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Série du siècle: souvenirs de notre envoyé spécial

Gilles Terroux a couvert la Série du siècle pour Le Journal et sa boîte à souvenirs est remplie !

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Photo d'archives, Getty Images Valeri Vasiliev (à gauche) et Ron Ellis (à droite) bataillaient pour l’obtention de la rondelle lors d’un match présenté au Palais des sports de Moscou en septembre 1972.

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Pendant cet historique mois de septembre 1972, alors qualifié de «mois du siècle» dans ces pages, rares sont les journées qui n’ont pas été marquées d’un incident qui est passé inaperçu ou qui n’a pas fait les grandes manchettes à l’époque.

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Comme le malaise survenu au Maple Leaf Gardens de Toronto, 48 heures après l’humiliante défaite de 7 à 3 encaissée au Forum de Montréal dès le premier match de la série.

Comme l’exercice est facultatif, Frank Mahovlich décide de ne pas chausser les patins. Il déambule nerveusement autour de la patinoire. On perçoit qu’il y a
peut-être un peu trop d’activité à son goût à quelques heures du deuxième match.

Puis, Mahovlich explose en apercevant le chef de l’opposition, Robert Stanfield, endosser un chandail de l’équipe du Canada et se rendre sur la patinoire afin de se faire photographier avec quelques joueurs.

«Que se passe-t-il ici? s’écrie Mahovlich. Nous ne jouons pas pour les politiciens ; nous affrontons l’Armée rouge!»

La journée s’est quand même bien terminée. Victoire de 4 à 1 des Canadiens.

Viennent-ils de renverser la vapeur?

Comme l’esprit d’équipe de Bobby Orr.

Celui que plusieurs considèrent comme le meilleur joueur de tous les temps est conscient que l’état de ses genoux l’empêchera de prendre part à la série, mais contrairement à ceux qui ont déserté l’équipe en raison de leur peu d’utilisation (Vic Hadfield, Richard Martin, Jocelyn Guèvremont et Gilbert Perreault), Orr demeure sur place. Avant l’entraînement des siens, il saute même sur la patinoire à quelques occasions, histoire d’inquiéter l’adversaire ou de motiver les siens? Les deux, peut-être...

Comme l’inquiétude causée par la blessure à une cheville subie par Serge Savard lors du troisième match de la série disputé à Winnipeg.

La journée du quatrième match commence mal à Vancouver.

Harry Sinden annonce aux journalistes que Serge Savard a subi une fêlure de l’os de la cheville. « Pour lui, la série est terminée », de préciser l’entraîneur-chef du Canada.

Lourde perte parce que lors des deux matchs précédents, à Toronto et à Winnipeg, Savard avait été le meilleur défenseur du Canada.

La nouvelle a surtout inquiété Yvan Cournoyer qui ne peut s’empêcher de songer à la position dans laquelle se trouve le Canadien à l’approche de la saison.

«Pouvons-nous nous permettre d’entreprendre la saison sans JC (Tremblay), Terry Harper et Savard?» se demande Cournoyer.

Heureusement pour Équipe Canada, la blessure n’est pas sérieuse. Savard rate le cinquième match (le premier à Moscou), mais il est fidèle au poste pour les trois derniers affrontements. Il conclut même la série de huit matchs avec quatre victoires, aucune défaite et un match nul. Il est le seul membre de l’équipe qui n’a pas connu la défaite.

Comme la mauvaise humeur des épouses des joueurs canadiens dès leur arrivée à Moscou.

Les Soviétiques ne font manifestement rien pour rendre leur séjour agréable.

Elles acceptent mal, par exemple, de devoir prendre leur repas dans un coin de la salle à manger de l’hôtel, et les joueurs, eux, dans un autre coin.

Elles comprennent mal, également, qu’on les invite à se rendre au célèbre cirque de Moscou en matinée... alors que les joueurs, eux, s’y rendront en soirée.

«Oui, nous pouvons partager la même chambre que notre épouse, fait remarquer Stan Mikita. Aucune restriction à ce sujet... heureusement!»

Comme la crainte pour 161 touristes canadiens descendus à l’hôtel Ukraine de ne pouvoir assister au sixième match, faute de billets.

