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Long rétablissement après un impact de quelques secondes

Des cyclistes appellent à la vigilance après avoir été happés par des chauffeurs impatients

accident de vélo
Photo courtoisie, Jean-René Archambault Julie Aubin, 42 ans, s’est donné le défi de traverser le Canada en cyclotourisme trois ans après avoir subi un traumatisme crânien.

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Des cyclistes qui ont mis des mois, voire des années, à se remettre d’un accident pour quelques secondes d’inattention de la part d’un automobiliste lancent un appel à la vigilance sur la route devant une hausse d’hospitalisations. 

« J’ai refusé qu’on me classifie invalide permanente. C’est vraiment un long processus avant d’être capable de s’en remettre, pour un accident de trois secondes », raconte Julie Aubin, 42 ans, qui vit encore avec des séquelles plus de quatre ans après qu’un chauffard lui est rentré dedans en marche arrière, en voulant se stationner dans un sens unique à Montréal. 

Au début du mois, l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) a rapporté une hausse de 20 % des cyclistes hospitalisés entre 2020 et 2021, malgré une baisse des hospitalisations pour blessures sur la même période.  

Mais ce que ces chiffres ne racontent pas, ce sont des mois de réadaptation et souvent des années de séquelles.

Deux poignets fracturés 

accident de vélo
Photo courtoisie

Vincent Nadon, 34 ans, en sait quelque chose, lui qui a eu les deux poignets fracturés quand une automobiliste lui a coupé le chemin en tournant sur un feu jaune en juillet 2020. Il n’était aucunement responsable de l’impact selon les rapports de police, précise-t-il. 

« Les gens ne se rendent pas compte de la vitesse à laquelle on arrive en vélo. Ils essaient souvent aussi de se faufiler pour sauver 10 secondes, et nous, de notre côté, ça nous coûte des mois de travail et plein de séquelles », soupire-t-il. 

Pendant deux semaines, il ne pouvait simplement plus se nourrir et se laver par lui-même. En plus de la douleur des opérations pour reconstruire sa main, l’accident a aussi entraîné des pertes économiques, malgré les indemnisations des assurances qu’il a reçues de peine et de misère. 

accident de vélo
Photo courtoisie

« Tout le temps à risque »

Dès qu’il a pu, quelques semaines après le retrait des broches, l’amateur de vélo compétitif est remonté en selle pour empêcher la peur de s’installer. Il ne compte plus le nombre d’accidents qu’il a évités de justesse depuis. 

« Ça n’arrête jamais, on est tout le temps à risque. J’ai remarqué une recrudescence du manque de patience, de vigilance, de respect. J’ai vu plus de comportements à risque de la part des automobilistes qu’avant la pandémie », note-t-il, pestant contre le cellulaire au volant. 

Même son de cloche chez Mme Aubin, pour qui le manque de bienveillance sur les routes montréalaises a tué l’envie de rouler à vélo dans la métropole. Elle croit même que certaines artères devraient être interdites aux cyclistes pour leur sécurité. 

« Ça a changé ma vie complètement. Je ne peux plus pousser des limites » sans me mettre à risque d’épisode de « black-out » et de confusion, souffle celle qui travaillait en intervention plein air avant son traumatisme crânien.

Éducation

Selon M. Nadon, il y a un travail d’éducation à faire sur le partage de la route et les bons comportements à adopter en présence de cyclistes, notamment sur la façon adéquate d’effectuer un dépassement. Un sujet qui pourrait être abordé dans les cours de conduite. 

Car ce n’est pas pour déranger les automobilistes qu’il prend souvent plus d’espace sur la voie, explique-t-il, mais plutôt pour les forcer à attendre le moment opportun pour dépasser, au lieu de raser le cycliste en se faufilant.

« C’est extrêmement dangereux, c’est là qu’on n’a pas le “un mètre”. Le moindre nid-de-poule, le cycliste bifurque de sa trajectoire et il y a de gros risques reliés à ça », martèle-t-il. 

Sauvée par son casque qu’elle a failli ranger 

La mère d’une adolescente de 15 ans du quartier Sainte-Foy, à Québec, qui a été happée par un chauffeur de taxi le 29 juin, remercie le ciel que sa fille ait décidé de mettre le casque, après avoir hésité à l’enfiler devant ses amis. 

Annick Samson montre le casque endommagé qui a sauvé son adolescente le 29 juin.
Photo courtoisie
Annick Samson montre le casque endommagé qui a sauvé son adolescente le 29 juin.

« C’est ce qui l’a sauvée. Les deux côtés du casque sont complètement rayés. La palette devant n’existe plus. Elle a eu beaucoup de brûlures, mais le plus grave c’est la commotion cérébrale », relate Annick Samson.

Trois tours

Son cœur de maman a fait trois tours quand une témoin l’a appelée pour lui dire que sa fille venait d’être renversée par un véhicule alors qu’elle traversait un grand boulevard où la piste cyclable était mal indiquée. 

Elle entendait sa fille crier durant l’appel. Sous l’impact, le cadre du vélo a plié et son casque a fendu. 

« Elle dit que c’est de sa faute à elle, mais un conducteur qui rentre dans un cycliste, surtout s’il venait de démarrer, aurait dû mieux regarder pour éviter les obstacles, quels qu’ils soient », croit Mme Samson. 

Pas insouciante

La jeune fille, qui pratiquait le vélo depuis peu, était loin d’être insouciante et avait lu les règles pour effectuer des déplacements sécuritaires, poursuit sa mère. Quoi qu’il en soit, elle ne peut que marteler l’importance du casque, que sa fille a failli mettre dans son sac pour imiter des amis.

« On a été vraiment chanceux [...]. Il faut être vigilant, ça peut arriver à n’importe qui », conclut-elle.

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