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La semaine de pénitence de Radio-Canada

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Le voyage du pape François au Canada a semblé une longue pénitence pour le diffuseur public.

Le pèlerinage pénitentiel du pape en fut un aussi pour Radio-Canada. Malgré les valeureux efforts de l’animatrice Geneviève Asselin, le cœur n’y était pas. Si TVA a cru bon sortir Pierre Bruneau de sa récente retraite pour commenter la grand-messe du pape à Sainte-Anne-de-Beaupré, Radio-Canada n’a interrompu les vacances d’aucun de ses chefs d’antenne vedettes pour l’occasion. 

Cette visite, la première d’un pape depuis 2002, n’a guère mobilisé les fidèles. À Edmonton, près du tiers du majestueux stade du Commonwealth était vide, alors qu’en 1984 le pape Jean-Paul II avait attiré plus de 100 000 fidèles dans l’inconfort d’un champ de ferme, en banlieue de la capitale albertaine. À Québec, restaurateurs et commerçants attendaient une manne du ciel. Ils sont restés sur leur appétit. Le nombre de visiteurs attendus ne s’est pas matérialisé.

Geneviève Asselin et ses deux invités d’office, l’ethnologue wendat Isabelle Picard et l’ex-animateur de Second regard, Alain Crevier, ont-ils été refroidis par le peu d’enthousiasme que soulevait le pèlerinage ? Peut-être, car ils n’étaient pas très volubiles. Ils étaient même souvent à court de mots et paraissaient mal préparés, comme s’ils avaient ignoré ce qui allait se passer. Disons à leur décharge qu’il n’y avait rien de trop excitant à décrire.

UN GÊNANT MUR DE SOUTANES

À ma connaissance, seule Jeannette Vollant, une Innue survivante du pensionnat Notre-Dame de Mani-utenam, a soulevé le fait que les Autochtones furent toujours séparés du pape par une muraille étanche de cardinaux et d’évêques ensoutanés. Ce sont eux qui étaient aux premières loges et non pas ceux qui furent déracinés, abusés et agressés dans les pensionnats. La Conférence des évêques catholiques du Canada, qui avait organisé la visite, a raté une belle occasion de manifester une véritable sympathie à l’égard des Autochtones en se mêlant à eux plutôt qu’en faisant ce gênant écran entre eux et le souverain pontife.

La visite a tout de même donné lieu à quelques scènes émouvantes que le trio de commentateurs de Radio-Canada, toujours sur son quant-à-soi et marchant sur des œufs, n’a guère commentées. Si le pape, comme tout politicien habile et aguerri, embrasse les enfants qu’on lui amène ou leur fait des guili-guili, c’est avec une certaine surprise qu’on l’a vu porter à ses lèvres la main d’Alma Desjarlais, une femme crie de la Première Nation de Frog Lake en Alberta. À Rome, le printemps dernier, Marie-Anne Day Walker-Pelletier, alors cheffe de la Première Nation d’Okanese en Saskatchewan, avait remis au pape une paire de mocassins d’enfant. Il avait promis de les rapporter lors de sa visite. Ce qu’il a fait avec un petit air malin devant les caméras.

DE BEAUX SUJETS D’ENQUÊTE

Ce voyage n’a pas donné lieu à de la grande télévision. À Ici première comme à RDI et à la radio, les émissions furent plus prudentes que mémorables, les commentaires plus timides que révélateurs. Le pape François a sûrement fait un pas de plus vers la réconciliation de son Église avec les Autochtones du Canada, mais nous sommes encore loin de connaître toute la vérité sur ce siècle de génocide culturel comme l’a qualifié dans son rapport la Commission de vérité et de réconciliation du Canada et comme l’a reconnu le pape dans l’avion de retour. Il reste beaucoup de sujets d’enquête et d’émissions pour le diffuseur public qui pourrait en les instruisant montrer un authentique souci pour les Autochtones. 

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