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Cinq ans plus tard, les diplômés d'une école mal aimée de Montréal gardent un souvenir mitigé

Huit diplômés
Photo Martin Chevalier

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En 2017, Le Journal faisait le portrait d’une dizaine de finissants d’une école mal aimée de Montréal. Nous avons documenté leur parcours pendant 5 ans.


Avec le recul, la moitié des 10 diplômés que Le Journal a suivis pendant 5 ans posent un regard sévère ou mitigé sur leur école secondaire, tandis que les autres en vantent les qualités.

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«Je suis encore plus critique qu’avant [...] Je suis désolée, mais ils ont des croûtes à manger», insiste Eugénie-Laurence Fafard-Drareni, qui a l’impression d’avoir été sous-stimulée pendant les deux années qu’elle a passées à Pierre-Dupuy.  

Elle se souvient avoir manqué de nombreux cours de math... parce qu’ils étaient trop faciles. 

Si c’était à refaire, elle choisirait une école à vocation particulière ou qui offre le programme international.

Flexible

Thierry Trudel Valcour, lui, se souvient plutôt d’une école flexible, où il était possible de proposer des projets et où chaque élève était important. 

Mais peut-être trop, nuance sa sœur, Jasmine. 

Elle en avait assez que tout le personnel s’affole et lui envoie un intervenant dès que, le moindrement, elle « faisait la baboune ». 

Rafiul Haque, lui, a bien tenté d’aller à Louis-Riel en 2e secondaire. Il est revenu en courant à Pierre-Dupuy après quelques semaines, raconte-t-il. 

De son côté, Marion Caucanas a pu comparer Pierre-Dupuy à une école qu’elle a fréquentée pendant un an en France avant son arrivée au Québec. Et pour elle, c’est Pierre-Dupuy et le système québécois qui remportent la palme. 

Les diplômés s’entendent toutefois sur certains points à améliorer. Par exemple, il est difficile d’y avoir une grande variété d’activités parascolaires étant donné le petit nombre d’élèves. 

Plusieurs ont trouvé la marche très haute lorsqu’ils sont arrivés au cégep, surtout en matière de charge de travail.

Comparable

Mais Pierre-Dupuy n’est pas pire que d’autres polyvalentes, croit Bianca Goudreault-Beaupré. 

Elle est la seule de sa classe de primaire qui a choisi d’aller à Pierre-Dupuy et pourtant, elle en connaît qui ont décroché après être allés ailleurs. 

«Ça dépend de l’ambiance que tu veux», synthétise Jimmy Lam. 

«Si tu veux avoir de l’attention et être dans un petit groupe où tous se parlent, c’est la place. Si tu veux une expérience comme dans les films, où c’est bruyant et il y a beaucoup de monde, non.»

Aram Mansouri, lui, est convaincu que le choix de l’école secondaire n’est pas déterminant sur la carrière d’une personne. 

«On vit dans un pays où les opportunités sont là [...] Ça doit venir de toi. Si tu as des ambitions, tu vas le faire.» 

RAFIUL HAQUE

Huit diplômés
Photo Chantal Poirier

Rafiul Haque n’est pas devenu un joueur de soccer professionnel comme il en rêvait, mais il est en voie de devenir le plus jeune millionnaire diplômé de l’école Pierre-Dupuy. 

«Je n’ai jamais été aussi discipliné qu’en ce moment, et de loin», dit le jeune homme de 22 ans. 

Il se définissait autrefois comme un «paresseux» qui avait besoin d’avoir du plaisir pour étudier. Mais ce temps-là est derrière lui. 

«Ça, c’était un enfant qui parlait. Maintenant, c’est: l’argent en premier, le fun après.»

Depuis plus de trois ans, il gagne de l’expérience comme trader autonome et autodidacte sur le marché des échanges de devises. Il a d’abord investi quelques centaines de dollars. Il est maintenant en train d’amasser une vraie cagnotte.

Il estime qu’il sera millionnaire avant ses 25 ans.

Il ne veut pas révéler de montant pour l’instant, mais son frère Samiul Haque, 24 ans, a vu les chiffres. «Je suis pas mal sûr qu’il va y arriver», même si sa famille était «sceptique» au début. 

