussi pour cette raison que les Espagnols profitent tard de la journée en allant souper vers 21 h », ajoute-t-elle.

« Si on ne s’organisait pas en fonction de la chaleur, on ne ferait rien », renchérit-elle.

Des rues étroites pour de l’air frais

Grenade sous soleil
Photo Clara Loiseau

Dans le quartier d’Albaicín, situé à Granada en Espagne, les rues sont très étroites. Construites au 13e siècle, ces rues apportent de la fraîcheur en permettant au vent de s’y engouffrer. L’étroitesse permet aussi de protéger du soleil, car à presque toutes les heures du jour, de l’ombre sera faite grâce aux bâtiments.

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