Ils ont payé pour ces billets et n’acceptent aucune explication. Dans le lobby de l’hôtel, c’est un concert de protestations qui choque l’œil et l’oreille des Moscovites disciplinés.

Grâce à l’intervention des autorités de l’ambassade canadienne à Moscou, tout rentre dans l’ordre à peine deux heures avant le début du match, et tout ce beau monde prend le chemin du Palais des sports.

Coup d’œil sur les rues de Moscou en septembre 1972.
Photo d'archives, Getty Images
Coup d’œil sur les rues de Moscou en septembre 1972.

Comme la curiosité des journalistes et photographes du journal Izvestia lorsque le regretté photographe Denis Brodeur s’y rend développer ses films.

Brodeur est bombardé de questions : les caméras vous appartiennent-elles ou sont-elles la propriété de votre journal ? Combien touchez-vous pour chaque photo publiée? Quelle marque de voiture conduisez-vous? Combien coûte une Volkswagen dans votre pays?

«À certaines réponses transmises par un interprète, raconte Brodeur, je pouvais voir les photographes moscovites froncer les sourcils et hocher la tête...»

Comme le vilain tour que Serge Savard joue à John Ferguson au retour de l’équipe canadienne à l’aéroport de Dorval.

Comme il se doit, le premier ministre Pierre Elliott Trudeau est aux premières loges pour accueillir l’équipe canadienne.

Il quitte les lieux avec un souvenir en or : un bâton autographié par tous les membres d’Équipe Canada.

Le hic est que ce bâton est le souvenir le plus cher que John Ferguson ramène au pays. Blagueur de nature, Savard arrache le bâton des mains de Ferguson et le remet à M. Trudeau.

«Monsieur le premier ministre, voici un bâton autographié par tous les joueurs que John Ferguson a ramené pour vous...», lui dit Savard.

Savard et «Fergie» sont quand même demeurés de grands amis.

Un demi-siècle plus tard (et à 80 ans !), la mémoire peut parfois flancher, mais comment oublier tout ce que ce mois de septembre 1972 nous a fait vivre ! 

Des légendes à jamais! 

L’endroit : l’aréna municipal de Saint-Laurent, le 31 août 1972.

L’occasion : le premier entraînement en sol canadien de l’équipe nationale de l’Union soviétique.

C’est d’abord l’allure de l’un des entraîneurs de ces étranges visiteurs, le rondelet Boris Kulagin, qui capte l’attention. Comment ce type-là peut-il parvenir à faire comprendre à ses joueurs l’importance d’une condition physique exemplaire?

Puis, c’est l’entrée en scène de cette vingtaine de superbes athlètes qui obéissent à chaque coup de sifflet comme s’il s’agit d’un ordre du commandant de l’armée. Et mon Dieu qu’ils sont mal chaussés dans ces vieux patins au cuir défraîchi ; que leurs bâtons donnent l’impression de servir pour une troisième année, et surtout, que leurs gardiens de but ressemblent davantage à des athlètes malhabiles...

L’endroit : le Forum de Montréal, le 2 septembre 1972.

L’occasion : le premier match de la série de huit entre l’équipe nationale de l’URSS et les professionnels de la Ligue nationale de hockey.

Quelle transformation!

À tous les points de vue.

Patins neufs... bâtons dernière mode... coups de patin à couper le souffle... et surtout, quel style de jeu étourdissant! «Nous sommes venus pour apprendre», qu’ils ont prétendu quelques heures avant de servir à notre hockey que nous idolâtrons depuis toujours une leçon qui a fait époque.

Du jour au lendemain, de nouveaux noms étaient sur toutes les lèvres : Yakushev, Mikhailov, Petrov, Maltsev, Lutchenko, Ragulin, Kharlamov, qu’un accident de la route a bêtement éloigné à jamais de la patinoire.

Et surtout, Tretiak. Vladislav de son prénom. On demande au véritable Vladislav Tretiak de se lever et subitement, les Henderson, Mahovlich, Esposito, Savard, Cournoyer, Gilbert et autres font sa connaissance. Il n’a pas fini de meubler leurs cauchemars. Il ne ressemble en rien à celui que tout un chacun déjouait les yeux fermés deux jours plus tôt.

L’endroit : le Palais des sports Luzhniki de Moscou, le 22 septembre 1972.

L’occasion : début de la seconde tranche de la série de huit matchs.

