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Enquêtes au SPVM: Le Journal dans les coulisses de la lutte aux armes à feu

De nombreuses équipes travaillent en coulisses pour aider les enquêteurs à Montréal

enquêtes criminelles
Photo Chantal Poirier La commandante de l’identification judiciaire, Nadine Garneau, et l’agent aux biens et effets, Yannick Émond, manipulent des armes qui s’en vont à la destruction.

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Derrière les arrestations de bandits et les perquisitions à la recherche d’armes à feu, de nombreuses équipes spécialisées travaillent dans l’ombre des enquêteurs afin de faire la lutte à la violence armée à Montréal. Cyberenquête, surveillance, identification judiciaire : Le Journal a eu un accès exclusif à l’univers de ces unités spéciales, qui travaillent sans relâche pour aider à résoudre des crimes. 

«Une grande partie de notre travail est confidentiel, alors on entend peu parler de nous, explique l’inspectrice-cheffe Caroline Cournoyer, responsable du Service spécialisé en enquêtes criminelles (SSEC). Mais si vous saviez le nombre de fois par jour que les enquêteurs appellent nos équipes. C’est une étroite collaboration.»

Caroline Cournoyer, Inspectrice-cheffe
Photo Chantal Poirier
Caroline Cournoyer, Inspectrice-cheffe

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) compte sur diverses unités de soutien, comme le renseignement, les technologies d’enquête, la surveillance et l’identification judiciaire. 

En haut de la pile

Depuis deux ans, la flambée de violence dans les rues fait en sorte que tous les dossiers qui touchent de près ou de loin à une arme à feu sont automatiquement mis en haut de la pile. 

«Dès qu’on a une info, on la priorise, assure l’inspectrice-cheffe Cournoyer. Autant le samedi soir qu’en plein milieu de la nuit. On réveille nos gens et on les fait travailler. On est présents et disponibles pour traiter l’information en temps réel. C’est toujours très effervescent ici.»

Mais comment expliquer cette recrudescence de violence qui a fait des dizaines de victimes au cours des derniers mois ? Pourquoi retrouve-t-on des adolescents, qui n’ont même pas le droit de boire une bière ou de voter, blessés par balles ou carrément morts dans les rues de la métropole? 

La banalisation et la glorification des armes sont des pistes de réponse, croit l’inspectrice-cheffe Cournoyer.  

Yannick Emond, Agent aux biens et effets
Photo Chantal Poirier
Yannick Emond, Agent aux biens et effets

«C’est devenu une fierté de posséder une arme, de la montrer sur les réseaux sociaux. Dans le crime organisé, avant, on achetait une arme pour commettre un crime. On avait un plan. Maintenant, on achète une arme sans plan. On vit dans l’instant présent et c’est souvent des utilisations très impulsives.»

Résultat : au lieu de tirer deux ou trois balles afin d’atteindre sa cible, les tireurs vont en tirer 20 ou 30. 

«À ce moment-là, on doit faire 20 ou 30 expertises. C’est une plus grande charge de travail pour nos équipes et ça devient plus complexe», explique-t-elle. 

Avancée des technologies

Un autre défi que rencontrent fréquemment les unités de soutien est celui de l’avancée des technologies. 

Devant tous les efforts déployés par les grandes entreprises technologiques pour rendre nos cellulaires et autres appareils plus difficiles à pirater, les équipes du SPVM doivent constamment renouveler leurs connaissances.

«Mais ils sont vraiment, vraiment bons, dit la grande patronne, le sourire aux lèvres. Notre équipe de cyber-enquête gagne souvent des prix pour son expertise. On a beaucoup de moyens pour traquer les criminels, mais on ne peut malheureusement pas tout dire, parce que, sinon, ils en trouveraient d’autres.» 

Le chemin d’une arme 

Lorsqu’une arme est découverte au cours d’une perquisition ou sur le lieu d’un crime, elle sera d’abord saisie par les techniciens en scène de crime et emportée dans leur département pour qu’on y effectue une première série d’analyses. L’arme sera ensuite envoyée au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale (LSJML), où des expertises encore plus poussées seront faites, notamment par le département de balistique, le seul au Québec. Elle sera par la suite renvoyée au SPVM afin d’être entreposée en attente des procédures devant un tribunal. 

Le Journal a pu entrer dans la voûte où sont rangées les armes, une pièce où une poignée de gens ont accès et dans laquelle aucune personne de l’externe n’avait encore jamais mis les pieds. 

De nombreuses armes longues, récemment prohibées, sont entreposées dans des bacs et attendent d’être détruites par la Sûreté du Québec.
Photo Chantal Poirier
De nombreuses armes longues, récemment prohibées, sont entreposées dans des bacs et attendent d’être détruites par la Sûreté du Québec.

«Ici on a des armes saisies en attente de procès, mais on a aussi des armes dont des citoyens ont dû se départir à la suite de la modification de la loi», lance la commandante Nadine Garneau, responsable de l’identification judiciaire. 

