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[EN IMAGES] Voyez l’évolution des rives du Saint-Laurent dans le Vieux-Québec à travers les époques

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Les rives du Saint-Laurent ont bien changé depuis l’arrivée des premiers colons à Québec. De l’estuaire de la rivière Saint-Charles au quartier du Cap-Blanc, les remblayages ont tranquillement permis de gagner du terrain sur la rive, permettant le développement tant résidentiel que commercial de la Basse-Ville.

1) La première Basse-Ville  

Plan du haut et du bas de Québec en 1660.
Archives nationales à Québec (P600, S4, SS2, D652), copié par Louis-Philippe Vallerand d'après l'original réalisé par Jean Bourdon
Plan du haut et du bas de Québec en 1660.

À son arrivée à Québec, Samuel de Champlain commence la construction de son habitation dans le secteur actuel de la place Royale. À ce moment, la Basse-Ville est un espace limité entre ce que nous connaissons aujourd’hui comme la côte de la Montagne, la rue Saint-Pierre et la rue du Marché-Champlain. 

Comme il s’agit du tout début de la colonie, la côte de la Montagne n’est encore qu’un sentier pédestre. En 1618, Champlain présente à Louis XIII un projet d’aménagement de la rivière Saint-Charles, à la hauteur de Pointe-aux-Lièvres, où il souhaite construire la ville de Ludovica. Malgré l’intérêt du roi, le projet ne voit jamais le jour. 

Tout au long du XVIIe siècle, la Basse-Ville de Québec se développe au rythme des marchands et des habitants, attirés par la vie portuaire. En 1660, la Basse-Ville est plus peuplée que la Haute-Ville. Dans un souci d’organisation de l’espace, de nombreux terrains sont concédés et les premières rues sont tracées. 

Comme on peut le voir sur le plan ci-dessus, la Basse-Ville s’organise lentement. Cependant, elle demeure pour le moment comprise entre le cap et le fleuve. 

2) La deuxième Basse-Ville  

Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, plan de la ville de Québec, 1727.
Archives nationales à Québec (P600, S4, SS2, D593)
Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, plan de la ville de Québec, 1727.

En 1684, Jean Talon installe son palais sur la rive de la rivière Saint-Charles dans ce que l’on nomme la deuxième Basse-Ville, dont la vocation est plus administrative, alors que la première est plus marchande. À ce moment, les deux basses-villes ne sont toujours pas connectées, quoiqu’elles se développent simultanément.

Pour passer de l’une à l’autre, les habitants doivent remonter le cap et passer par la Haute-Ville ou attendre la marée basse et marcher sur la grève de la rivière. 

Sur le plan ci-dessus est représenté un projet de développement de la première Basse-Ville imaginé par Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, ingénieur du roi. Le projet devait servir à agrandir le secteur de la première Basse-Ville, sans toutefois la relier au Palais de l’intendant, encore accessible seulement par la Haute-Ville ou la grève.

Talon fait aussi construire un chantier maritime, qui deviendra le premier chantier naval du Roi, aussi nommé le port Saint-Nicolas. Vers la fin du XVIIIe siècle, un bassin pouvant accueillir jusqu’à 300 bateaux y aurait été construit afin de faciliter le transport des marchandises vers le palais. Bien que ce bassin apparaisse sur certaines cartes de l’époque, il est impossible de dire avec certitude s’il a bel et bien existé. 

Entre 1733 et 1735, Chaussegros de Léry construit une digue sur la rivière pour protéger le chantier naval du Roi du mauvais temps; elle reste en activité jusqu’au début du XIXe siècle. Malgré la faible profondeur de la rivière, plusieurs navires de grand tonnage y ont été fabriqués, dont le Canada et le Caribou

3) Le Cul-de-Sac

Plan du quartier Saint-Laurent tel que désigné dans l’Acte de la corporation de la Cité de Québec, vers 1830.
Archives nationales à Québec (E21, S555, SS1, SSS22, P19), auteur non identifié
Plan du quartier Saint-Laurent tel que désigné dans l’Acte de la corporation de la Cité de Québec, vers 1830.

