/sports/hockey
Navigation

Série du siècle: venus pour apprendre!

136383693
Photo d'archives, Getty Images Première séance d’entraînement de l’équipe soviétique sur la glace du Forum de Montréal le 1er septembre, la veille du premier match avec les Alexander Ragulin (5), Valeri Kharlamov (17), Yevgeny Mishakov (12,), Vyacheslav Solodukhin (21) et Yuri Blinov (9).

Coup d'oeil sur cet article

Ce matin du 2 septembre 1972, au restaurant du coin, la conversation était orientée sur le premier match de la série entre le Canada et l’Union soviétique, en soirée.

• À lire aussi: Série du siècle: la série qui a tout changé

• À lire aussi: Série du siècle: le héros inattendu

• À lire aussi: Série du siècle: un discours mémorable

• À lire aussi: Série du siècle: souvenirs de notre envoyé spécial

• À lire aussi: Série du siècle: nous sommes liés par quelque chose de profond

Depuis le temps qu’on en parlait. Ça faisait plus d’un an qu’un article, paru dans le journal Izvestia de Moscou, ne laissait plus de doutes sur les intentions des décideurs de la Fédération soviétique de hockey sur glace. On voulait relever un nouveau défi. Sur la scène internationale, on accumulait les médailles d’or. Ce qu’on affirmait, à l’époque, devant la domination des Soviétiques, c’est qu’ils affrontaient des «amateurs». Le Canada ne déléguait pas ses meilleurs patineurs, au contraire, l’équipe était avant tout formée de joueurs collégiaux.

Le diplomate canadien à Moscou, Gary Smith, s’empressa d’alerter les décideurs du hockey nord-américain sur la possibilité d’organiser une série opposant les deux pays, et le projet se concrétisa.

Par conséquent, ce matin du 2 septembre, ça jasait fort. En combien de matchs? Huit victoires sans aucune défaite. Ou sept victoires et une défaite.

On n’entretenait aucun doute. Depuis un mois, tous les jours on avait des informations émanant de Toronto où s’entraînaient les joueurs du Canada. Harry Sinden était au gouvernail et malgré l’absence de deux des trois meilleurs joueurs canadiens, Bobby Orr et Bobby Hull, cette équipe regroupait les meilleurs effectifs du hockey.

Donc aucun souci! Du même coup, les entraînements ne poussaient pas les joueurs à dépenser beaucoup d’énergie. Une erreur qui viendra les hanter.

Leçons de boxe

De Moscou, les nouvelles étaient plutôt rares. Les Soviétiques, à l’entraînement depuis plusieurs semaines, travaillaient pratiquement dans l’anonymat. Rien ne filtrait de la préparation des patineurs dirigés par Vsevolod Bobrov, digne successeur du père du hockey soviétique, Anatoly Tarasov.

Mais les bruits laissaient croire que les joueurs de l’URSS étaient pratiquement en retraite fermée et que les entraînements étaient très intenses. Bobrov avait même inclus dans son programme des leçons de boxe dans le but de répliquer au style des joueurs canadiens.

Entre-temps, les deux délégués canadiens, Bob Davidson et John McLellan, de passage à Moscou pendant quelques jours, arrivèrent avec des informations étonnantes. Les Soviétiques, selon eux, avaient un sérieux problème devant le filet. Ils allaient confier à Vladislav Tretiak, 20 ans, la lourde tâche de stopper la puissante attaque canadienne.

Sans un gardien de premier plan, on ne pouvait s’imaginer que la suprématie du hockey nord-américain serait menacée.

Incapables de s’ajuster

En fin d’après-midi, il y avait beaucoup de fébrilité autour du Forum. Tout le gratin politique était attendu. Cette série promettait des moments exaltants...

Mais, dès le premier match, les Soviétiques se chargèrent de remettre les pendules à l’heure. Des moments exaltants, oui, mais surtout des bouleversements à semer la confusion, des revirements amenant les décideurs canadiens à remettre en question la préparation des effectifs. Devant les attaques répétées des joueurs de l’URSS, les patineurs du Canada furent constamment à bout de souffle, incapables de s’ajuster au jeu de passes des Soviétiques qui s’amusèrent comme larrons en foire.

Le jeu d’ensemble de la formation du Kremlin fut éblouissant et la rapidité d’exécution des quatre trios renversante. L’implication des défenseurs dans la contre-attaque impressionna au plus haut point. Le Canada prit les devants 2 à 0 après six minutes, puis, s’identifièrent les meneurs de la formation : Alexander Yakushev, le spectaculaire Valeri Kharlamov, auteur de deux buts, Boris Mikhailov et un certain Vladislav Tretiak.

Le hockey nord-américain venait d’encaisser une véritable gifle.

Mais qui a appris?

Mais les Soviétiques ne parvinrent pas à contrer la détermination des joueurs canadiens. Ils réalisèrent lors des matchs à Moscou que leurs joueurs se plaisaient dans un système, mais que, dans l’adversité, les Canadiens tirant de l’arrière par 3-1-1 dans la série, démontrèrent du caractère, refusant carrément de baisser les bras devant un rival surpris et incapable de réagir. Bobrov devait conclure : «Nous n’avons pas réussi à vaincre les joueurs canadiens parce que nos patineurs n’ont pas cette force de caractère qui anime nos adversaires.»

Si les Soviétiques étaient venus pour apprendre, comme ils le déclarèrent, ils ont également laissé un message aux décideurs du hockey canadien. Ils ouvrirent un livre captivant sur de nouvelles méthodes d’entraînement.

Le hockey nord-américain a vu sortir de l’ombre des intervenants enseignant des méthodes adaptées à la mise en forme, prônant des systèmes particuliers.

La série aura changé l’univers du hockey parce qu’elle a ouvert les portes aux joueurs soviétiques qui, quelques années plus tard, obtinrent la permission de venir gagner leur vie aux États-Unis et au Canada. Cinquante ans plus tard, on revient souvent sur le sujet. On est venu apprendre. Les Soviétiques ont appris. Les Nord-Américains ont beaucoup appris.

La Ligue nationale a grandi rapidement.

Curieusement, les Russes, de leur côté, n’ont jamais pu maintenir leur domination sur le hockey international.

Pourquoi?

Ils ont donné au hockey d’ici des outils pour pousser encore plus loin la recherche vers l’excellence. 

En revanche, qu’ont-ils retenu du hockey nord-américain ? Sur le plan individuel, plusieurs joueurs russes, les plus talentueux, captent l’attention. Ovechkin, Vasilevskiy et compagnie exercent un impact majeur au sein de leur formation.

Mais la Russie n’est plus une menace. Les autres pays européens, comme la Suède, la République tchèque, la Finlande, ne souffrent aujourd’hui d’aucun complexe d’infériorité.

Le hockey russe est-il demeuré ancré trop longtemps dans cette vieille tradition où l’on passait des mois et des mois à s’entraîner, à participer au programme national? Ou a-t-on été gâtés par le système nord-américain?

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous partager à propos de cette histoire?

Vous avez un scoop qui pourrait intéresser nos lecteurs?

Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.