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Libéré inconditionnellement contre l'avis de sa psychiatre, il commet l'irréparable

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Les autorités ont libéré inconditionnellement un jeune homme de Drummondville fasciné par les armes, contre l’avis de sa psychiatre, qui estimait qu’il avait encore besoin d’un suivi. Et le pire est arrivé.

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La Dre Maryse Turcotte avait suggéré à la Commission d’examen des troubles mentaux (CETM) de garder un œil sur son patient, estimant que Jean-Luc Ferland représentait toujours «un certain risque pour la sécurité du public», à l’été 2018.

Mais la CETM a tout de même décidé de fermer le dossier, et le trentenaire a commencé à se désorganiser. 

Pendant les deux années qui ont suivi, celui qui est aux prises avec une schizophrénie chronique a manqué plusieurs rendez-vous avec sa psychiatre et il a cessé de prendre sa médication.

Après avoir vécu avec son père, puis dans un appartement supervisé, Ferland a emménagé chez sa mère, le 20 juillet 2020.

Jugeant la situation «extrêmement précaire», la Dre Turcotte a demandé à voir son patient la semaine suivante, citant une «dangerosité chronique et imprévisible». 

Mais Jean-Luc Ferland a commis l’irréparable quelques jours plus tard. Le 26 juillet, il a asséné des dizaines de coups d’épée gladius à sa mère, Suzanne Desjardins, lors d’une altercation.

Suzanne Desjardins a été tuée le 28 juillet dans sa maison de la rue Pinard à Drummondville.
Photo tirée de Facebook
Suzanne Desjardins a été tuée le 28 juillet dans sa maison de la rue Pinard à Drummondville.

Le jeune homme a ensuite caché le cadavre de la dame au sous-sol, avant de brûler les effets personnels de celle-ci. 

À peine quelques heures plus tôt, la mère de famille s’était rendue au poste de police pour demander de l’aide afin que son fils soit hospitalisé.

Interdiction d’armes

La victime était préoccupée, car Ferland s’exerçait à lancer des couteaux sur une planche en bois, habillé en militaire. Il avait plusieurs armes blanches en sa possession, alors qu’il lui était interdit d’en avoir, sur ordre du tribunal. 

Ne recevant pas la réponse espérée, Mme Desjardins est rentrée chez elle, où elle a connu un triste sort. Son corps n’a été découvert que le lendemain, après un appel de son conjoint inquiet de ne pas avoir de ses nouvelles.

Photo d'archives, Caroline Lepage

«La preuve révèle que les policiers sont intervenus dans les limites des pouvoirs prévus par la loi leur permettant d’amener une personne contre son gré à l’hôpital afin de subir un examen psychiatrique», lit-on dans un communiqué publié au terme de l’enquête du Bureau des enquêtes indépendantes.

Drame évitable?

Ce drame aurait-il pu néanmoins être évité? Chose certaine, les troubles de comportement de Jean-Luc Ferland ne dataient pas d’hier.

Il a posé ses premiers gestes de violence, alors qu’il n’était qu’un enfant, en menaçant un autre écolier avec des ciseaux.

«Il était violent et imprévisible quand j’étais jeune, assez que je dormais avec un meuble devant ma porte. J’avais un couteau en dessous de mon lit pour me défendre s’il m’attaquait, du fait qu’il m’avait déjà accotée au mur avec un couteau sous la gorge à deux reprises», a dit sa sœur, Vanessa Ferland, devant la cour.

Aux prises avec des problèmes d’apprentissage, d’intimidation et de consommation de drogue, il a quitté l’école à 15 ans. À 17 ans, il a fait son premier séjour en psychiatrie.

Quelques années plus tard, il s’en est pris physiquement à son père. Entre 2014 et 2017, Ferland a dû se présenter devant la cour à plusieurs reprises, notamment pour possession d’arme dans un dessein dangereux et menaces de mort. «Par le passé, il a eu un encadrement strict en communauté et ça a échoué», a résumé en mai le psychiatre résident Samuel Gauthier au juge Mario Longpré.

Appelé à donner son opinion sur la dangerosité de Jean-Luc Ferland, le médecin a recommandé que celui-ci soit déclaré accusé à haut risque, ce qui entraîne une détention stricte jusqu’à ce qu’un magistrat en décide autrement.

«Je suis pacifique»

«Je ne me reconnais pas là-dedans. Je suis une personne pacifique. Je ne veux pas faire de mal à autrui, je veux faire le bien autour de moi», a pour sa part affirmé le tueur. Une déclaration qui n’a convaincu ni la Couronne ni le juge Longpré. 

«S’il sort de Pinel, monsieur aimerait ravoir des armes pour se protéger. Il est plus que dangereux pour le public», a plaidé Me Kevin Mailhot.

«Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’accusé utilise des armes blanches lors de désorganisations mentales. Le Tribunal est convaincu qu’il existe un risque réel de préjudice grave», a conclu le magistrat en ordonnant la détention stricte de Ferland.

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