C’est vers le milieu du XVIIIe siècle que l’anse du Cul-de-Sac remplace le port Saint-Nicolas comme chantier naval du Roi. Avec un accès direct à la Basse-Ville et au fleuve Saint-Laurent, le port Cul-de-Sac devient un moteur économique important pour la ville de Québec, où peuvent accoster des navires transatlantiques. 

Certains arpenteurs ont tenté de mettre en place des projets d’aménagement et de remblayage pour organiser la Basse-Ville. Faute de liquidités, les projets ne voient pas le jour. Les marchands, plus fortunés et se sentant à l’étroit, vont eux-mêmes tranquillement remblayer les rives du fleuve. 

On voit donc apparaître, en plus des quais du Roi et de la Reine, de nombreux quais portant le nom des marchands qui les font construire. C’est le cas de Guillaume Estèbe, qui construit sa maison avec un quai à son nom et qui sert aussi de digue contre les marées hautes du fleuve. La maison Estèbe – épargnée par les boulets de canon durant le siège de la ville de 1759 – ainsi que son quai sont aujourd’hui intégrés au Musée de la civilisation.

La maison Estède, sur la rue Saint-Pierre à Québec, 1944.
Archives nationales à Québec (E6, S7, SS1, P21496), photo Herménégilde Lavoie
La maison Estède, sur la rue Saint-Pierre à Québec, 1944.

Tout au long du XIXe siècle, les marchands gagnent de plus en plus d’espace sur le fleuve. De la rivière Saint-Charles au Cap-Blanc, les quais se développent le long de la rive sur plus de huit kilomètres. L’anse du Cul-de-Sac est partiellement remblayée au milieu du XIXe siècle par peur d’insalubrité. On y trouve ensuite le marché Champlain et le magasin du Roi. Ce dernier est détruit par les flammes en 1950.

Quartier du Vieux-Québec et la Basse-Ville, le marché Champlain et le port, 1897.
Archives nationales à Québec (P546, D1, P20), photo Fred C. Würtele
Quartier du Vieux-Québec et la Basse-Ville, le marché Champlain et le port, 1897.

4) La Batterie royale  

Le quartier du Vieux-Québec et la Basse-Ville, les rues du Marché-Finlay, de la Place et Dalhousie, 20 mai 1929.
Archives nationales à Québec (P600, S6, D1, P821), photo T. Lebel
Le quartier du Vieux-Québec et la Basse-Ville, les rues du Marché-Finlay, de la Place et Dalhousie, 20 mai 1929.

La Batterie royale est un élément incontournable du paysage du Vieux-Québec. Pourtant, elle a longtemps été entièrement enterrée. À la demande du comte de Frontenac, la Batterie royale est construite en 1691. Elle participe à la défense de la ville lors du siège de 1759, où elle est partiellement détruite. Sous l’autorité anglaise, une partie de la Batterie est recouverte par des hangars et sert de quai. Elle était connue comme le quai de la Reine ou encore comme le quai Napoléon. 

Au XIXe siècle, la Batterie royale est complètement recouverte par diverses constructions, entre autres par des maisons de pension. On y trouve aussi les halles du marché Finlay, remplacées en 1906 par un stationnement public. Aujourd’hui, on y trouve la place de Paris, attenante à la Batterie royale.  

Travaux à la place Royale, Batterie royale, Québec, 1973.
Archives nationales à Québec (P967, S2, SS4, D110, P1), photo Léon Bernard
Travaux à la place Royale, Batterie royale, Québec, 1973.

En 1973, les constructions qui se trouvent à l’emplacement de la Batterie royale sont démolies. Les fouilles archéologiques qui commencent permettent de confirmer la réparation d’une section de la Batterie, effectuée à l’hiver 1730, après qu’une partie du mur a été emportée par les glaces du fleuve. 

Travaux à la place Royale, Batterie royale, Québec, 1973.
Archives nationales à Québec (P967, S2, SS4, D110, P5), photo Léon Bernard
Travaux à la place Royale, Batterie royale, Québec, 1973.

