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Série du siècle: un discours mémorable

Phil Esposito a remué le pays après une amère défaite de 5 à 3 à Vancouver

Canada-Russia hockey series - Trudeau puck drop
Photo d'archives Le premier ministre Pierre Elliott Trudeau avait procédé à la mise au jeu protocolaire du premier match de la Série du siècle le 2 septembre 1972 au Forum en laissant tomber la rondelle entre les bâtons du Soviétique Vladimir Vikulov et du Canadien Phil Esposito.

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Vancouver, le 8 septembre 1972. Les Canadiens viennent d’échapper un deuxième match face aux Soviétiques. Les joueurs retraitent au vestiaire la tête basse, sous les huées. Un seul d’entre eux demeure sur la glace, incrédule, lors de son entrevue télévisée. Phil Esposito, livrant un discours passionné, implore le pays de demeurer derrière l’équipe dans ce qui est devenu un moment d’anthologie.

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«Je ne peux pas croire! C’est tellement décevant toute cette mauvaise presse et les huées de nos propres partisans. On essaie vraiment, on donne tout ce qu’on a», rage alors le prolifique marqueur, la sueur ruisselant partout sur son visage déconfit.

«Tous les joueurs de cette équipe sont ici pour une seule et unique raison : nous aimons notre pays. Nous sommes ici parce que nous aimons le Canada, c’est notre maison», clame-t-il.

L’entrevue, qui dure à peine deux minutes, est restée gravée dans les annales du hockey au pays. Par la suite, les partisans canadiens se sont plus que jamais auparavant rangés derrière leurs favoris. Plusieurs ont vu ce moment comme l’étincelle qui a rallié le pays tout entier à la cause de l’équipe.

«Je représentais mon pays gratuitement alors si on n’aimait pas ce que j’avais à dire, on pouvait toujours me renvoyer à la maison.

«Je ne sais pas si mon discours a uni le pays. Chose certaine, ce n’était pas planifié. C’est venu de mon cœur et de mon âme», s’est exprimé Esposito avec la franchise qui l’honore depuis toujours, en entretien avec Le Journal.

Canada-Russia hockey series - Trudeau puck drop
Photo d'archives

Une réaction forte

Avant d’en arriver à prononcer les mots qui ont soulevé la nation, Esposito s’est senti piqué au plus profond de son être.

Dans les instants qui ont suivi le revers crève-cœur, trois jeunes hommes dans la vingtaine l’ont pris à partie en hurlant que le communisme était supérieur.

«J’avais envie de leur envoyer mon hockey comme une lance. Pour moi, c’est à ce moment que cette série a pris de l’ampleur», peste-t-il avec la même vigueur, cinq décennies plus tard.

«Ça m’a tellement enragé! Après les premiers matchs, des gens allaient mettre des pancartes chez mon père pour dire que nous étions merdiques. Nos familles se faisaient lancer des obscénités. J’ai dit à plein de gars dans la chambre qu’on représentait le Canada et que si on ne gagnait pas cette série, on ne pourrait plus jamais mettre le pied dehors.»

Une équipe en devenir

Si Esposito a ravivé la fierté des Canadiens par son monologue enflammé, il a aussi allumé le brasier chez ses coéquipiers. Les joueurs, peu habitués d’évoluer ensemble au contraire de leurs rivaux soviétiques, ont appris à développer une chimie sur la glace et en dehors.

«Tout ce qu’il fallait, c’était devenir une équipe. C’est en arrivant en Suède pour des matchs d’exhibition, avant la suite de la série en Russie, que nous sommes vraiment devenus une équipe. Nous étions tous dans un stationnement à Stockholm avec quelques caisses de bière. C’est là que de véritables liens se sont tissés. Nous sommes devenus soudés», a-t-il mentionné.

Ces liens ont traversé le mur du temps. Pour celui qui a marqué sa génération grâce à 717 buts avec les Bruins et les Rangers, même les ennemis de l’époque dans la LNH sont devenus des amis.

Serge Savard, Ken Dryden, Pete Mahovlich, Phil Esposito, Guy Lapointe, Yvan Cournoyer, Pat Stapleton
Photo Ben Pelosse
Serge Savard, Ken Dryden, Pete Mahovlich, Phil Esposito, Guy Lapointe, Yvan Cournoyer, Pat Stapleton

«À toutes les fois que j’ai joué contre des joueurs d’Équipe Canada par la suite dans la LNH, c’était un moment spécial. On pouvait se regarder dans les yeux et sentir qu’on se respectait. Même Bobby Clarke, ce vieux salopard! Ces gars seront toujours uniques à mes yeux.»

Dégoût de la politique

Et pourtant, Esposito, qui a bouclé la série face aux Soviétiques avec sept buts et six passes, ne voulait rien savoir de prendre part à la compétition à la base.

«J’ai même refusé l’invitation à quelques reprises. Bobby Orr m’a demandé de participer parce qu’il avait des problèmes aux genoux. Mon frère et moi avions une école de hockey et ça nous dérangeait de la délaisser en perdant de bons montants d’argent. Bobby a insisté en me disant que ce serait probablement une simple série d’exhibition. J’ai fini par dire oui», raconte-t-il amusé.

«Il y avait aussi beaucoup de politique autour de cette série et je détestais ça. Les joueurs soviétiques étaient comme nous. Nous étions des gens normaux. Ce qui a fait la différence des deux côtés, c’est la politique. Ça me dépasse encore de penser à quel point les politiciens ont été impliqués et ont profité de la situation pour se faire du capital de sympathie», déplore-t-il.

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