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Pollueurs en série au Québec: la mine d’or de Malartic est le plus grand récidiviste

Même si la mine à ciel ouvert cumule les amendes les plus salées, les manquements se poursuivent

GEN-MINE-CANADIAN-MALARTIC
PHOTO AGENCE QMI, FRANÇOIS MUNGER

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Le pire délinquant environnemental des 10 dernières années au Québec est la mine de Malartic, qui a même commis certaines infractions intentionnellement et camouflé des informations au gouvernement.

Malartic

La Corporation minière Osisko puis Canadian Malartic GP, qui a repris la mine en 2014, ont dû payer 873 000 $ en sanctions et amendes. 

La compagnie minière Osisko est accusée d’infractions environnementales, lundi 2 décembre 2013, à Malartic.
PHOTO ARCHIVE/L'ÉCHO ABITIBIEN/AGENCE QMI
PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI
La compagnie minière Osisko est accusée d’infractions environnementales, lundi 2 décembre 2013, à Malartic. PHOTO ARCHIVE/L'ÉCHO ABITIBIEN/AGENCE QMI

Le bruit, la poussière, les nuages de gaz toxiques et de dynamitages mal contrôlés comptaient parmi les problèmes les plus fréquents. La plus récente amende remonte à 2017 (663 000 $), pour 61 infractions remontant à 2011 et 2012. Depuis 2014, Canadian Malartic GP a reçu 90 avis de non-conformité, dont quatre en 2021.

LE PROJET EN BREF
  • Plus grande mine d’or à ciel ouvert au Canada, elle est situé en pleine ville et a nécessité le déménagement de plus de 200 maisons.
  • Projet autorisé autorisé en 2009 après une enquête du Bureau d’audience publique en environnement (BAPE). Avant même, la conclu- sion, la minière Osisko avait commencé à dépla- cer des maisons.
  • Un agrandissement du projet a été autorisé en 2017 après un second BAPE.
  • Un recours collectif entamé par des résidents en 2016 s’est conclu en 2019 par une entente à l’amiable

Elle en a aussi obtenu un en janvier dernier pour l’émission d’un gaz toxique, le dioxyde d’azote, lors d’un sautage, un problème récurrent. 

Ces manquements surviennent alors que la minière veut agrandir des zones d’exploitation souterraines pour son nouveau projet Odyssey, à 1,5 km de la fosse à ciel ouvert de Malartic. Aussi, il y a quelques jours, une des entités du groupe Osisko a annoncé vouloir relancer l’exploitation du cuivre à Murdochville, en Gaspésie. 

Le fondateur d’Osisko, Robert Wares, a même cité Malartic comme exemple de bonne cohabitation, car la mine d’or est devenue une attraction touristique. 

Rapport inédit          

Or, notre Bureau d’enquête a obtenu un rapport qui démontre que des dirigeants de la mine de Malartic ne semblaient pas faire grand cas du respect des normes du ministère de l’Environnement du Québec et ont tenté de camoufler de l’information. 

Ce rapport d'enquête du ministère de l’Environnement, qui n’avait jamais été rendu public, a conduit à la condamnation de la mine en 2017. Il contient des résumés des courriels et de documents obtenus lors d’une perquisition en 2012.   

  

  • Écoutez l’entrevue de Benoit Dutrizac avec Rodrigue Turgeon, Co-responsable du programme canadien chez Mining Watch Canada sur QUB radio :   

Cadres encore présents          

Le site était alors exploité par Osisko, mais certains cadres impliqués sont aujourd’hui des haut placés chez Canadian Malartic. 

C’est le cas de Christian Roy, qui était surintendant aux opérations minières et à l’ingénierie pour Osisko et qui est aujourd’hui directeur général de la mine. 

Il a refusé notre demande d’entrevue. 

«Ces infractions de 2011 et 2012 n’ont fait l’objet d’aucun débat judiciaire sur le fond, puisque ce dossier s’est terminé avec le plaidoyer de culpabilité de juillet 2017, a expliqué M. Belisle. Nous ne ferons, en conséquence, aucun commentaire [...]» 

«Bien que perfectibles, nos pratiques sont exemplaires et nous continuons à travailler avec le [ministère] afin de les améliorer», a-t-il ajouté.

Car même si certains problèmes persistent, la minière dit avoir amélioré sa «performance environnementale» et souligne une «diminution très importante» des avis de non-conformité.

La minière a toutefois obtenu des assouplissements à certaines normes qu’elle respectait difficilement.

Notre demande d’entrevue auprès de Robert Wares est demeurée sans réponse.

