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Reagan et Gorbatchev

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L’annonce du décès de Mikhaïl Gorbatchev a ravivé en moi plusieurs souvenirs. Je suis né pendant la guerre froide, et jusqu’à la chute de l’Union soviétique, le bras de fer entre les deux blocs constituait le fil conducteur de la plupart des conflits sur la planète. Une époque marquée par la crainte, parfois enfouie, d’un affrontement nucléaire.

Le directeur du National Security Archive Thomas S. Blandon a déjà qualifié la fin de la guerre froide de véritable petit miracle. Trop souvent, proximité américaine oblige, Ronald Reagan reçoit ici plus que sa part de louanges pour la fin d’une ère de tensions, mais aussi pour le démantèlement de l’Union soviétique.

Un Reagan avisé

Il est vrai que Reagan a su s’adapter aux changements émanant de l’URSS. Après avoir haussé le ton et exploité une rhétorique – Guerre des étoiles ou Empire du mal – qui tranchait avec la période de détente de la présidence Carter, le républicain eut la sagesse d’encourager la diplomatie au bon moment.

Historiens et anciens conseillers de Reagan débattent encore de la pertinence de la démonstration de force de l’Américain lors de son premier mandat, mais ils sont quasi unanimes à souligner la pertinence de son ouverture à Gorbatchev, qu’il rencontrera lors de quatre sommets entre 1985 et 1988.

Ronald Reagan ne manqua d’ailleurs pas d’encourager, de défier, le dirigeant russe à pousser plus loin ses réformes. Qui a oublié sa célèbre déclaration du 12 juin 1987 au Mur de Berlin: «Mr. Gorbachev, tear down this wall.»

  • Écoutez l'édito de Luc Laliberté à l'émission de Richard Martineau diffusée chaque jour en direct 8 h 30 via QUB radio :

Gorbatchev réformiste abandonné

En 2004, le dernier ambassadeur américain en URSS, Jack F. Matlock, publiait un livre sur la fin de la guerre froide intitulé Reagan and Gorbachev: How the Cold War Ended. Aux yeux de cet historien et ancien diplomate, le rôle de Gorbatchev doit être mis en lumière. Sans ce dernier, les efforts de Reagan auraient été vains et la suite des événements, hautement imprévisible.

Confronté à une situation économique difficile, le jeune meneur de 54 ans va secouer la hiérarchie communiste et renouveler la composition du bureau politique. Même si les réformes de Gorbatchev eurent des effets limités, qui sait ce qui se serait produit sans son ouverture à l’Ouest, sa recherche d’une solution pacifique et son refus de recourir à la force pour mater les nationalistes de certaines républiques.

Bien sûr, ma perspective face au décès de Gorbatchev est celle d’un Occidental attaché à la démocratie et à la liberté d’expression. Cette démocratie a eu un prix important et on peut comprendre la colère de Russes qui en ont fait les frais et qui se demandent si le montant n’était pas trop élevé.

Alors que Vladimir Poutine achève l’œuvre de destruction de l’héritage de Gorbatchev et que des généraux russes en Ukraine qualifient l’ancien dirigeant de traître, je ne peux que regretter que la Russie n’ait pas su quoi faire de la liberté qu’on tentait de lui offrir.

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