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Anxiété créée par la pandémie: qui va soigner les victimes de TOC?

Au manque de spécialistes s’ajoute l’augmentation de la demande pour ce trouble de santé mentale

Steven Bilodeau
Photo Agence QMI, Andréanne Lemire Steven Bilodeau, 15 ans, a commencé à développer des TOC physiques lorsque la pandémie de COVID-19 est arrivée au Québec. Il prenait notamment deux à trois douches par jour et portait plusieurs couvre-visages l’un sur l’autre.

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Le manque de spécialistes des troubles obsessionnels-compulsifs (TOC) se fait de plus en plus ressentir face à l’explosion de la demande liée à l’anxiété créée par la pandémie.

«Il y a une sérieuse pénurie de spécialistes ayant les connaissances et les compétences pour traiter les TOC. Les demandes de traitement spécialisé sont nombreuses, et la COVID-19 a aggravé la souffrance et la nécessité d’un traitement spécialisé en temps voulu pour les patients souffrants de TOC», soutient la Dre Debbie Sookman, directrice du Centre canadien de traitement pour les troubles obsessionnels-compulsifs (CTCOCD).

Les TOC, qui trônent en quatrième place des troubles de santé mentale et qui toucheraient plus de 3 % de la population mondiale, peuvent se présenter sous différentes formes : une crainte excessive de la maladie ou d’un désastre, une difficulté à surmonter des pensées obsédantes, ou des habitudes telles que le nettoyage ou la vérification à répétition.

Plus de patients

Alors que la pandémie a fait grimper radicalement l’anxiété dans la société depuis deux ans, les personnes ayant des TOC n’ont pas été épargnées.

«Particulièrement les personnes ayant des TOC de contamination», affirme la Dre Sookman (voir texte plus bas).

Elle remarque par ailleurs que de nombreuses personnes qui n’avaient pas forcément de diagnostic officiel ou même de symptômes ont dû commencer à avoir un suivi avec un spécialiste.

Le manque de spécialistes se fait donc plus ressentir, affirme-t-elle. Toutefois, il a été impossible de savoir de combien la demande avait augmenté.

Le Dr Frederick Aardema, professeur associé au Département de psychiatrie de l’Université de Montréal, abonde dans le même sens.

«C’est vraiment un gros problème, nous n’avons vraiment pas assez de professionnels disponibles. On essaie de former plus de monde», explique celui qui dirige également le Laboratoire de recherche sur les troubles obsessionnels-compulsifs.

Pour les deux spécialistes, cela peut devenir un problème important pour les personnes qui souffrent de ce trouble, alors que des traitements très efficaces existent.

Ils passent notamment par une thérapie cognitivo-comportementale en utilisant «l’exposition et la prévention de réponse», soit placer le patient face à ses craintes, explique Jessica Le, psychologue et superviseure de la clinique externe des troubles anxieux de l’Institut Douglas.

«C’est aussi une combinaison de psychothérapie et de médication, c’est ce qui fonctionne bien», ajoute-t-elle.

Une plus grosse étude

Malgré tout, la pandémie a toutefois eu certains «avantages», explique le Dr Aardema.

«Un an avant la pandémie, nous avions lancé une étude médicale pour traiter les gens avec des TOC. Avec la pandémie, les rencontres se sont tenues en virtuel, ce qui a permis d’accueillir et de traiter beaucoup plus de monde», affirme-t-il.

Il estime que grâce à la visioconférence, la demande a augmenté de 100 %. 

La pandémie, un enfer pour ces patients 

Les Québécois vivant déjà avec un trouble obsessionnel-compulsif (TOC) ont vu leur calvaire décuplé avec la pandémie, qui a empiré leurs symptômes au point de rendre leur quotidien invivable.

«Quand la COVID-19 a commencé, je pouvais porter trois masques [l’un par-dessus l’autre], je pouvais prendre trois, quatre douches par jour, il fallait absolument que je désinfecte mon auto, mais aussi tous mes livres parce que tout était contaminé», explique Steven Bilodeau, un jeune homme de 15 ans.

Même s’il a toujours été anxieux, le Trifluvien n’avait jamais expérimenté de troubles obsessionnels-compulsifs physiques. Lorsque la COVID-19 est arrivée, c’est toute sa vie qui a été chamboulée.

Il a développé des TOC de contamination, c’est-à-dire une inquiétude que lui ou ses affaires soient sales ou contaminés.

«Depuis mes 5 ans, j’avais des TOC, mais c’était dans ma tête où je me répétais toujours la même chose et j’avais les mêmes pensées. Quand la pandémie est arrivée, mes TOC sont devenus physiques», affirme-t-il.

C’est la première dose de vaccin qui lui a permis de calmer ses obsessions, affirme-t-il. Il avait d’ailleurs pu se faire vacciner en priorité, grâce à son diagnostic et à un mot de son médecin.

Avec l’arrivée de la pandémie, Jérémie Lépine, qui vit aussi avec des TOC de contamination, s’est d’abord senti rassuré.

«Pour moi, ça a été réconfortant, parce que la population au complet suivait enfin les règles que moi je suis depuis toujours. C’était merveilleux», explique en riant le jeune homme de 29 ans, qui travaille dans le domaine de la santé.

Mais lorsqu’il a attrapé la COVID-19, le cauchemar a commencé.

«J’ai eu un test positif dans la première vague, mais je n’ai jamais eu de symptômes. Et là, j’ai commencé à paniquer : j’avais peur de tuer des patients, de tuer des membres de ma famille», confie-t-il.

Guérison

Pour les deux hommes, c’est grâce aux outils acquis durant les thérapies qu’ils suivaient déjà avant la pandémie qu’ils ont réussi à aller mieux.

«J’ai beaucoup appris à me connaître, je suis très bien entouré, alors ça m’aide énormément à traverser tout ça et à rester en contrôle. Une chose est sûre, je ne baisse pas les bras pour mon combat», confie Steven Bilodeau.

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