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Série du siècle: le héros inattendu

Paul Henderson est devenu une légende au Canada avec son but décisif

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Photo d'archives, Getty Images Lors du cinquième match de la série soit le premier présenté à Moscou, Paul Henderson tentait d’obtenir des explications d’un officiel.

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Jusqu’à la Série du siècle, Paul Henderson connaissait une belle carrière, sans toutefois se hisser au rang des vedettes de la LNH. En un moment à Moscou, son destin a profondément changé.

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Dans la dernière minute de jeu de l’ultime rencontre entre le Canada et l’Union soviétique, Henderson se trouvait sur le banc. Phil Esposito, Yvan Cournoyer et Pete Mahovlich étaient les attaquants sur la glace.

Henderson a remarqué que Mahovlich se dirigeait vers le banc et l’a appelé à sortir pour prendre le relais, fonçant rapidement en zone adverse. Cournoyer a intercepté une tentative de sortie de zone des Soviétiques pour ensuite rater son relais vers Henderson.

Esposito a récupéré la rondelle et lancé sur Vladislav Tretiak.

Henderson a sauté sur le disque libre devant le gardien et sur son propre retour de lancer, il a inscrit le but procurant la victoire au Canada avec 34 secondes à écouler.

«Mon père est décédé en 1968. Quand j’ai lancé et quand la rondelle a franchi la ligne, j’ai dit tout haut : ‘‘Papa aurait été fier de ce but’’. On connaît la dynamique entre un père et un fils, mais j’étais surpris d’avoir cette pensée à ce moment. J’ai tout de suite sauté dans les bras de Cournoyer et j’étais tellement émotif que je pensais lui avoir fracturé le dos!», s’est remémoré l’homme de 79 ans, en entrevue avec Le Journal.

C’est d’ailleurs un récit auquel Cournoyer s’est permis une réplique. «J’ai dit à Paul qu’il est pesant, mais jamais autant qu’une coupe Stanley!», a badiné l’ancien du Canadien, qui a soulevé 10 fois le trophée.

Pas prédestiné

Avant le tournoi, peu d’observateurs accordaient pourtant la moindre chance à Henderson de percer l’alignement. Il était impossible d’entrevoir qu’il deviendrait l’auteur des trois derniers buts gagnants du Canada en plus de terminer avec une fiche de sept buts et trois passes en huit matchs.

«Je n’ai jamais imaginé un jour devenir un héros au pays. Au camp, je me suis juste dit que j’allais prendre les choses au sérieux et montrer aux entraîneurs que je pouvais être compétitif. Sur les lignes d’attaque, je me voyais au mieux sur la cinquième.

«Je me disais que je jouais bien défensivement et que je ne serais pas une nuisance. Tout au long du tournoi, je ne pensais pas jouer un rôle important. On devait avant tout être le trio défensif qui allait surveiller les Kharlamov et autres.»

De la joie à la dépression

La surprise de taille qu’il a causée a d’abord plongé Henderson dans un état de grâce. Or, avec son soudain statut de héros national, les partisans entretenaient des attentes insoutenables à son endroit. Si bien que Henderson s’est vite senti assailli et dépressif, sombrant ainsi dans l’alcool.

«Tout est arrivé de manière trop intense et trop rapidement. Du jour au lendemain, j’étais devenu le sauveur du pays. Des gens venaient frapper à ma porte ou me voir n’importe où.

«À un certain point, ma femme et moi avons dû prendre une décision. Il fallait choisir entre apprécier cette célébrité ou s’en sauver. On a décidé de savourer ce moment et c’est la meilleure décision que j’aie prise dans ma vie.

«Depuis, je n’ai jamais dit non à n’importe quelle demande pour parler de la Série du siècle. C’était une époque merveilleuse et je suis reconnaissant de l’avoir vécue. Ça m’a certainement amené une forme d’admiration que je n’aurais jamais reçue autrement», a-t-il confié.

Après deux autres saisons avec les Leafs suite à la Série du siècle, Henderson a bifurqué vers l’AMH et il a accroché ses patins en 1981. 

Un faux débat sur le Temple de la renommée 

À sa résidence de la banlieue de Toronto, Paul Henderson conserve cette précieuse lithographie illustrant son but historique du dernier match de la Série du siècle. Yvan Cournoyer lui saute dans les bras tandis que le gardien soviétique Vladislav Tretiak constate l’échec des siens.
Photo courtoisie
À sa résidence de la banlieue de Toronto, Paul Henderson conserve cette précieuse lithographie illustrant son but historique du dernier match de la Série du siècle. Yvan Cournoyer lui saute dans les bras tandis que le gardien soviétique Vladislav Tretiak constate l’échec des siens.

Même si depuis de nombreuses années, certains s’époumonent pour que Paul Henderson soit admis au Temple de la renommée du hockey, le principal intéressé est catégorique. À ses yeux, il n’a pas sa place parmi les immortels.

Les uns disent que son rôle crucial dans ce qui est devenu la série la plus importante dans l’histoire du hockey international devrait lui valoir un billet d’entrée. Les autres martèlent plutôt qu’il n’a jamais inscrit plus de 60 points en une saison dans la LNH et que sa fiche de 477 points en 707 matchs ne lui vaut manifestement pas cet honneur.

Entre les deux camps opposés, Henderson tranche.

«On me dit que je suis plus célèbre au pays que les trois quarts des joueurs qui sont au Temple. Pour ma part, je n’ai jamais eu le moindre problème avec le fait que je ne suis pas au Temple. Il y a plusieurs joueurs qui ont été bien meilleurs que moi et qui ne sont pas intronisés», fait-il valoir.

Pluie d’honneurs

Son but mythique le 28 septembre 1972 a été reconnu comme le «moment sportif du siècle» par la Presse canadienne. Il a aussi été élu comme membre du Temple de la renommée du sport canadien, ainsi que du Temple de la Fédération internationale de hockey sur glace.

«J’ai eu à peu près toutes les autres récompenses individuelles imaginables. Le reste ne m’appartient pas. Je serais reconnaissant d’être intronisé un jour par la LNH, mais ma vie ne changerait pas d’un iota», assure-t-il.

Moment inoubliable

Même s’il n’a toujours pas sa plaque en bronze à Toronto, Henderson peut se targuer d’avoir marqué l’imaginaire collectif canadien.

«C’est très satisfaisant et j’étais fier de gagner. Ce moment m’a procuré une notoriété soudaine que je n’avais jamais envisagée. J’étais un bon joueur de hockey, mais pas un joueur étoile. C’était gratifiant de me prouver à moi-même que je pouvais jouer avec les meilleurs au monde.

«Chaque Canadien que je rencontre, même 50 ans plus tard, veut automatiquement me dire où il se trouvait et ce qu’il faisait quand j’ai marqué. Les gens sont encore excités de me raconter ce moment et je m’en réjouis.»

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