Sera-t-il alors le premier diplômé de Pierre-Dupuy à être millionnaire? Sûrement pas. Mais le plus jeune, sans doute. «En tout cas, le plus connu», souligne le principal intéressé. 

Bonne leçon

Il a tout de même perdu beaucoup d’argent cette année en raison de la guerre en Ukraine, qui a affecté les marchés. Le temps que les petites pertes s’accumulent, les dommages étaient faits.

«C’est surtout sur le mental [que ça a été dur]. J’aurais pu voir venir. Je me pensais un peu trop bon.» 

Depuis toujours, c’est son talon d’Achille. Ayant de la facilité en math, ce n’est qu’au cégep qu’il a réalisé qu’il devait lui aussi étudier pour réussir. Chaque année, il fait un peu plus l’apprentissage de l’humilité. 

«Il fait à sa façon et il n’écoute personne, abonde son frère Samiul. Mais il est sérieux. Quand il se met en tête de faire quelque chose, il le fait.»

Focus

Rafiul étudie à temps partiel au baccalauréat en économie. Il travaille notamment comme livreur, afin de ne pas gruger dans ses investissements. Il n’a pas haussé son niveau de vie. 

«Je n’aime pas dépenser. M’acheter des souliers à 3000 $ ? Impossible. J’aurais mal au cœur [...] Je suis focus sur ma mission. Si je dépense, je m’en éloigne.»

À travers tout ça, il continue d’être entraîneur de soccer à l’école Pierre-Dupuy. Il tire une grande fierté d’être à son tour un mentor pour les jeunes. 

D’ailleurs, toutes les analogies qui sortent de sa bouche sont basées sur le soccer. «[En finance], c’est comme au soccer : c’est impossible de ne jamais perdre.»  


Citation de 2017

«Je le sais que je suis beau. Demandez à toutes les filles de la classe: elles savent que je le sais.»

Réaction de 2022

«C’était un peu audacieux. J’ai revu mes photos et je n’étais pas si beau que ça. Je sais pas à quoi j’ai pensé [...] J’agissais comme si j’avais une caméra sur moi.» 

BIANCA GOUDREAULT-BEAUPRÉ

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Photo Chantal Poirier

Bianca Goudreault-Beaupré était du genre à foxer ses cours d’éducation physique à l’école. Elle bâtit maintenant des programmes d’entraînement pour d’autres. 

Elle vient de terminer sa première année au baccalauréat en kinésiologie. Elle ne s’est pourtant jamais considérée comme une grande sportive. 

«Moi, au secondaire, je foxais mes cours d’éduc. Bon, il faut dire que je les foxais pour aller au gym...»

Le gym fait partie de son hygiène de vie depuis des années, car, au début de l’adolescence, elle a commencé à ne plus aimer son corps. Elle portait des vêtements amples, évitait de se mettre en maillot de bain.

Avec les années, elle a réalisé que c’était surtout une question de perception. «C’est pas mon physique [le problème]. C’est moi qui ai un problème avec moi», concluait-elle à l’âge de 18 ans.

Depuis plus de cinq ans, son copain, Idan Gavriel Savu, 23 ans, l’accompagne dans ses «hauts et ses bas», fait de son mieux pour la soutenir. 

«C’est troublant et parfois, ça me fâche un peu, avoue-t-il en riant. Je ne comprends pas pourquoi elle ne fait pas juste profiter [...] Je lui dis tout le temps : quand tu vas avoir 40 ou 50 ans, tu vas regarder en arrière et tu vas dire : ouais, bon.»

Bianca a commencé une technique en réadaptation au cégep. À cette époque, l’université lui semblait quelque chose d’inaccessible, notamment parce qu’elle se disait que cela coûtait trop cher. 

Après moult questionnements, une fin de cégep en sciences humaines et un court passage en psycho-éducation, elle est de retour à ses anciennes amours. Et cette fois-ci, c’est bel et bien à l’université. Même qu’elle envisage de faire une maîtrise afin d’avoir le plus de crédibilité possible dans le milieu de la réadaptation. 