Les travaux de restauration ont permis la consolidation des fondations de la Batterie royale. Au fil des années, de nombreux travaux de reconstruction historique ont été effectués afin de redonner à l’endroit son allure d’antan. Il arrive parfois, au printemps, lors de la fonte des neiges, de voir le fleuve rejoindre les murs de la Batterie royale. 

Vue aérienne de la Batterie royale de Québec, 1982.
Archives nationales à Québec (E6, S8, SS2, SSS100, DC82, P26), photo Pierre Bureau et Pierre Lahoud
Vue aérienne de la Batterie royale de Québec, 1982.

5) Le quartier Cap-Blanc

Vue sur le quartier Cap-Blanc, vers 1890.
Archives nationales à Québec (P560, S2, D2, P84164), photo J. E. Livernois
Vue sur le quartier Cap-Blanc, vers 1890.

Le quartier Cap-Blanc se développe au XIXe siècle grâce aux chantiers maritimes et au commerce du bois, en plein essor. De nombreux immigrants irlandais s’installent dans ce quartier à la recherche d’un emploi sur les chantiers. La première route, comprise entre le fleuve et le cap, est construite en 1841 pour faciliter le transport. Plusieurs maisons sont donc détruites ou déplacées pour organiser le territoire. 

On construit en 1877 l’église Notre-Dame-de-la-Garde, élément central du paysage du quartier. Elle est édifiée sur un ancien quai, au pied du cap. Ce dernier représente une menace constante pour les habitants, longtemps marqués par l’éboulis de septembre 1889.  

Vue du Cap-Blanc, vers 1900.
Archives nationales à Québec (P547, S1, SS1, SSS1, D1P55), photographe non identifié
Vue du Cap-Blanc, vers 1900.

À partir des années 1850, le drainage effectué dans le fleuve Saint-Laurent permet aux navires à fort tonnage de continuer leur route vers Montréal. C’est le début du déclin du commerce du bois à Québec. Les quais vont lentement disparaître du paysage. De nombreux Irlandais partent vers Montréal à la recherche d’emplois au fur et à mesure que ferment les chantiers du Cap-Blanc. 

Quartier Cap-Blanc, vue prise de l'escalier du Cap-Blanc, vers 1920.
Archives nationales à Québec (P600, S6, D1, P2), photo Edgar Gariépy
Quartier Cap-Blanc, vue prise de l'escalier du Cap-Blanc, vers 1920.

Le chemin de fer apparaît dans le secteur au début du XXe siècle. Disparaissent alors les derniers quais. L’église Notre-Dame-de-la-Garde ne sera plus jamais collée au fleuve. Dans les années 1920, avec l’aménagement du terminal de l’Anse au Foulon, les habitants perdent l’accès au fleuve au profit des industries. Toutefois, durant quelques années, les habitants de Sillery pourront profiter de la plage du Foulon

Notre-Dame-de-la-Garde; à Cap-Blanc à Québec, 1948.
Archives nationales à Québec (E6, S7, SS1, P67169), photo Théodore Mercier
Notre-Dame-de-la-Garde; à Cap-Blanc à Québec, 1948.

6) Le bassin Louise  

Le quartier du Vieux-Québec et la Basse-Ville, le bassin Louise, septembre 1900.
Archives nationales à Québec (P546, D1, P34), photo Fred C. Würtele
Le quartier du Vieux-Québec et la Basse-Ville, le bassin Louise, septembre 1900.

C’est à la fin du XIXe siècle que l’on construit le bassin Louise, du nom de la fille de la reine Victoria, dans l’embouchure de la rivière Saint-Charles. L’objectif du projet est de relancer l’économie du port, en déclin depuis la fin de l’exportation de bois et la fermeture des chantiers maritimes. On cherche tranquillement à remplacer l’industrie du bois par celle des céréales, d’où l’installation des silos à grain au début du XXe siècle.   

On désire moderniser le port pour le rendre plus accessible aux bateaux à vapeur. Les travaux comprennent le drainage de la rivière Saint-Charles et la construction du quai de la Pointe-à-Carcy. L’aménagement des bassins et d’une écluse crée un secteur sécuritaire pour l’amarrage des navires, à l’abri des fortes marées du fleuve. 

