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Je suis Charlie, je suis Rushdie

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Photo AFP

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Ils sont prêts à tuer pour des dessins. Ils sont prêts à tuer pour un livre.

L’attentat terroriste islamiste contre Charlie Hebdo visait des artistes qui gagnaient leur vie avec leur crayon. La tentative d’assassinat islamiste contre Salman Rushdie visait un artiste qui gagne sa vie avec sa plume.

C’est fou comme les fous d’Allah détestent les arts, les artistes, la liberté de penser, de créer.

QUELLE CONTROVERSE ?

En 1989, Rushdie, l’auteur des Versets sataniques, était visé par une « fatwa », un décret religieux appelant les fidèles à l’assassiner.

Ça faisait 33 ans que Rushdie vivait comme un paria, plus ou moins sous protection policière, jamais en homme vraiment libre.

C’est pourquoi j’ai été particulièrement choquée vendredi quand j’ai lu dans différentes publications que Rushdie était « controversé » et que son livre était « controversé ».  

Controversé pour qui ? Pour des crinqués paranoïaques assoiffés de vengeance ? Pourquoi reprendre à notre compte cette étiquette ? Rushdie n’est controversé que pour ceux qui voient dans sa fiction une provocation. En utilisant ce terme à son sujet, on banalise les attaques à son endroit.

Vous savez ce que Riss, le chef de la rédaction de Charlie Hebdo, a écrit après l’attaque contre Salman Rushdie ? C’est tellement brillant que ça vaut la peine de le citer longuement. 

« On entendait le soir même des commentateurs expliquer que la fatwa contre Salman Rushdie était d’autant plus révoltante que ce qu’il avait écrit dans son livre, Les Versets sataniques, n’était absolument pas irrespectueux à l’égard de l’islam. Raisonnement d’une très grande perversité, car il induit qu’à l’inverse, des propos irrespectueux envers l’islam justifieraient une fatwa et une punition, fût-elle mortelle.

Eh bien non, il va falloir répéter encore et encore que rien, absolument rien ne justifie une fatwa, une condamnation à mort, de qui que ce soit pour quoi que ce soit. »

Vous savez ce que le président français Emmanuel Macron a écrit sur Twitter dans les heures qui ont suivi l’attaque ? « Depuis 33 ans, Salman Rushdie incarne la liberté et la lutte contre l’obscurantisme. La haine et la barbarie viennent de le frapper, lâchement. Son combat est le nôtre, universel. Nous sommes aujourd’hui, plus que jamais, à ses côtés. »

Alors que Justin Trudeau, lui, n’a réagi que samedi avec un texte... mou : « L’attaque lâche à l’endroit de Salman Rushdie est un affront à la liberté d’expression sur laquelle notre monde repose. Personne ne devrait être menacé ou blessé en raison de ce qu’il a écrit. Je lui souhaite un rétablissement rapide. » Un peu plus, et il lui envoyait un panier de fruits avec une petite carte de souhaits.

IL EST OÙ LE COURAGE, IL EST OÙ ?

En 1989, après la fatwa contre Rushdie, Isabelle Adjani avait eu le culot et le courage de citer l’auteur des Versets sataniques en pleine cérémonie des Césars. En 2014, elle avait déclaré aux médias qu’une telle « provocation symbolique » n’aurait plus été possible, car l’époque était trop frileuse... Qui, en 2022, parmi nos artistes, manifesterait ainsi son appui sans équivoque à un auteur « sulfureux » ?

Depuis 2015, les fous d’Allah tuent des dessinateurs, égorgent des professeurs, et tentent de tuer un auteur de fiction. À quel moment les bien-pensants vont-ils commencer à s’inquiéter ? Le jour où c’est l’un d’entre eux qui va être touché ?

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