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Rentrée ratée pour Immigration Canada

Jean Pierre Kamano, Immigration Canada
Photo Guillaume St-Pierre Jean Pierre Kamano, originaire de la Guinée, s’est fait refuser un permis d’études par Immigration Canada.

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Il n’y a pas eu de rentrée universitaire pour Jean Pierre Kamano l’an dernier. Il n’y en aura pas non plus cette année. 

M. Kamano a le malheur d’habiter un pays d’Afrique, qui est de surcroît francophone. 

Une région contre laquelle Immigration Canada discrimine allègrement. Il n’y a pas d’autre façon de le dire.  

Discrimination

M. Kamano, un fonctionnaire de l’État de la Guinée de 30 ans, souhaite venir étudier ici pour parfaire ses compétences en gestion.

Il s’est inscrit avec succès à l’Université de Moncton l’an dernier. 

Il était aussi inscrit à l’Université de Chicoutimi cette année. 

Il avait même obtenu le feu vert du gouvernement du Québec. 

Mais Ottawa a froidement bloqué son rêve d’études en juin dernier. 

Le ministère de l’Immigration fédéral a refusé sa demande de permis d’étude pour une troisième fois en autant de tentatives.

«Je ressens de la colère parce que je ne sais pas où est le problème», soutient M. Kamano. 

Critères

Les motifs du refus? On juge qu’il n’a pas l’intention de retourner dans son pays après avoir complété son cursus. 

Pourquoi? Parce qu’il aurait de la famille ici, une sœur, et que ses perspectives d’emploi chez lui sont faibles, ce qui l’inciterait à rester, brisant ainsi son pacte avec l’État canadien.

Une situation parfaitement absurde.

Primo, M. Kamano a un bon emploi stable chez lui. 

Secundo, pourquoi refuser des candidats au permis d’étude sous prétexte qu’ils voudraient s’établir ici?

Ne feraient-ils pas de parfaits nouveaux Canadiens et Québécois? 

Un immigrant francophone qui souhaite s’établir en région en pleine pénurie de main-d’œuvre et dans le contexte du recul du français, quelle horreur! 

Petite amélioration

Après un reportage du quotidien Le Devoir sur les taux de refus astronomiques en novembre dernier, le ministre fédéral de l’Immigration, Sean Fraser, avait promis de s’attaquer « personnellement » au problème de discrimination envers les étudiants francophones africains. 

Le résultat, quelques mois plus tard, est mitigé. En juin dernier, le taux de refus pour les demandeurs de la Guinée s’élevait à 70 %, 86 % en mai, 60 % en avril et 80 % en mars.

Selon les données de juin, la situation s’est améliorée pour certains pays, moins ou pas du tout pour d’autres.

Bref, pour beaucoup de pays d’Afrique francophones, ces injustices persistent. 

Hypocrisie

Pourtant, le gouvernement Trudeau dit faire de l’immigration et du recul du français une priorité.

Ces refus massifs ont des conséquences sur la francophonie canadienne, particulièrement à l’extérieur du Québec. 

Les universités et les communautés comptent sur l’immigration pour prospérer ou survivre. 

Au Québec, cela crée un déséquilibre avec les universités anglophones, qui recrutent surtout en Inde, en Asie du Sud-Est et en Chine, où dans ce pays, le taux de refus est de moins de 20 %.

Même un comité parlementaire fédéral recommande qu’Immigration Canada respecte davantage le pouvoir de Québec de décider qui devrait être accepté dans ses universités.

Jean Pierre Kamano n’abandonne pas son rêve de venir étudier ici. Il présentera bientôt une quatrième demande à Ottawa, même s’il a déjà perdu des centaines de dollars en frais administratifs de toute sorte. 

Il faut être motivé ! Si seulement Ottawa était aussi motivé à régler ses politiques discriminatoires. 

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