Lorsque toutes les analyses possibles sont faites sur une arme et que le dossier est clos à la cour, celle-ci peut ensuite être détruite. 

«C’est la Sûreté du Québec qui s’occupe de la destruction. Ils vont les faire fondre», explique la commandante. 

L’une des armes en route vers la destruction était partiellement imprimée en 3D.
Photo Chantal Poirier
L’une des armes en route vers la destruction était partiellement imprimée en 3D.

Certaines armes sont dans la voûte depuis plus de 20 ans. Elles sont liées à des homicides non résolus et les enquêteurs espèrent un jour pouvoir les relier au tueur.  

Cyberenquête 

Le département du renseignement est un outil exceptionnel pour les enquêteurs du SPVM. Ceux qui y travaillent sont chargés, notamment, de la filature, de l’infiltration, de l’écoute électronique et de plusieurs autres techniques d’enquête hautement confidentielles. Pour des raisons évidentes, Le Journal n’a pas pu avoir accès à toutes les unités. 

Le travail des policiers au renseignement est interrelié avec celui des autres unités et bien souvent, une bonne collaboration peut permettre de fournir des preuves irréfutables aux enquêteurs. 

Prenons l’exemple d’un policier qui serait affecté à une filature. S’il voyait son suspect jeter son café dans une poubelle, il pourrait aviser rapidement la section de l’identité judiciaire, qui viendrait récupérer le gobelet. Des prélèvements d’ADN pourraient ensuite être faits sur l’objet. 

L’unité de cyberenquête, mise sur pied en 2017, est également mise à contribution quotidiennement. Ces membres sont en mesure de soutenir les enquêteurs et les patrouilleurs sur la route en temps réel lorsqu’un ordinateur, un cellulaire ou autre appareil électronique est impliqué. Ils peuvent aussi retracer des individus à partir de réseaux sociaux, d’espaces nuagiques ou toute autre information logée sur le web. 

De 2018 à 2021, ils ont traité 45 fois plus de dossiers concernant des armes à feu. La recrudescence de ce type de violence se fait particulièrement ressentir au sein du département. 

Maya Alieh, Sergente-détective
Photo Chantal Poirier
Maya Alieh, Sergente-détective

Afin de démontrer l’étendue de leurs capacités, la sergente-détective Maya Alieh et son équipe ont même dressé un portrait de la représentante du Journal en fonction des informations qui se trouvaient sur le web (avec son autorisation préalable). La quantité de renseignements personnels découverts en si peu de temps était à la fois impressionnante... et préoccupante.  

ÉQUIPE DE CYBERENQUÊTE

Année Nombre de dossiers annuels Dossiers armes à feu
2018 669 3
2019 1024 21
2020 1045 52
2021 1364 137
2022 794 (en date du 9 juin) 89 (en date du 9 juin)

 

Source : SPVM

DEPUIS LE DÉBUT DE L’ANNÉE À MONTRÉAL 

315
armes à feu saisies 

7
homicides par arme à feu 

23
tentatives de meurtre par arme à feu 

68
décharges d’arme à feu ou coups de feu sur bâtiment, véhicule, ou autres 

Source : SPVM, du 1er janvier au 30 juin 2022 

La technologie, un couteau à deux tranchants 

Les criminels raffinent eux aussi leurs moyens pour ne pas se faire pincer 

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Photo Chantal Poirier

À la suite d’une invitation de la police de Montréal, Le Journal a pu vivre en primeur tout ce qui se passe en coulisses au cours d’une enquête. Les unités spécialisées qui assistent les enquêteurs ont des capacités permettant souvent de faire débloquer les dossiers les plus complexes.   

Des yeux partout 

Au département des technologies d’enquête, les experts sont en mesure de récupérer à peu près tout, notamment en démontant carrément des ordinateurs.
Photo courtoisie, SPVM
Au département des technologies d’enquête, les experts sont en mesure de récupérer à peu près tout, notamment en démontant carrément des ordinateurs.

Si de l’équipement est saisi lors d’une perquisition, il sera directement envoyé à l’équipe des technologies en enquête afin d’être analysé. Que ce soit un cellulaire, un ordinateur ou même un drone, les experts peuvent récupérer à peu près tout, quel que soit le support. Le personnel doit toutefois demeurer à l’affût de toutes les nouvelles technologies existantes puisque certains criminels sont très rusés. La charge de travail a grandement augmenté au cours des dernières années. Il y a dix ans, lorsqu’une clé USB était saisie chez un pédophile, elle contenait généralement 5 go de matériel à analyser. Désormais, il n’est pas rare de retrouver des disques durs allant jusqu’à 14 téraoctets sur des lieux de perquisition. 

Une partie de leur département a même des airs de bureau de prêteur sur gages, alors que des lecteurs de VHS et de cassettes sont disponibles au besoin.

Cette division possède également un laboratoire mobile dont l’équipement permet d’effectuer une recherche préliminaire sur le lieu d’une perquisition.

