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Le risque de Rizqy

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Marwah Rizqy a-t-elle bien fait de s’en prendre à Éric Duhaime et ses propos sur la « grogne », hier ?

L’attaque, lancée à la toute fin d’un point de presse frisquet, m’est d’abord apparue courageuse, justifiée.

L’élue libérale est fortement ébranlée – et avec raison – par l’expérience atroce qu’elle vient de traverser (menaces de mort explicites, sécurité insuffisante). Cela, en conjonction avec le saccage et le pillage des locaux de son collègue Enrico Ciccone.

  •  Écoutez la rencontre Dutrizac – Dumont diffusée chaque jour en direct 7 h via QUB radio : 

Grogne

Mais tentons quelques précisions et nuances.

Rizqy dénonçait cette récente déclaration du chef conservateur : « Notre objectif, c’était justement de prendre toute cette grogne qui était à l’extérieur du parlement, puis de la faire entrer dans les murs du parlement, et c’est encore ça notre objectif. »

Au dire de Rizqy, un tel projet est irrecevable. À la grogne, elle dit préférer « des gens avec de la stature, des gens qui veulent travailler pour faire avancer le Québec et qui ont des propositions ». Elle ajouta que « si votre legs démocratique c’est de vous dire que vous allez canaliser la haine et la colère, c’est un très mauvais legs ».

Bien envoyée, l’attaque demeurait malhabile dans le contexte de polarisation actuelle.

D’abord, parce qu’elle n’a pas démontré le lien direct entre l’intimidation et la violence qu’elle et Enrico Ciccone ont éprouvées personnellement ; et la fameuse grogne qu’évoquait Duhaime. Le fêlé (dont la remise en liberté est inquiétante) qui a développé une obsession malsaine pour Rizqy, a-t-il vraiment quelque chose à voir avec les conservateurs et/ou Duhaime ?

  •  Écoutez l'entrevue avec Jean-Pierre Charbonneau à l’émission de Philippe-Vincent Foisy diffusée chaque jour en direct 7 h 45 via QUB radio :  

Légitimité

Arrêtons-nous ensuite au mot « grogne » : « Mécontentement exprimé par un groupe de personnes. » Tous les partis ne cherchent-ils pas à canaliser des grognes, les faire entrer au parlement ?

Charest et les défusions en 2003. Le PQ et QS avec les carrés rouges. Pendant la pandémie, les élus de l’opposition ont fait entendre leurs mécontentements, souvent en termes très durs.

Une partie de cette grogne, qu’on l’aime ou non (personnellement, elle me semble à 90 % délirante), n’a pu se manifester que dans la rue. N’est-il pas normal et sain démocratiquement qu’elle ait aujourd’hui un véhicule partisan ?

Sinon, comment celle-ci s’exprimerait-elle ? En entrant « dans les murs du parlement » comme cette foule déchaînée et criminelle du 6 janvier 2021 à Washington ?

Le Parti conservateur d’Éric Duhaime a une légitimité démocratique. Si on est sincèrement en faveur de la diversité, on n’a d’autre choix que de le reconnaître.

Y a-t-il des colères excessives, voire de la haine, des théories du complot, de la désinformation dans cette nébuleuse d’idées qui compose sa base ? Énormément.

Et voilà ce qu’on doit reprocher à Éric Duhaime : il ne semble pas vouloir combattre ouvertement et explicitement les pires aspects de son mouvement. Au contraire.

Mais le grand risque du choc Rizqy-Duhaime d’hier est de s’engager dans un engrenage terrifiant, une spirale de reproches où chaque camp s’accuse de fomenter la violence, désignant l’autre comme la source du mal. Situation qui pourrait avoir des conséquences funestes.

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