Sa mère, Nathalie Goudreault, a toujours su que sa fille se rendrait loin. Mais jusqu’au point où elle songe aux cycles supérieurs? «Ça, ça m’a étonnée. Je suis tellement fière d’elle.»

Pas de jugement 

Bianca se verrait travailler avec des personnes qui doivent se remettre en forme, ne serait-ce que pour promener leur chien, ou encore à la suite d’une opération. 

Elle a toujours été intéressée par la relation d’aide. Elle travaille d’ailleurs à temps partiel dans un refuge pour itinérants. 

«Jamais je ne vais avoir un regard de jugement sur les autres. Mais envers moi-même... C’est plus difficile.»


Citation de 2020

«Je suis passée de la fille déterminée à la fille perdue, qui essaie pas mal de choses.»

Réaction de 2022

«Je ne me sens plus tant perdue. Je me sens exploratrice.» 

EUGÉNIE-LAURENCE FAFARD-DRARENI

Huit diplômés
Photo Dominique Scali

«Hey, on n’est pas une sorte différente d’êtres humains», a envie de lancer Eugénie-Laurence Fafard-Drareni à ceux qui considèrent son excellence scolaire comme une exception.

«Ça m’énerve quand on me dit : “Ah, mais tu es une exception. Les gens qui viennent [d’un milieu défavorisé] ne se rendent pas là”.»

«Si j’avais devant moi un jeune qui est dans la même situation, je lui dirais : tu sais quoi ? C’est pas d’où tu viens qui détermine jusqu’où tu peux te rendre.»

À seulement 22 ans, Eugénie-Laurence a déjà visité 30 pays. Elle est bachelière en droit. Elle pourrait s’inscrire aux examens du Barreau pour être avocate. 

L’automne prochain, elle entamera un programme de maîtrise bidiplômante en droit international qui l’amènera à faire une session à Bordeaux, en France. 

Elle n’a donc pas menti quand, à 16 ans, elle disait aimer apprendre. Pour elle, l’éducation «n’est pas un moyen, mais une fin en soi». 

«C’est une mordue. C’est ça qui est beau à voir [...] Elle ne se laisse pas freiner», dit son ami d’enfance, Jean-Sébastien Poirier, 20 ans.

Moins explosive

Quand elle est entrée à Pierre-Dupuy, en 4e secondaire, elle en était à sa troisième école. Elle habitait en logement à loyer modique avec sa mère qui recevait de l’aide sociale. 

«Soit on m’aime énormément, soit pas du tout», disait-elle à l’époque. 

Aujourd’hui, elle croit que son besoin constant de validation venait teinter le portrait. 

«Je pensais que le monde tournait autour de moi.» Mais en fait, les gens devaient s’en foutre, dit-elle en riant. 

«Je ne suis plus du tout la fille explosive que j’étais.»

Elle a appris à taire les voix qui lui disaient de se taire, à choisir ses combats et le bon niveau d’intensité, tout en restant une femme de convictions qui n’a pas la langue dans sa poche.

Engagée

Au cégep, elle a milité au sein d’un parti politique. À l’université, elle était représentante étudiante. Elle a envie de participer à construire un monde meilleur pour les femmes, les immigrants, les itinérants. 

Sa mère, Naouel Drareni, 49 ans, travaille au McDo du coin. Pendant des années, elle a distribué les CV pour se trouver un emploi, en vain. 

«Je pense qu’elle m’a vue triste, un peu», évoque-t-elle. 

Dans sa famille, il y a des universitaires, explique Mme Drareni. 

«C’est juste que moi, j’avais des problèmes d’apprentissage.»

Ce n’est pas le cas de sa fille. «Je lui ai souvent dit : au moment de la distribution, le Bon Dieu t’a tout donné.»


Citation de 2017

«Je suis une enfant, je ne suis pas prête [...] Je voudrais rester à mon âge.»

Réaction de 2022

«Je ne voudrais plus rester à mon âge. Mais je ne crois pas que je serai une adulte un jour, au sens “métro-boulot-dodo” du terme [...] Ce n’est pas tant la sédentarité du corps [que je veux éviter]. C’est la sédentarité de l’esprit.» 

