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Les femmes et le droit de vieillir à l’écran

Lisa LaFlamme, nouveau look
Capture d'écran CTV À l’écran ou non, les femmes doivent pourtant avoir droit, comme les hommes, à vieillir comme bon leur semble

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Les femmes ont-elles le droit de vieillir librement à l’écran? La triste réponse, comme dans la société élargie, est non. Pas toujours, mais encore trop souvent. Le dernier «cas» public en liste est celui de Lisa LaFlamme.

Journaliste d’expérience, récipiendaire de nombreux prix et cheffe d’antenne du CTV National News depuis 2011, elle s’est vu montrer la porte en juin. Son bulletin de nouvelles trônait pourtant au sommet des cotes d’écoute. 

C’est elle-même qui, la semaine dernière, l’a annoncé sur Twitter. La nouvelle, choquante, a fait le tour des médias. Jusqu’à l’étranger. Tous les détails de cette histoire ne sont pas encore connus. Il n’en reste pas moins que la décision de Bell Média sent déjà le sexisme et l’âgisme à plein nez.

Selon le Globe and Mail, ce congédiement s’expliquerait en partie par les inquiétudes d’un de ses nouveaux patrons devant les cheveux gris de la cheffe d’antenne. D’autres sources rapportent que les demandes de Mme LaFlamme à l’interne pour des ressources supplémentaires visant à assurer une information de qualité auraient aussi dérangé ses patrons. 

Jusqu’à preuve du contraire, Lisa LaFlamme, 58 ans, aurait donc été doublement punie. Autant sur la forme de son image que sur le fond de sa conception d’une information de qualité. 

Du brun à l’argenté

D’où la solidarité exprimée envers Mme LaFlamme à travers l’univers médiatique. Pour les femmes journalistes, c’est en effet une gifle brutale. En réaction, même la compagnie Dove s’en mêle pour vanter la beauté des tignasses grises. 

Il faut savoir que pendant la pandémie, comme plusieurs femmes, dont je suis, Lisa LaFlamme a cessé de teindre ses cheveux. Sa chevelure luxuriante est passée du brun acajou à un argenté éclatant. 

Or, pendant que les cheveux gris sont vus comme un signe de maturité chez les hommes, dont les chefs d’antenne, pour les femmes, ils sont encore vus comme un signe de vieillissement accéléré ou de laisser-aller. 

Malheur donc à celles qui, en plus, oseraient afficher leurs pattes d’oie ou quelques livres en trop. Car là où l’image triomphe de la substance, la tyrannie de la jeunesse épouse aussi celle de la minceur obligée. Les troubles alimentaires n’abondent pas pour rien chez les femmes.

D’où les déluges d’insultes sexistes et dégradantes dont nous, femmes journalistes, sommes abreuvées sur les médias sociaux et qui, invariablement, portent sur notre apparence.

Terrible message

Parce que ces problèmes sont archi connus dans le milieu, la décision de Bell Média envoie un message terriblement sexiste. Car non, il ne s’agit pas ici d’une simple décision d’affaires «mal gérée».

Cette décision nous dit qu’en 2022, il peut arriver qu’une femme, malgré même qu’elle soit au sommet de sa profession, soit piégée en partie par un jugement aléatoire porté sur son apparence.

Elle dit que, tous milieux confondus, malgré des avancées concrètes vers une plus grande égalité des femmes, il arrive encore que leur physique serve de marqueur imposé à leur succès ou leur échec.  

À l’écran ou non, les femmes doivent pourtant avoir droit, comme les hommes, à vivre et à vieillir en paix comme bon leur semble. 

Avec raison, on réclame de la diversité à tous vents. Scoop : les femmes aussi ont droit à leur propre diversité. Et c’est non négociable.

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