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Anticosti: pas assez de place pour les écotouristes

L’île aspirant au Patrimoine de l’UNESCO manque d’infrastructures pour accueillir les visiteurs

Anticosti
Photo Mathieu-Robert Sauvé La rue du Cap-Blanc à Port-Menier,­­­ l’une des premières du village situé sur l’île d’Annticosti, dans l’estuaire du Saint-Laurent.

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Les écotouristes avides des sites patrimoniaux de l’UNESCO pourraient déchanter par le manque d’hébergement de l’île d’Anticosti aux prises avec une crise de logement.

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« Il faut s’attendre à un intérêt grandissant des adeptes d’écotourisme pour l’île, non seulement au Québec, mais à travers le monde », évoque Danielle Morin, qui réside sur la rue du Cap-Blanc, à Port-Menier, depuis plus de 40 ans.

Bateau mythique du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord, le Bella-­Desgagnés mouille à Port-Menier une fois par semaine.
Photo Mathieu-Robert Sauvé
Bateau mythique du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord, le Bella-­Desgagnés mouille à Port-Menier une fois par semaine.

Cette technicienne en aménagement de la faune à l’emploi du ministère des Forêts est convaincue que la reconnaissance internationale de l’île, dont la candidature au Patrimoine de l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO) semble sur la bonne voie d’être acceptée, augmentera la pression de l’hébergement dans une agglomération déjà saturée.

Un seul village

Seul village d’une île presque aussi grande que la Corse, en France, Port-Menier ne compte que 172 résidents permanents, un chiffre qui est doublé durant l’été et l’automne.

« Je dois me chercher un logement pour deux semaines, le temps de laisser mon appartement aux propriétaires », explique la responsable du tourisme à Anticosti, Geneviève Fournaise.

Elle le prend en riant, mais elle admet que la crise du logement bat son plein là-bas. Non seulement les forfaits touristiques du principal employeur de l’île, la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq) s’envolent déjà rapidement, mais on arrive à peine à loger les travailleurs saisonniers qui mettent le cap sur l’île à partir du mois de juin. 

Et jusqu’à la fin de la saison de la chasse, en décembre, les 31 chambres des deux auberges affichent le plus souvent complet. La Sépaq a aussi 17 chalets à louer, la plupart trouvant vite preneur.

Chloé, qui vient régulièrement sur l’île durant les vacances, a adopté un cerf qu’elle a baptisé Mustang.
Photo Mathieu-Robert Sauvé
Chloé, qui vient régulièrement sur l’île durant les vacances, a adopté un cerf qu’elle a baptisé Mustang.

Difficile de construire

L’île aux 125 000 chevreuils est peut-être immense et constituée en grande partie de terres publiques, elle manque de maisons et d’infrastructures. 

« Ce n’est pas facile de construire ici », soupire la mairesse de la municipalité de L’Île-d’Anticosti (incluant Port-Menier), Hélène Boulanger, qui souhaiterait voir de 10 à 12 maisons neuves sortir de terre dans les prochaines années pour répondre aux besoins les plus urgents.

L’an dernier, seulement deux résidences ont été construites sur l’île qui a aussi besoin de moderniser son approvisionnement en eau potable, un avis d’ébullition étant en vigueur depuis plusieurs mois. Tous les bâtiments ne sont pas liés à un égout collecteur.

Les défis de cette crise de croissance viennent de la nature même de l’île, dont les terres n’appartiennent pas à des intérêts privés. Comme il s’agit de terres publiques, plusieurs ministères sont impliqués dans les transactions.  

Un couple souhaite s’y établir avec son entreprise 

Julie Ouimet et Michel Labrecque veulent s’installer à Anticosti.
Photo Mathieu-Robert Sauvé
Julie Ouimet et Michel Labrecque veulent s’installer à Anticosti.

Après être tombé en amour avec le site, un couple de Victoriaville a vendu son commerce et souhaite déménager sur l’île avec l’intention d’y vivre et d’y faire prospérer son sport. 

Michel Labrecque, fondateur avec sa conjointe, Julie Ouimet, de N2Pix, une entreprise de plongée sous-marine, vient de s’installer à Port-Menier.