ZAYANE VALCOUR

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Photo Dominique Scali

«Ma mère, c’est mon modèle», disait Zayane Valcour il y a cinq ans. Aujourd’hui, c’est elle qui lui donne des trucs et lui suggère des outils pédagogiques. 

Elle a toujours voulu devenir enseignante auprès des tout-petits de maternelle. Après deux ans d’université, de nombreuses heures de stage et de périodes de suppléance, son choix se confirme. 

«Je suis restée fidèle à moi-même», dit la jeune femme de 22 ans.

De mère en fille

Il faut dire qu’elle savait à quoi s’attendre : sa mère est elle-même enseignante au primaire. 

«C’est drôle parce que ma mère avait une classe de maternelle cette année. On s’entraidait, elle me demandait conseil», ses notions de pédagogie étant toutes fraîches dans sa mémoire. 

Non seulement Zayane a fait des suppléances à l’école de sa mère ce printemps, elle a même remplacé sa mère dans sa classe. 

«Je suis privilégiée, dit Françoise Lafortune, 42 ans. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui voient ça [leur enfant en train de travailler dans leur domaine]. Je trouve ça beau.»

La différence d’âge entre les deux n’est pas très grande, puisque Mme Lafortune n’avait que 19 ans lorsqu’elle lui a donné naissance. 

«Quand j’étais jeune, je disais : moi aussi je veux avoir un enfant à 19 ans [comme ma mère]. Ma grand-mère m’a juste dit : ben non!», raconte Zayane en riant.

Fleuve tranquille

Le long fleuve tranquille de son parcours a tout de même été ponctué de quelques doutes, comme lorsqu’en pleine pandémie, elle s’est retrouvée seule devant une classe pour la première fois. «Je revenais à la maison et je pleurais.» 

Ou encore, quand elle remplace en 6e année. «Je les aime petits, mais plus vieux, je sais pas...», dit-elle avec une pointe d’ironie.

«Ça prend de la persévérance», témoigne son amie, Juliane Mélançon, qui étudie dans le même programme.

Zayane n’est pas seulement douce et studieuse. C’est aussi une confidente hors pair vers qui elle peut se tourner même dans les situations dans lesquelles d’autres la jugeraient, assure son amie.


Citation de 2017

«C’est vraiment cliché, mais [dans ma première école secondaire, à La Pocatière] les gars parlaient de skidoo et les filles étaient un peu superficielles.»

Réaction de 2022

«Je le dirais en d’autres mots aujourd’hui. Je pense que je le vivrais différemment [...] Ado, tu ressens tout dans le tapis.» 

MARION CAUCANAS

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Photo Chantal Poirier

L’anxiété a toujours été l’ennemi numéro un de Marion Caucanas. Mais maintenant qu’elle a terminé ses études, elle voit à quel point elle avait parfois raison d’être stressée. 

«J’ai réalisé que j’étais un peu une machine », dit la jeune femme de 22 ans, qui travaille depuis quelques mois comme technologue en physiothérapie. 

Elle se souvient de l’époque où elle passait 12 heures par jour à Pierre-Dupuy parce qu’elle faisait ses maths et sciences fortes, était un pilier de l’équipe de robotique et une collaboratrice du journal étudiant, tout en maintenant une moyenne dans les 75 %. 

«Avec le recul, je me dis : ben voyons [...] C’est normal qu’à un moment donné, ça pète.»

Maintenant qu’elle pratique son métier, elle réalise aussi que les exigences de performance et les examens parfois éloignés de la réalité venaient aussi ajouter un stress un peu factice. 

«[Dans la vraie vie], si un patient me pose une question à laquelle je n’ai pas la réponse, je peux dire : attends, je vais vérifier.» 

«Oh, my god»

Reste que l’anxiété est sa bête noire. Le hamster qui tourne sans cesse dans sa tête lui a parfois causé des trous de mémoire en plein examen alors qu’elle avait très bien étudié.

Il n’y a pas si longtemps, «je faisais des crises de panique rien qu’à regarder les offres d’emploi.»

Elle apprend aussi peu à peu à ne pas se laisser envahir par les problèmes de ses patients. 

