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Les garçons qui sont moins agressifs dans l’enfance sont plus riches à l’âge adulte

Le système devrait intervenir avant l’apparition des problèmes, plaide un expert

Richard E Tremblay
Photo Pierre-Paul Poulin Le chercheur Richard E. Tremblay travaille sur les origines de la délinquance. « On est capable d’identifier très tôt les garçons qui vont mal tourner », dit-il.

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S’ils sont pris en charge dès le début de l’école primaire, les garçons agressifs seront non seulement moins exposés au risque de criminalité à l’âge adulte, mais ils gagneront un bien meilleur salaire, révèle une étude menée à Montréal.

«L’école et les services sociaux ne mettent pas leurs énergies et leurs budgets au bon endroit pour réduire les problèmes causés par les garçons agressifs», déplore Richard E. Tremblay, qui signe avec plusieurs collègues un important article sur les effets à long terme d’un programme d’intervention précoce chez les garçons de milieux défavorisés de Montréal. 

Richard E Tremblay
Photo Pierre-Paul Poulin

«Nous avons montré que non seulement le garçon pris en charge sera moins exposé à la toxicomanie et à la délinquance durant son adolescence, mais que même ses revenus s’en trouveront améliorés sensiblement à l’âge adulte», résume-t-il. L’article a été publié dans la revue American Economic Review, une des plus importantes au monde en sciences économiques.

Avec ses collègues du Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale de l’enfant (GRIP), ce professeur de l’Université de Montréal suit 1200 garçons d’écoles en milieux défavorisés à Montréal depuis 1982.

-Écoutez l’entrevue de Patrick Déry avec Richard Ernest Tremblay sur QUB radio :

Intervenir ou pas?

Les garçons agressifs à la maternelle ont été divisés en deux groupes. Le premier a bénéficié d’une intervention intensive auprès de la famille et à l’école pendant deux ans, alors que le second n’a pas reçu cet encadrement. En comparant les revenus quatre décennies plus tard, les chercheurs ont obtenu cette différence significative: un revenu 20% supérieur pour les garçons ayant été aidés par comparaison aux autres qui avaient les mêmes problèmes. 

Mise en place au début des années 1980 dans les écoles de quartiers défavorisés de Montréal, l’intervention consistait à s’attaquer aussitôt que possible aux causes des comportements agressifs et à placer les enfants dans des situations où ils pouvaient mieux développer leurs habiletés sociales.

Petit problème deviendra grand

Parmi les milliers d’enfants suivis par le GRIP, certains sont en prison, d’autres sont des diplômés universitaires. Les uns sont tombés dans la dépendance à diverses substances et les autres ont mené des vies plus tranquilles. L’objet des études du GRIP consiste justement à mieux comprendre les différentes trajectoires.

Les travaux du professeur Tremblay et de ses collègues montrent que chaque dollar investi en prévention dans la petite enfance rapporte plusieurs dollars en économie à la société dans le futur. Moins de prise en charge sociale aux frais de l’État, moins de coûts d’emprisonnement liés à la criminalité, moins de dépenses liées au décrochage, à la toxicomanie.

Le professeur Tremblay, lauréat en 2017 du prix de Stockholm qu’on qualifie de Nobel de la criminologie, souligne que ce type d’intervention n’est pas bien reçu dans les écoles, sous prétexte que les ressources sont accaparées par les plus vieux. «C’est une erreur, car ce sont les petits problèmes qui deviennent gros.»

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