«Ça aide les enquêteurs à décider s’ils veulent détenir la personne ou la remettre en liberté en fonction de la preuve recueillie. Ça permet d’enligner rapidement une enquête», explique le commandant responsable de l’unité, Rhéaume Coallier.

Rhéaume Coallier, commandant en charge de la section des technologies en enquêtes
Photo Chantal Poirier
Rhéaume Coallier, commandant en charge de la section des technologies en enquêtes

De plus, son équipe est responsable des 42 caméras installées à des endroits stratégiques sur l’île de Montréal. Elles enregistrent 24 h sur 24. Lors de notre visite, une jeune cadette responsable de la vigie a même informé son commandant que des images d’un crime par arme à feu survenu la veille avaient été captées par les caméras. Celles-ci pourront servir dans un éventuel procès.  

42 caméras sont installées aux quatre coins de l’île de Montréal et une personne est constamment en poste afin d’y faire la vigie.
Photo courtoisie, SPVM
42 caméras sont installées aux quatre coins de l’île de Montréal et une personne est constamment en poste afin d’y faire la vigie.

Le CSI de Montréal 

Caroline Simoneau, superviseure au module de détection de scène de crime, explique comment ils sont en mesure de voir la trajectoire des balles en utilisant des bâtons.
Photo Chantal Poirier
Caroline Simoneau, superviseure au module de détection de scène de crime, explique comment ils sont en mesure de voir la trajectoire des balles en utilisant des bâtons.

Depuis deux ans, le nombre de scènes où des impacts de balles sur des voitures doivent être analysés augmente constamment. Les techniciens en identité judiciaire utilisent notamment des bâtons afin de déterminer la trajectoire des balles et où se situait le tireur. Il est même parfois possible de déterminer assez rapidement le calibre de l’arme, bien que l’expertise finale se fasse par le département de balistique du LSJML. Un mécanicien judiciaire travaille au sein de l’équipe et apporte une expertise bien particulière et plutôt rare. Il est en mesure, notamment, de retirer les projectiles coincés dans la carrosserie sans les endommager.  

Le SPVM possède son propre mécanicien judiciaire, qui est en mesure d’extraire des projectiles tirés dans des voitures sans les endommager.
Photo Chantal Poirier
Le SPVM possède son propre mécanicien judiciaire, qui est en mesure d’extraire des projectiles tirés dans des voitures sans les endommager.

 

À la fine pointe 

La commandante Nadine Garneau devant le cabinet de cyanoacrylate, où les empreintes sont prises sur des armes de poing.
Photo Chantal Poirier
La commandante Nadine Garneau devant le cabinet de cyanoacrylate, où les empreintes sont prises sur des armes de poing.

La prise d’empreintes avec diverses poudres est probablement la façon la plus connue de relever de l’ADN puisqu’elle est fréquemment montrée dans les séries ou les films. Mais d’autres techniques plus modernes existent désormais.

Au département d’identification judiciaire du SPVM, les techniciens possèdent notamment des cabinets de cyanoacrylate. Sur les armes à feu, cette technique est plus souvent utilisée puisqu’elle donne de meilleurs résultats.

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Photo Chantal Poirier

Après avoir inséré l’arme dans le cabinet, quelques gouttes de colle spéciale et un peu d’eau sont ajoutées dans un récipient. En une heure, les huiles sur la surface de l’arme seront visibles à l’œil nu ou avec un rehaussement au laser. Les empreintes seront ensuite photographiées, puis codifiées, afin d’être envoyées à la banque du SPVM. Si aucune correspondance n’est relevée, celles-ci pourront être transmises à la Gendarmerie royale du Canada, qui tient son propre registre.

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Photo Chantal Poirier

Les empreintes sont parfois visibles à l’œil nu, mais souvent, de l’équipement spécialisé est nécessaire.
Photo Chantal Poirier
Les empreintes sont parfois visibles à l’œil nu, mais souvent, de l’équipement spécialisé est nécessaire.

La banque nationale de la GRC a d’ailleurs été mise sur place seulement en 2000. 

L’ADN est une technique d’enquête assez récente au Canada, malgré ce que l’on pourrait croire.

«Quand je suis rentrée en 2005, l’ADN, il fallait qu’on la voie sur un objet, explique Caroline Simoneau, superviseure au module de détection de scène de crime. Maintenant, on est facilement capables de sortir des profils alors qu’on ne voit rien à l’œil nu. Les techniques de travail ont vraiment évolué depuis l’ADN. Avant, on ne se souciait pas de laisser une empreinte sur une scène. Si on ressortait les cold cases [dossiers non résolus], on aurait les empreintes de tous les enquêteurs qui ont travaillé sur le dossier.» 

IDENTIFICATION JUDICIAIRE 

Nombre de scènes de crime expertisées
3000

Nombre de scènes couvertes par les photographes
200 

Nombre d’identifications de suspects par empreintes
250 

Source : SPVM, statistiques annuelles générales

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