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Pollueurs en série au Québec: Hydro-Québec parmi les cancres de l’environnement

Le déversement de diesel aux Îles-de-la-Madeleine en 2014 est une grosse tache au dossier de la société d’État

Déversement
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Une société d’État, des villes, une mine, un producteur de lait... toutes sortes d’organisations font partie du top 20 des pires délinquants environnementaux de la dernière décennie au Québec. Notre Bureau d’enquête vous présente quelques exemples significatifs.

Hydro Quebec

Hydro-Québec est l’un des plus grands récidivistes de la province en matière d’infractions environnementales, a découvert notre Bureau d’enquête.

Depuis 2012, Hydro s’est fait réprimander 23 fois, dont cinqde façon plus grave au terme d’un processus judiciaire. La société d’État est la troisième entreprise ayant payé les amendes et sanctions les plus importantes, soit 596 863 $.

L’événement le plus grave est le déversement de 100 000 litres (l’équivalent de 5 piscines hors terre de 15 pieds) de produits pétroliers aux Îles-de-la Madeleine en septembre 2014.

La fuite s’est produite sur l’oléoduc de Cap-aux-Meules, acheminant du mazout et du diesel pour la centrale thermique qui fournit l’électricité aux Îles. 

Déversement de 100 000 litres de produits pétroliers aux Îles de la Madeleine en septembre 2014. La fuite s’est produite sur l’oléoduc de Cap-aux-Meules, acheminant du mazout et du diesel pour la centrale thermique qui fournit l’électricité aux Îles.  PHOTO COURTOISIE DIANE HÉBERT
Photo courtoisie
Déversement de 100 000 litres de produits pétroliers aux Îles de la Madeleine en septembre 2014. La fuite s’est produite sur l’oléoduc de Cap-aux-Meules, acheminant du mazout et du diesel pour la centrale thermique qui fournit l’électricité aux Îles. PHOTO COURTOISIE DIANE HÉBERT

La lecture du rapport d’enquête permet de constater que ce dégât environnemental aurait pu être évité si Hydro-Québec avait bien entretenu l’oléoduc et si les employés avaient été mieux formés. 

«Du personnel adéquatement formé aurait rapidement détecté des indices de fuites, ce qui aurait limité l’ampleur du déversement», peut-on lire. La société d’État avait aussi attendu le lendemain pour avertir le ministère. 

Ainsi, lorsque la pression dans la conduite a diminué, Hydro a même rajouté du diesel, allant jusqu’à dépasser le volume de l’oléoduc.  

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Méthodes revues           

«On a fait les réflexions qu'il fallait faire, on a revu les méthodes de travail, on a bonifié la formation des employés et on a décontaminé ce qui devait l’être», souligne le porte-parole d’Hydro, Francis Labbé. 

L’incident a valu une amende de 404 000 $ (avec frais de justice) en plus des travaux de décontamination et de restauration qui ont coûté 37,2 M$.

Les chantiers de la Romaine ont aussi représenté leurs lot de défis avec près de 48 000 $ en amendes et sanctions. 

Hydro-Québec a aussi reçu 18 sanctions pour des événements de moindre gravité. 

Pour le projet de ligne à haute tension Grand-Brûlé-Saint-Sauveur, Hydro a reçu trois sanctions totalisant 25 000 $, en 2019 en plus d’une ordonnance. 

Céline Cusson, chef gouvernance et enjeux stratégiques à la direction de l’environnement chez Hydro-Québec, souligne que le très grand territoire couvert par la Société d’État explique en partie son bilan. 

«On des milliers de kilomètres de lignes de distribution de transport, une soixantaine de centrales hydroélectriques», illustre-t-elle. 

Erreurs répétées           

Mais ce qui frappe lorsqu’on analyse les dossiers est la répétition de mêmes erreurs. On compte sept cas de rejets de matière dangereuses, souvent des huiles de transformateur et chaque fois, Hydro avait trop tardé pour avertir le ministère de l’Environnement. 

Parfois, le délai se calcule en semaines, voire en mois. 

«On avait clairement un enjeu en termes de délais, reconnait Mme Cusson, qui ajoute que l’événement de Caps-Aux-Meule a contribué à la prise de conscience du problème. 

«Quand arrive un incident, nos conseillers en environnement n’étaient pas assez rapidement contactés pour faire le pont avec le ministère», explique-t-elle. 

La société d’État s’est alors doté d’un indicateur interne. En 2014, 46% des événements à signaler au ministère dépassait le seuil jugé raisonnable. ce chiffre avait baissé à 11% en 2021. 

Hydro-Québec se dit conscient qu’en tant que société d’État, elle a moins le droit à l’erreur. 

«C'est sûr qu'il y a des attentes et il y a un rôle social effectivement d’être le plus exemplaire possible et d’avoir les meilleures pratiques possibles», reconnait Mme Cusson. 

À noter toutefois qu’en terme d’imputabilité, elle est un des rares délinquants contactés à avoir accepté de répondre à nos questions. 

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