Un fond marin comme on peut en observer au large de Port-Menier.
Photo courtoisie, N2Pix
Un fond marin comme on peut en observer au large de Port-Menier.

« Même [le célèbre Jacques-Yves] Cousteau n’a pas plongé ici », note Mme Ouimet, qui a exploré des fonds marins dans plusieurs océans et participé à des documentaires diffusés internationalement.

Elle ne rejette pas l’idée de trouver des trésors enfouis dans des épaves échouées depuis le 17e siècle autour de l’île. On surnommait ces récifs « le cimetière du Saint-Laurent » et plusieurs navires reposent encore sous l’eau.

Trop de clients

Même si les clients de cette entreprise doivent être qualifiés pour les eaux froides, ils ont été nombreux à s’inscrire à cette année inaugurale. 

« On aurait aimé avoir plus de clients, mais on a été limité par la Sépaq. Comme les forfaits étaient épuisés, on a dû refuser des clients », se désole M. Labrecque. 

C’est possible de ne pas se ruiner 

Hervé Boudreau et Léonie Théberge ont marché pendant neuf jours sur l’île d’Anticosti, dormant sous la tente.
Photo Mathieu-Robert Sauvé
Hervé Boudreau et Léonie Théberge ont marché pendant neuf jours sur l’île d’Anticosti, dormant sous la tente.

Deux jeunes Québécois ont réussi à visiter « l’extraordinaire » île d’Anticosti sans se ruiner.

Hervé Boudreau a traversé à pied la moitié nord-sud de l’île avec sa copine, Léonie Théberge, du 6 au 15 juillet. Une distance de 99,5 km en autonomie. 

« Et en toute liberté », ajoute Mme Théberge.

Randonneurs d’expérience, les jeunes de 24 et 25 ans qui travaillent dans le domaine du design, à Québec, ont eu envie de sortir des sentiers battus et de découvrir un endroit exotique pas trop loin. Anticosti est apparue comme une destination idéale.

« Marcher sur un lit de petits cailloux constitué d’une rivière complètement asséchée, c’était extraordinaire ! » s’enthousiasme M. Boudreau.

Trajet diversifié

Partis du lac Wickenden, le plus grand de l’île, les marcheurs ont suivi le lit des rivières pour aboutir, neuf jours plus tard, sur la côte. Aucun sentier balisé, aucun camping aménagé.

« Nous avons cherché un trajet assez diversifié sur le plan biologique et qui n’était pas trop cher », explique M. Boudreau.

Pour 1200 $

Il est en effet possible d’y passer des vacances sans vider son portefeuille. Alors qu’il faut compter 2000 $ par personne par semaine pour le moins cher des forfaits vacances de la Sépaq, les marcheurs ont déboursé un peu plus de la moitié de cette somme pour leur séjour de deux semaines (1200 $). Le trajet en bateau de Sept-Îles, par exemple, leur a coûté 183 $ aller-retour ; une fraction du prix du billet d’avion de Québec (800 $).

« On l’oublie souvent, mais la plus grande partie de l’île est constituée de terres publiques. Aucune réservation requise, aucun droit de passage, mais évidemment il faut être prêt à vivre l’isolement ! » explique Danièle Morin, fondatrice d’Anticosti autrement, un guide de voyage « individualisé ».

Pour les insulaires, l’approche « sans laisser de traces » est recommandée de façon à diminuer l’empreinte écologique des randonneurs.

La SÉPAQ hausse ses tarifs pour 2023 

Le prix pour une chambre à l’auberge Port-Menier d’Anticosti pour cinq nuits en été (incluant l’aller-retour en avion de Montréal et Québec) passera de 2040 à 2590 $ en 2023. Une augmentation de 27 % en un an. C’est sensiblement aussi le cas pour les autres forfaits. La société d’État se défend de profiter de la crise de l’hébergement qui frappe Anticosti et relie ces hausses de tarifs à l’augmentation du prix des billets d’avion.

« Comme les autres joueurs de l’industrie touristique, la Sépaq est contrainte à ajuster sa tarification en fonction de l’inflation et du prix du carburant », explique le porte-parole Simon Boivin.

Il précise que les forfaits de chasse, pour la saison 2023, subiront une hausse encore indéterminée.

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