Qu’il s’en passe des choses à cet endroit où les quelque 3000 touristes canadiens font réellement contraste avec les habitués de la place aux allures austères et où la crème glacée n’a d’égale sur le plan popularité que les chiens chauds de l’ancien Forum de Montréal...

Un amateur de hockey soviétique s’époumone devant les prouesses de ses favoris au Palais des sports de Moscou.
Photo d'archives, Getty Images
Un amateur de hockey soviétique s’époumone devant les prouesses de ses favoris au Palais des sports de Moscou.

La troupe canadienne, déjà profondément blessée dans son orgueil en ne parvenant pas à faire mieux qu’une fiche d’une victoire, deux défaites et un match nul devant les siens, a du mal à s’habituer au style de vie derrière le rideau de fer. La troisième défaite en cinq matchs ne tarde pas à s’ajouter à ce dossier peu reluisant.

Puis, c’est l’explosion du hockey canadien.

Victoire de 3 à 2 dans le 6e match. But décisif de Paul Henderson.

Victoire de 4 à 3 dans le 7e match. But décisif de Paul Henderson.

Huitième et dernier match. Vingt minutes à jouer et priorité de 5 à 3 des Soviétiques.

C’est à ce moment-là que l’on reconnaît réellement «notre» hockey. Avec moins de finesse, mais avec quelle ardeur, avec quelle improvisation, avec quel instinct du tueur, la troupe du duo Harry Sinden-John Ferguson relève le défi. Avec 34 secondes à jouer, c’est l’euphorie. Victoire de 6 à 5.

Le but décisif?

Qui d’autre que Paul Henderson, devenu en l’espace de quelques jours, une espèce de «Rocket» Richard. Plus encore, une gloire nationale.

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Photo d'archives

1972 : l’année de tous ces heureux souvenirs.

La Série du siècle a maintenant 50 ans. Comme si c’était hier... ou presque.

Pour les privilégiés, dont l’auteur de ces lignes, qui l’ont vécue de Montréal à Moscou, en passant par Toronto, Winnipeg et Vancouver, elle restera à jamais gravée dans les mémoires.

Accréditation du journaliste Gilles Terroux pour le match du 22 septembre à Moscou.
Photo courtoisie
Accréditation du journaliste Gilles Terroux pour le match du 22 septembre à Moscou.

Que le Canada l’ait emporté de justesse à l’époque importe peu aujourd’hui. C’est de son héritage qu’il faut surtout se réjouir. De la gifle de ce 2 septembre 1972 (7 à 3 en faveur des Soviétiques), le hockey nord-américain a tiré de nombreuses leçons. Il a sûrement appris beaucoup plus que les Soviétiques ont prétendu venir faire.

En 1987, il faisait bon renouer avec la plupart des artisans de cette mémorable série à l’occasion d’une tournée de retrouvailles après 15 ans. 

Trois matchs amicaux les avaient réunis à Montréal, Hamilton et Ottawa.

Avant le match à Montréal, le grand Tretiak avait fait un détour jusque dans les locaux du Journal de Montréal. Il en était reparti avec un exemplaire du livre Le match du siècle publié en 1972 par l’auteur de ces lignes et le regretté photographe Denis Brodeur.

De passage à Montréal en 1987, soit 15 ans après la fameuse Série du siècle, le journaliste du Journal de Montréal Gilles Terroux avait remis une copie de son ouvrage Le match du siècle au gardien vedette soviétique Vladislav Tretiak.
Photo d'archives
De passage à Montréal en 1987, soit 15 ans après la fameuse Série du siècle, le journaliste du Journal de Montréal Gilles Terroux avait remis une copie de son ouvrage Le match du siècle au gardien vedette soviétique Vladislav Tretiak.

Tretiak... Dryden... Tony Esposito... Savard... Lutchenko... Henderson... Mikhailov... Mahovlich... Cournoyer... Petrov... Gilbert... Yakushev... et les autres : les réflexes n’étaient plus aussi sûrs ; les kilos en trop avaient ralenti les coups de patin ; les montées à l’emporte-pièce se faisaient plus rares.

Qui aurait osé s’en plaindre?

Un demi-siècle plus tard, ces légendes, elles, demeureront à jamais. Elles auront marqué l’imaginaire!

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