«Au début, il m’arrivait de ne pas dormir. De me dire : oh, my god, il y a telle chose qui arrive dans sa vie. Oh, my god, j’ai oublié d’écrire telle chose dans la lettre au médecin.» 

Selon sa mère, Andrée Cassan, elle a toujours été comme ça. «C’est une anxieuse-née.»

En revanche, elle a toujours été très curieuse. «Elle a toujours plein de questions. Il y a 1000 métiers qu’elle pourrait faire», dit Mme Cassan.

«Chaque fois que je lis sur un programme [d’études], j’ai comme le goût. C’est fatigant», soupirait Marion l’an dernier. 

Un métier qu’elle adore

Pour l’instant, elle adore son métier, qui combine son intérêt pour la science et son désir d’aider. Souvent, le stress qu’elle vit s’évapore dès que le patient s’assoit devant elle. 

«C’est fou. Des fois, je leur dis : vous m’aidez autant que je vous aide.»

«Marion a de plus en plus confiance en elle», observe son ami, Jimmy Lam. «C’est comme un escalier : elle a monté plusieurs marches. Elle peut encore en monter.»


Citation de 2018

«Quand tu prends du recul, tu te dis que tu étais bien au secondaire. J’aurais aimé que ça dure plus longtemps.»

Réaction de 2022

«J’aime avoir ma vie d’adulte, ma liberté. Mais c’est vrai que la simplicité me manque, de n’avoir que des petites choses à gérer qui à l’époque me semblaient être du gros drama.» 

THIERRY TRUDEL VALCOUR

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Photo Martin Chevalier

Comment fait-on pour être à la fois un homme des bois et un gars de bars qui a besoin de socialiser? Thierry Trudel Valcour a enfin trouvé la solution. 

«Je vais m’ouvrir une cabane à sucre. Il n’y a rien de plus sociable!»

Après le secondaire, il a d’abord pris une année sabbatique pour travailler dans l’Ouest canadien. Il a ensuite commencé une technique en foresterie, qu’il a abandonnée après un an. 

Il croyait que le domaine n’était pas fait pour lui. Trop solitaire, avait-il jugé à l’époque.

Il a donc passé deux ans à travailler notamment dans les bars de Rimouski, tout en caressant le rêve d’ouvrir une microbrasserie. 

«J’ai vécu 200 périples [...] J’ai zigzagué», dit celui qui connaît maintenant le nom latin de toutes les plantes du pays.  

«Ni gênant ni gêné»

Thierry a toujours été un rassembleur. À Pierre-Dupuy, il avait été représentant des élèves de l’école auprès de la commission scolaire. «[En classe], ils mettaient tout le temps les tannants avec moi», se souvient-il. 

«Son humanisme, c’est une de ses plus grandes qualités», dit sa copine, Maude Bélanger Santerre, avec qui il est en couple depuis plus de deux ans. «C’est un gars qui n’est ni gênant ni gêné.»

«Mais on s’est rendu compte qu’il parlait quand même beaucoup de la forêt. On lui a dit : ben là, pourquoi tu y retournes pas, en foresterie, puisque t’aimes ça?»

C’est ce qu’il a fait et depuis, il a réalisé à quel point ce métier était polyvalent. 

«Mes notes ont augmenté [...] Je suis toujours un peu au-dessus de la moyenne», constate-t-il. 

De la bière aux REER

Il raconte aussi avoir mûri et adopté une meilleure routine de vie. 

Ses anciens colocs ont un enfant ou une maison. 

«Ce n’est plus [le concours] de qui cale le plus de bières, mais qui fait le plus de REER », ironise-t-il. 

«Mon regret, c’est l’arrêt total de mes études [pendant ses deux années de pause]. J’aurais dû faire un cours par session [au cégep], parce que là, il me reste encore plein de cours de base à faire.» 

Dès qu’il aura son diplôme en poche, sa copine et lui comptent quitter Rimouski afin de s’installer en Estrie près de la terre qu’il partage avec sa famille. 

«C’est un terrain forestier incroyable. Avec ma technique, je vois cette richesse-là.»

