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Pourquoi nos enfants capotent-ils autant?

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Cette chronique est née d’une conversation avec Richard Martineau, que je remercie. 

Nos jeunes se préparent pour la rentrée scolaire, du primaire à l’université.

Vous avez vu la montée en flèche, ces jours-ci, de leur anxiété ?

Déjà, ils sont angoissés presque à temps plein. 

  • Écoutez l'entrevue de Vincent Dessureault avec Égide Royer au micro de QUB radio :

Intrigué

On peut comprendre la montée de l’anxiété dans des moments particulièrement importants, comme les examens ministériels de fin d’année ou les tests d’admission pour certains collèges privés.

Mais il me semble que tout ou presque est anxiogène pour eux : chaque décision, chaque échéance, le moindre travail ou examen, la demande pour un stage, le choix des cours, du programme, etc. 

Étions-nous comme eux ? Pas à ce point. 

Serait-ce que les jeunes sont plus encouragés à en parler, et les médecins plus enclins à diagnostiquer l’anxiété et à prescrire des pilules ?

Je ne crois pas que cela explique tout. Il y a une vraie montée de l’angoisse.

Est-ce une conséquence d’une société obsédée par la performance ? 

Pourtant, comme Richard me le faisait remarquer, le système d’éducation québécois est peu exigeant, sauf pour certains établissements et certains programmes.

On baisse la barre aux examens, on autorise de multiples reprises, on ne fait pratiquement plus redoubler, on maquille les notes.

Plus tard, les jeunes n’auront aucune difficulté à gagner leur vie, même si ce n’est pas avec l’emploi dont ils rêvaient.

On vient souvent les recruter alors qu’ils n’ont pas encore terminé leurs études.

Dans les années 1980 et 1990, nous enchaînions les petits contrats en mangeant du Kraft Dinner.

Pourquoi cette anxiété ? 

Richard m’a soumis son hypothèse. J’y souscris à 200 %. 

Les jeunes, disait-il, ont besoin de certitudes, d’encadrement, de balises, de cohérence.

Or, aujourd’hui, au nom d’une supposée émancipation, on a tout « décons-truit », on a scié tous les points de repère.

Ils ne savent même plus trop ce qu’est le sexe masculin ou le sexe féminin, ou s’ils croient trop le savoir, on leur dira qu’ils manquent d’« ouverture ».

À l’université, ils n’ont pas le choix entre 18 programmes, mais entre 800.

Plus tard, ils n’auront plus le choix entre 6 métiers, mais entre 400.

Richard me rappelle une belle scène du film The Hurt Locker : un démineur de l’armée américaine rentre d’Irak, où il a risqué sa vie tous les jours, où tout est radicalement simplifié, et retrouve sa petite vie civile pépère.

Au supermarché, il paralyse dans la section des céréales : quelle sorte choisir parmi les 347 en vente ? 

Trop de choix, comme lorsqu’on se demande (et qu’on se chicane) pour savoir quoi choisir dans Netflix.  

Clarté

Quand je regarde les évaluations de mes cours faites par mes étudiants, ils pourront me reprocher ou me suggérer ceci ou cela, mais ils diront invariablement : « Avec vous, c’est clair, on sait exactement ce que vous voulez ».

Nos jeunes veulent des points de repère.  

Notre époque leur offre tout le contraire. C’est quoi le progrès, exactement ?

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