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Le grand deuil des amateurs de cinéma

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Durant deux décennies, des milliers de Québécois sont tombés amoureux du cinéma grâce au Festival des films du monde.

Un seul homme en tirait toutes les ficelles : Serge Losique, le plus éclectique de tous les cinéphiles que je connaisse, mais peut-être le plus intraitable. En août, mois du festival, son fondateur doit encore hanter les nuits des ministres de la Culture. Qu’ils soient d’Ottawa ou de Québec, ils tentèrent tous de sauver le FFM dont les Québécois gardent la nostalgie. 

Un post de Lyne Robert sur Facebook a rappelé, le mois dernier, à quel point le festival avait été « un événement fondateur de sa vie ». Des dizaines d’autres correspondants ont abondé dans le même sens.

Dès la première saison du FFM qui se déroula à la Maison du Québec de Terre des hommes en 1977, Serge Losique décréta que le festival serait son bébé. Avait-il eu besoin de quelqu’un pour attirer des vedettes comme Ingrid Bergman, Gloria Swanson ou Jean-Luc Godard à la première édition ? Cette première fut un tel succès que les cinéphiles oublièrent bien vite l’ancien festival du film auquel l’Expo 67 avait mis fin. Ce Festival international du film de Montréal avait été fondé pour contrer la censure du cinéma qu’imposait le gouvernement de Maurice Duplessis.

LA MECQUE DU CINÉMA

Après ce coup de maître, Losique n’eut aucun mal à convaincre la Fédération internationale des associations de producteurs de films que son festival devait être compétitif. Comme celui de Cannes, de Berlin ou de Venise. Il créa le Grand prix des Amériques et un demi-million de cinéphiles envahirent chaque fin d’août les cinémas du centre-ville durant les 12 jours qui précédaient la fête du Travail. Montréal devint la Mecque du cinéma en Amérique.

Inquiet de voir ses subventions dépensées par un homme sur lequel il n’avait pas de contrôle, le gouvernement du Québec résolut de lui imposer un conseil d’administration. Comme j’étais alors président de l’Institut du cinéma, je fus chargé d’annoncer la nouvelle à Serge. Frileux et devinant qu’il prendrait mal l’affaire, je décidai de le rencontrer au bureau de l’Institut en compagnie de Pierre Goyette, sous-ministre des Finances. Le ton monta si vite entre les deux hommes qu’ils en vinrent presque tout de suite aux coups. Il s’en fallut de peu que je ne puisse les séparer. Le sous-ministre repartit penaud et Losique continua de régner seul sur le festival que l’État continua de financer.

UN CADEAU DE DEUX MINISTRES

Des années plus tard (en 2005), ce fut au tour de Liza Frulla, ministre du Patrimoine, et de Line Beauchamp, ministre de la Culture à Québec, de vouloir coller au tapis les épaules de Losique. En accord avec presque tout le milieu, les deux ministres offrirent sur un plateau d’argent (c’est le cas de le dire) un nouveau festival du film à Alain Simard. Il ne connaissait pas le cinéma, mais il était l’un des fondateurs du prospère Festival de jazz. Ce « nouveau » festival du film « vécut ce que vivent les roses, l’espace d’un été ! » Quant au FFM, exsangue et sans le sou, il réussit à survivre.

Le FFM rendit l’âme en 2018, abandonné par les gouvernements, assailli par les créanciers et poursuivi par Revenu Québec et la SODEC, qui l’avait financé si longtemps. Des centaines de cinéphiles, dont je suis, n’ont pas encore fait le deuil de ces jours du mois d’août durant lesquels ils découvraient avec tant de bonheur des films de tous les coins du monde.

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