«Mon but, c’est d’avoir ma marque un jour.» Et la cabane à sucre n’en serait que la première étape. 

«Ce n’est pas un gars de ville, observe sa mère, Chantal Trudel. Il a suivi son instinct. Il a choisi une vie qui lui ressemble.» 


Citation de 2017

«Je suis beaucoup plus du genre manuel que théorie.»

Réaction de 2022

«Ça s’est nuancé. Tu vois l’importance des papiers, [des diplômes]. Je suis beaucoup plus ouvert [à l’idée de devenir] ingénieur.» 

JASMINE TRUDEL VALCOUR

Huit diplômés
Photo Dominique Scali

 

«Moi, je suis le boss», lance Jasmine Trudel Valcour, qui voit maintenant dans son projet d’ouvrir un café le meilleur canal pour son fort caractère, qu’elle a appris à tempérer autant qu’à assumer.

«Je m’en vais en gestion pour avoir le droit de chialer», dit-elle avec bonhomie et humour.

Quand elle regarde en arrière, la jeune femme de 22 ans voit trois Jasmine. 

Il y a eu la Jasmine du secondaire, celle qui avait «une tête de cochon» et que, petite, ses parents avaient surnommée Mom Boucher. 

Cette Jasmine-là a souvent «chialé pour chialer», avoue-t-elle. Au point où même quand elle avait raison et disait tout haut ce que les autres pensaient tout bas, on ne l’écoutait plus. 

Ensuite, il y a eu la Jasmine du cégep, qui n’avait plus le goût d’être définie par son caractère. «Celle qui a voulu entrer dans le moule parce que c’est plus simple si tu es low profile

Plus équilibrée

Et finalement, la Jasmine d’aujourd’hui, qui peut être à la fois «réservée» et «assumée». 

Sa plus grande fierté, c’est le travail d’introspection qu’elle a fait pour y arriver. Elle met maintenant de l’eau dans son vin, tout en n’ayant pas peur de s’exprimer. «Avec moi, tu as toujours l’heure juste.»

Après le cégep, elle a longtemps cherché sa voie. Elle a commencé une technique juridique, puis des études universitaires en criminologie, pour ensuite réaliser qu’elle avait la fibre entrepreneuriale. 

Elle rêve d’ouvrir un café avec sa cousine. Elle s’est donc inscrite au baccalauréat en gestion et innovation. 

Prête pour gérer les ados 

Elle a toujours gardé le même boulot étudiant, comme sauveteuse à la Ville de Montréal. Elle a maintenant le statut de coordonnatrice aquatique, un rôle qui lui permet notamment de gagner de l’expérience dans la gestion «d’ados de 16 ans»... ce qu’elle aura sans doute à faire dans son futur établissement. 

Derrière tout ça, Jasmine est une «rassembleuse» dévouée. 

Son amie, Fauve Allard-Cobetto, 28 ans, se souvient d’une fois où elle était tellement débordée par le travail qu’elle avait mentionné dans une conversation de groupe qu’elle n’avait plus de papier de toilette.

Vingt minutes plus tard, surprise ! Jasmine sonnait à sa porte avec des rouleaux en main. 

«Si elle tient à toi, elle va faire n’importe quoi pour toi», dit son amie. 


Ce qu’elle dirait à la personne qu’elle était il y a 5 ans  

«Premièrement, économise, parce que le coût de la vie, ça arrive vite. Deuxièmement, tu vas trouver ta place quelque part. Faut juste que tu arrêtes de penser à ce que les autres pourraient en penser.» 

ARAM MANSOURI

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Photo Martin Alarie

Les doutes, l’attente, les longues heures d’étude : tout cela aura valu la peine pour Aram Mansouri, qui étudie maintenant dans son programme de rêve pour devenir dentiste. 

«Wow! Enfin, je suis là », se souvient-il de s’être dit au beau milieu d’un cours de parodontie.

«C’est exactement ce à quoi je m’attendais [...] C’est vraiment ma passion», dit celui qui vient de terminer sa première année en médecine dentaire. 

Adolescent, il rêvait de devenir médecin, voire chirurgien. 