Fin de chapitre

Rapport accablant en 2015                    

  • Le 4 octobre 2011, le directeur de l’entreprise voisine de la mine, ASDR, envoie un courriel à Christian Roy, surintendant aux opérations minières et à l’ingénierie chez Osisko, pour lui dire qu’il a reçu des projections de roches sur son terrain. Les dirigeants s’échangent des courriels à ce sujet dans les jours qui suivent. Pourtant, les rapports de la semaine du 1 au 7 octobre 2011 ne font aucune mention des projections de roches et aucune déclaration n’a été fait au ministère ni à Urgence-Environnement, note l’enquêteur.                 
  • Le 8 mai 2012, deux roches sont projetées sur une propriété voisine, dont l’un de plus de 6 pouces a atteint un réservoir à essence et le ministère n’en est averti qu’un mois tard, le 12 juin, note l’enquêteur. Dans un rapport interne d’enquête et analyse d’accident et d’incident, daté du 4 mai 2012, trois employés s’engagent à «garder confidentielle» toutes informations concernant un incident à moins d’être convoqués devant un tribunal.                 
  • Le 9 juillet 2014 à 11h21, des roches projetées défoncent le garage de l’entreprise voisine ASDR, à quelques mètres de deux employés. Le directeur Environnement de la minière, Boubacar Camara, laisse un message dans la boîte vocale de la directrice régional du ministère, après la fermeture des bureaux, soit à 19h02. Urgence environnement n’est pas averti. M. Camara dira à l’inspectrice du ministère le lendemain que ce n’est «rien de grave».   
  • Dans son rapport de 2016 concernant le projet d’agrandissement de la mine, le Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE) indiquait que la minière «procède à la captation vidéo de tous les événements», ce qui permet au ministère d’émettre des constats d’infraction. Or, l’enquêteur a découvert la mention suivante dans le cartable de Christian Roy en date du 13 août 2012 : «Camera : éviter de mettre en perspective vers mur vert». Le mur vert est une buteécran qui sépare la fosse du quartier résidentiel. En date du 27 octobre 2012, il découvre aussi la mention suivante en lien avec un important sautage hors normes: «PAS DE PHOTOS; PAS DE FILMS.» M. Roy a refusé la demande d’entrevue de notre Bureau d’enquête.                 
  • Le 11 octobre 2011, le directeur général Denis Cimon transmet un courriel au dg adjoint Eric Tremblay: «Donc on a eu des projections de roches vendredi et lundi. Je retiens les rapports journaliers, mais je ne pourrai pas le faire longtemps.»                 
  • La minière avait aussi des problèmes d’émission de dioxyde d’azote, nocif pour la santé humaine, lors des sautages. Le 10 novembre 2011, Denis Cimon envoie un courriel à leur directrice Environnement Christine Baribeau concernant la fumée orange : «Je croyais qu’on avait compris de ne pas mentionner seulement le gaz NOX [dioxyde d’azote] mais bien aussi la poussière de chantiers et la backdraft d’air qui explique la hauteur de la fumée. Il faut rassurer le MDDEP [ministère] que ce n’est pas dangereux.»                                 

Fin de chapitre

La production avant tout          

Le rapport d’enquête qui a conduit aux condamnations de 2017 montre qu’Osisko était préoccupée par sa production et voyait les normes environnementales comme des «contraintes».

Le rapport fait état d’opérations de sautage mal contrôlées qui entraînent des projections de roches sur des terrains voisins. 

Dans des courriels, des dirigeants de la minière craignent alors que le ministère de l’Environnement ne s’en mêle.

Le 27 janvier 2012, Denis Cimon, DG de la mine écrit à Eric Tremblay, DG adjoint : «Le [ministère] pourrait demander une contre-vérification de chaque sautage et on sait tous ce que ça veut dire, on ne pourrait pas suivre la cadence de production avec cette contrainte.» 

Bruyant, même la nuit         

La mine dépasse aussi régulièrement les normes de bruit.

En mai 2012, elle les a dépassées 92 fois dont 88 fois la nuit.

Le 30 mai, M. Cimon a envoyé un courriel à des cadres dans lequel on comprend que, peu importe la nuit, il en coûterait trop cher de ralentir les activités.

«Juste en coût de minning, on dépense environ [caviardé] Donc quand on arrête la mine pour 4 heures durant une nuit, on jette [caviardé] par la fenêtre et on prend 4 heures de retards dans le développement de la mine. » 

Limite dépassée          

Le nombre de sautages autorisés n’est souvent pas respecté. 

La minière ne pouvait en faire que deux par jour, précise le rapport. 

La mine d'or à ciel ouvert «Canadian Malartic» souhaite doubler la superficie de sa fosse à ciel ouvert. Le vendredi 21 novembre 2014. 
CAPTURE D'ÉCRAN/J.E./TVA NOUVELLES
CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES
La mine d'or à ciel ouvert «Canadian Malartic» souhaite doubler la superficie de sa fosse à ciel ouvert. Le vendredi 21 novembre 2014. CAPTURE D'ÉCRAN/J.E./TVA NOUVELLES

Le 8 août 2011, Christian Roy, surintendant ingénierie et aujourd’hui directeur général de la mine, écrit à la directrice Environnement : «Tel que discuté ce matin, nous aurons 4 sautages de prêts pour 15 hrs ce pm.» 

Les documents internes montrent qu’il y en a finalement eu trois. Autre exemple : le 20 septembre 2011, six sautages ont été faits. 

Et le 21 février 2012, François Vézina (alors directeur des opérations) a envoyé un courriel à Christine Baribeau (directrice Environnement) concernant un dépassement de la limite de vibration survenu quelques jours plus tôt.

Il a écrit : «J’aimerais avoir également votre plan de match pour les simulations de sautage (vibration et surpression) qu’on est supposé faire et qu’on ne fait pas, ou presque pas. Cela fait partie de notre CA [certificat d’autorisation].» 

Fin de chapitre

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