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Main-d’œuvre: la recette beauceronne pour dénicher et garder des effectifs

Horaires flexibles, logis gratuits ou encore garderies, tous les moyens sont bons

Line Breton est en pleine offensive charme pour attirer de nouveaux travailleurs, notamment avec des salaires alléchants.
Photo Olivier Bourque Line Breton est en pleine offensive charme pour attirer de nouveaux travailleurs, notamment avec des salaires alléchants.

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SAINT-BERNARD-DE-BEAUCE et SAINT-LAMBERT-DE-LAUZON | Hausse des salaires, accès à des garderies et à du logement, transport gratuit, programme de développement, horaires flexibles, les entrepreneurs beaucerons se creusent les méninges afin d’attirer les employés, a constaté Le Journal. 

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Au royaume des PME situé dans la vallée de la Chaudière, les affiches «Nous embauchons» ont poussé comme des champignons. Tout le monde cherche du personnel et tous les moyens sont bons pour les attirer. 

«Quand une personne se présente et veut travailler chez nous, je le dis à la blague : on barre les portes!» rigole Line Breton, vice-présidente ressources humaines chez Viandes du Breton, qui emploie 1200 personnes au Québec. 

Selon elle, les entrepreneurs n’ont plus le choix et doivent être rapides sur la gâchette. «On reçoit un CV, dans les 24 heures, la personne est contactée et on la chouchoute», explique-t-elle. 

Au total, l’entreprise qui produit du porc biologique cherche 120 travailleurs, surtout à leur usine de Rivière-du-Loup. En attendant, la société perd 15 millions $ par année et n’a pas lésiné sur les moyens pour charmer le personnel.  

«On a augmenté les salaires de 20 % dans nos usines. On parle même d’une hausse de 29 % sur trois ans», explique-t-elle. 

Viandes du Breton assure aussi le transport de travailleurs, surtout étrangers, en partance de Montréal vers le Bas-Saint-Laurent. Des logements ont été construits et il y aura sous peu des garderies en milieu de travail. 

«Mais on aimerait que les gouvernements simplifient le processus pour attirer des travailleurs étrangers. Ça prend entre 10 et 12 mois, ça n’a pas de bon sens», se désole-t-elle. 

  • Écoutez Olivier Bourque, journaliste économique au micro de Yasmine Abdefadel sur QUB radio :

Gouvernements, nuisez-nous pas! 

Non loin de là, à Saint-Lambert-de-Lauzon, Le Journal rencontre Louis Veilleux, patron de Groupe Mundial, qui compte 350 employés. La PME produit du métal en feuilles pour les véhicules électriques et approvisionne Volvo et Lion Électrique. 

Louis Veilleux, PDG de Groupe Mundial
Louis Veilleux, PDG de Groupe Mundial

«Ici, on mise beaucoup sur le travailleur, sur le dépassement de soi. On veut amener les gens à adopter notre culture d’entreprise. On a des programmes de formation et de diplomation», explique M. Veilleux. 

Dans l’usine, le dirigeant connaît le nom de tous les employés, a constaté Le Journal. Ceux-ci sont rencontrés avant leur période d’essai, on évalue leur compatibilité avec leur cadre supérieur. 

«On veut les faire grandir. Trois jeunes qui avaient commencé en passant le balai se sont joints à l’équipe d’actionnaires», explique M. Veilleux. 

Pour contrer la pénurie de main-d’œuvre, le Groupe Mundial compte sur des salaires compétitifs dans le secteur (20-30 $ de l’heure), mise sur des horaires flexibles, sur la diversité et les travailleurs étrangers francophones. 

«Parler français peut devenir un atout, on a des travailleurs du Cameroun, du Maghreb, de la France. On veut aussi plus de femmes», dit-il. 

Récemment, Groupe Mundial a acheté une résidence pour aînés afin de loger ses travailleurs. «On en fait beaucoup pour contrer la pénurie. Mais on dit au gouvernement, nuisez-nous pas, tassez-vous, laissez-nous faire», dit-il.  

Le miracle mis en péril par la pénurie 

La pénurie de main-d’œuvre fait mal à la Beauce dont l’activité manufacturière compte pour le tiers de son économie. Le fameux miracle entrepreneurial beauceron en prend pour son rhume et les pertes sont importantes. 

Claude Drouin.
Commissaire
Industriel
Photo courtoisie
Claude Drouin. Commissaire Industriel

«Le miracle va survivre, mais faudra qu’on nous aide. Ce qu’on remarque, c’est que nos entreprises doivent abandonner des contrats et des clients», soutient Claude Drouin, commissaire industriel à Développement économique Nouvelle-Beauce.

L’an passé, une cinquantaine d’entreprises beauceronnes avaient lancé un cri du cœur pour dénoncer la lenteur des gouvernements, surtout le fédéral, à délivrer les permis nécessaires aux travailleurs étrangers. 

«La pénurie nous touche plus qu’ailleurs et nuit à la profitabilité de nos entreprises. On ne reçoit pas notre part d’immigration et de travailleurs étrangers», assure M. Drouin. 

Pertes de plusieurs millions 

Pendant ce temps, les entreprises et PME manquent plusieurs opportunités. Seulement pour la région, les pertes de revenus liées à la pénurie ont été de 335 millions $ en 2021. 

«On demande maintenant au gouvernement d’en faire plus, mais ce qui me rassure, c’est qu’on sent une ouverture de leur part», croit-il.

Selon un sondage mené par Deloitte, 90 % des PME et entreprises beauceronnes ont des problèmes liés au manque de personnel et 86 % disent qu’elles sous-utilisent leurs capacités.  

Par conséquent, quatre points devraient être améliorés pour contrer la pénurie. 

«Il faut revoir la fiscalité pour les 60 ans et plus qui désirent rester sur le marché du travail. On doit aussi aider à la résidence permanente pour les travailleurs étrangers, il faut soutenir la robotisation dans les PME et construire de nouveaux logements», assure-t-il. 

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