«Je voudrais devenir populaire mondialement [...], devenir une sommité. J’aimerais aussi avoir un rôle dans une [pharmaceutique]», lançait-il quand il avait 17 ans. 

«Ça n’avait aucun sens, dit-il aujourd’hui. J’étais encore un enfant dans ma tête. Je n’avais rien vu de la vie.»

Son cheminement

Au fil de ses études, il a réalisé que la médecine dentaire l’intéressait davantage. Il aime le côté esthétique, quand il faut choisir la bonne forme et la bonne couleur de dent pour créer un sourire harmonieux. Il aime résoudre des problèmes, quand il faut choisir le bon traitement en fonction du budget du client. 

Sa vocation est d’autant plus claire que ses cours préférés sont ceux de dentisterie, encore plus que les cours généraux qu’il partage avec les étudiants en médecine.

Cet été, il travaille comme assistant dentaire dans une clinique auprès d’une dentiste qui l’a pris sous son aile. 

«Juste en la regardant, j’apprends beaucoup. J’apprends des choses qu’on apprend seulement en 4e année», s’exclame-t-il. 

Route cahoteuse

Mais pour arriver là, la route a été cahoteuse. Le doctorat de 1er cycle en médecine dentaire est un des programmes universitaires les plus contingentés. 

«Aram, c’est la personne que je connais qui travaille le plus fort [...] Moi, je ne pense pas que j’aurais persévéré en me prenant autant d’échecs», dit son ami Rafiul Haque. 

Au cégep, Aram a réalisé que, même en devenant une machine à étudier, il est difficile de gonfler sa cote R. 

Il a subi un dur revers lorsqu’il a échoué à un test évaluant le jugement éthique. 

Il a patienté pendant deux ans sur la liste d’attente de médecine dentaire tout en étudiant dans d’autres programmes qui l’intéressaient moyennement. 

«Peut-être que j’apprécie encore plus mon programme parce que j’ai dû y mettre beaucoup d’efforts pour y arriver [...] Peut-être que [sans ça], je n’aurais pas évolué en tant qu’humain. J’aurais peut-être encore cette mentalité d’enfant.»


Citation de 2017

«Quand j’en vois d’autres qui n’ont pas de bonnes notes, je me demande comment c’est possible.»

Réaction de 2022

«J’arrive pas à croire que j’ai dit ça ! [...] Il y a des gens qui ont d’autres choses à faire, d’autres problèmes, qui ont besoin d’un peu d’aide.» 

MYLIE-ANNE LAURIN QUEZADA

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Photo Dominique Scali

Ado, Mylie-Anne Laurin Quezada voulait changer le monde. Aujourd’hui, c’est ce qu’elle fait, une personne à la fois et un jour à la fois. 

Elle se souvient d’un oral d’anglais au secondaire qu’elle avait choisi de faire sur l’anorexie. 

Des années plus tard, là voilà qui travaille comme éducatrice spécialisée au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine auprès d’adolescentes hospitalisées pour des troubles alimentaires. «Qui aurait cru [qu’à 22 ans], je travaillerais vraiment là-dedans?»

Mylie-Anne a toujours su deux choses: qu’elle voulait travailler avec les jeunes et qu’elle était fascinée par l’humain, donc par tout ce qui touche la santé mentale. 

«Là, je combine les deux», résume celle qui se retrouve pratiquement dans un boulot de rêve. 

Une fleur qui s’ouvre

Avec son frère jumeau, Mylie-Anne est l’aînée d’une fratrie de six demi-sœurs et demi-frères. Calme et posée, il est facile de l’imaginer en petite fille timide qui parle peu à l’école primaire, comme la décrit sa mère, Martine Laurin, 43 ans.

«Elle était craintive de tout, elle avait peur d’affronter le monde, se souvient-elle. Elle était tellement perfectionniste [...] Des fois, on terminait à 22 h ou 23 h parce qu’elle voulait apprendre. Elle était déçue à la minute qu’elle avait en bas de 75 %.»

Au fil des ans, elle a gagné en assurance, en autorité et en créativité. «Elle s’est épanouie. Comme une fleur», image Martine Laurin.