La ville de Québec, le bassin Louise et le bâtiment de l’immigration, 1925.
Archives nationales à Québec (P600, S4, SS3, P565/379), photo Fairchild Aerial Surveys
La ville de Québec, le bassin Louise et le bâtiment de l’immigration, 1925.

Le bassin Louise devient le nouveau port d’arrivée pour de nombreux immigrants irlandais. Pour répondre à leurs besoins, on construit en 1888, sur la jetée, un bâtiment pouvant accueillir jusqu’à 4000 personnes. Ce bâtiment, qui n’existe plus aujourd’hui, se trouvait près des silos à grain. Nombre de ces immigrants montent dans les trains du Canadien Pacifique, dont les rails se rendaient à l’édifice, pour se diriger vers le Canada anglais.  

7) La rue Saint-Paul en 1893

Le quartier du Vieux-Québec et la Basse-Ville, la rue Saint-Paul, 1893.
Archives nationales à Québec (P546, D1, P12), photo Fred C. Würtele
Le quartier du Vieux-Québec et la Basse-Ville, la rue Saint-Paul, 1893.

Tout au long du XIXe siècle, la Basse-Ville subit de grands changements qui font doubler sa superficie. La construction de nouveaux quais ainsi que des travaux de remblayage importants dans la rivière Saint-Charles permettent la construction de nouvelles rues. La Basse-Ville devient de plus en plus industrialisée.

En 1833 est construit le marché Saint-Paul, près des rues Henderson et Ramsay, lesquelles ont été créées par les travaux de remblayage sur la rivière. Ce marché permet l’approvisionnement des gens de la Basse-Ville, étant plus accessible que le marché de la Haute-Ville. 

En 1853, à proximité du marché Saint-Paul, on construit la gare du Quebec North Shore Railway, sur la rue Saint-Paul. Cette gare, bientôt la propriété du Canadien Pacifique, sera remplacée par la gare du Palais en 1915. La construction de la nouvelle gare et le réaménagement des rails font complètement disparaître les rues Henderson et Ramsay. 

Dès 1869, la gare du Chemin de fer de Québec et du Lac-Saint-Jean, installée tout près du bassin Louise, utilise les rails du Canadien Pacifique pour le transport de personnes parties coloniser le Lac-Saint-Jean. Bien que les trains aujourd’hui suivent des itinéraires différents, il est toujours possible de les voir passer sur le pont Sainte-Anne, adjacent au pont du boulevard Jean-Lesage qui traverse vers Limoilou. 


Un texte d'Isabelle Blanchet, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

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  • Vous pouvez également lire nos textes produits par la Société historique de Québec en cliquant ici, et par Rendez-vous d'histoire de Québec en cliquant ici. 

Sources

  • CADRIN, Meggie Sue, La Société d’histoire de Sillery, La plage du Foulon (page consultée le 5 juillet 2022) [En ligne]
  • Culture et Communications Québec, Répertoire du Patrimoine culturel du Québec (page consultée le 14 juin 2022) [En ligne], adresse URL:  
  • FAURE, Isabelle, «La reconstruction de Place-Royale à Québec», Cahiers de géographie du Québec, 1982, vol. 36, no 98, p. 321-336. [En ligne]
  • OUELLET, Jérôme, Le Cap-Blanc (vers 1907), Vues anciennes de Québec (page consultée le 12 juillet 2022) [En ligne]
  • OUELLET, Jérôme, L’anse du Cul-de-Sac (avant 1841), Vues anciennes de Québec (page consultée le 16 juin 2022) [En ligne
  • PICARD, François, La Batterie royale de la fin du XVIIe siècle à la fin du XXe siècle, ministère des Affaires culturelles, Québec, 1978. [En ligne]
  • VENIÈRE, Samuel, Port de Québec, l’Encyclopédie canadienne (page consultée le 20 juillet 2022) [En ligne]
  • Ville de Québec, Patrimoine, L’archéologie à Québec (page consultée le 17 juin 2022) [En ligne]
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