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La folklorisation du français

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Tous ont compris la menace le jour de la nomination de la gouverneure générale.

Dans ce Canada de plus en plus multiculturel, le français avait été relégué au second plan en faveur de la diversité.

Si le cas de Mary Simon semblait être une exception sur l’autel de la Réconciliation, les données du recensement rendues publiques cette semaine laissent entrevoir l’ampleur du risque.

Mythe déboulonné

Statistique Canada a confirmé ce que tous ont préféré ignorer : le bilinguisme au Canada anglais est un leurre.

Le nombre d’anglophones qui sont bilingues ne cesse de baisser, alors que le nombre d’allophones qui choisissent le français comme seconde langue ne s’élève qu’à 6,1 %.

Les classes d’immersion française à Vancouver et à Toronto n’y changeront rien, elles ne font pas le poids face aux volumes élevés d’immigration.

Le mythe fondateur des deux Nations n’est plus qu’une vue de l’esprit. Cette immigration sur laquelle compte le Canada pour assurer sa croissance économique ne s’identifie pas à l’importance de respecter ce pacte national et d’apprendre le français.

Certes, bien des Anglo-Canadiens n’y ont jamais cru. Mais au moins ils faisaient semblant pour sauvegarder l’unité nationale.

Aujourd’hui, le paradigme ne tient plus qu’à un fil.

Dernier rempart

Officiellement, le gouvernement Trudeau croit toujours à ce bilinguisme officiel.

Il tente de renforcer la Loi sur les langues officielles. Il a également sacralisé cet engagement lors de ses plus récentes nominations à la Cour suprême. Mahmud Jamal et Michelle O’Bonsawin sont deux Ontariens qui parlent français, l’un d’origine kenyane, l’autre une Abénaquise de la Première Nation d’Odanak. Une aubaine !

Les efforts du gouvernement à ce chapitre doivent être applaudis. Mais les pressions auxquelles il a fait face pour renoncer à l’obligation pour les plus hauts magistrats du pays de comprendre le français ont de quoi inquiéter.

Les appels du pied pour un tribunal plus représentatif de la diversité canadienne auront-ils raison du bilinguisme en français lorsqu’il faudra remplacer le juge Malcolm Rowe de l’Atlantique en 2028 ?

Dans un Canada où les francophones ne représentent plus que 21,4 % de la population, la question mérite d’être posée. Surtout, elle est lourde de conséquences, car c’est l’ensemble des institutions fédérales qui pèsent dans la balance.

Discrimination

Déjà le gouvernement Trudeau refuse de dire s’il maintiendra l’obligation de bilinguisme anglais-français pour les fonctionnaires autochtones.

D’ailleurs la réaction à la loi 96 en dit long. La protection du français, son affirmation comme langue commune est vue comme un frein à la Réconciliation, une atteinte à la pleine intégration des autochtones dans la société civile. On l’a vu, la même logique tient d’ailleurs pour les autres minorités.

Si telle est la réaction au Québec, imaginez au Canada anglais !

Il ne reste qu’un pas à franchir avant que la connaissance du français comme fondement existentiel du bilinguisme canadien ne soit vue comme une source de discrimination systémique.

C’est donc un débat identitaire explosif pour l’ensemble du Canada que laissent présager les dernières données du recensement.

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