Même dans ses jobs d’étudiante

Dès la fin du secondaire, elle savait que sa vocation, c’était d’aider les gens. Elle s’est toujours fait un point d’honneur d’y œuvrer, même dans ses emplois étudiants : accompagnatrice d’un enfant handicapé, tutrice, intervenante au Centre Marie-Enfant. 

Elle retourne parfois y faire du bénévolat auprès de la clientèle lourdement handicapée. Elle souhaiterait un jour créer un organisme pour remédier au fait que ces jeunes se retrouvent souvent en CHSLD dès qu’ils passent le cap des 18 ans.

«C’est juste ça qui m’intéresse: le contact humain. Ça ne m’intéresse pas d’être caissière», disait-elle quand elle avait 19 ans. 

Aujourd’hui, elle va encore plus loin: «Je ne m’imagine pas être dans un bureau, coupée du monde, avec de la paperasse. J’ai besoin d’action, d’interactions.» 

«J’ai tellement d’idées! J’ai besoin de les partager. De sentir que j’ai été utile dans ma journée.»


Citation de 2017

«Si je gagne le gros lot, je vais juste donner à plein d’organismes.»

Réaction de 2022

«Oui, peut-être à mon organisme à moi, celui que je veux ouvrir [pour les jeunes adultes lourdement handicapés].» 

JIMMY LAM

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Photo Dominique Scali

Jimmy Lam n’a pas peur de la mort. Ni de la sienne ni de celle des autres. 

«Si tu vis, c’est normal que tu meures», philosophe le jeune homme de 22 ans. 

Pourquoi parler de la mort à son âge? Parce qu’il termine actuellement une technique en radio-oncologie. Il côtoiera donc au quotidien des patients atteints du cancer. C’est lui qui aura pour rôle de leur administrer leur traitement de radiothérapie. 

«Il faut être empathique [...] Mais s’il meurt le lendemain, c’est difficile si on est trop attaché.»

Ce mélange d’humanité et de flegme, Jimmy Lam l’incarnait déjà au secondaire. 

En groupe, il parle peu, mais il observe beaucoup. À 17 ans, il avait déjà un «6e sens» qui lui permettait de prédire qu’un pair allait poser une question avant même de lever la main. 

Au cégep, ce qu’il appelle son « algorithme » mental lui permet de deviner les questions à l’examen mieux que ses collègues. 

Une force tranquille

«Jimmy, c’est une force tranquille», résume son amie Marion Caucanas. «Il prend vraiment le temps d’écouter et de poser les bonnes questions.»

«Sa plus grande qualité, c’est son calme face à toutes les situations, peu importe ce qu’il a à affronter. C’est impressionnant.»

Cela peut même être déstabilisant par moments, quand tout le monde «capote» avant un examen ou pleure d’avoir coulé, sauf lui, ajoute-t-elle. 

«J’aime être stressé », dit le principal intéressé. Quand je suis sur l’adrénaline, je performe mieux [...] Par exemple, pendant un examen, je vais être stressé, mais en même temps, je vais être heureux.»

Évoluer en restant fidèle

Tout en étant fidèle à lui-même, il a évolué ces dernières années. 

«Avant, je ruminais plus. Je me répétais: pourquoi j’ai fait ci ou ça?» confie-t-il. 

Sa grand-mère est décédée l’hiver dernier. Du cancer, justement. Il ne s’est pas attardé dans le deuil. « Je vais pleurer pendant un jour et après je vais être correct.»

«Tu n’as qu’une vie. Pourquoi vivre dépressif alors que tu peux être souriant?»

On lui a d’ailleurs souvent fait le commentaire : il sourit tellement qu’on peine à lire ce qu’il ressent vraiment. 

Il espère que celui-ci ne lui causera pas de soucis dans son futur travail. Lorsqu’un patient vient de recevoir une mauvaise nouvelle, ce ne serait pas approprié de trop sourire. 

«Mais je ne peux pas m’en empêcher», avoue-t-il. 


Ce qu’il dirait à la personne qu’il était il y a 5 ans  

«N’aie pas peur d’essayer des choses. Plus tu vas expérimenter, plus tu vas découvrir la personne que tu es.»

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