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Les vacances de l’Histoire

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C’est à croire que les États-Unis, l’Europe et l’Occident au grand complet ont passé les dernières décennies dans un tiki bar à boire des Margaritas et fumer des cigarettes. Des leaders, des penseurs un peu partout se secouent, en affirmant que le bon temps est fini, qu’on a épuisé les vacances de l’Histoire.

Je rentre justement de vacances et, aussi paisibles ont-elles pu être, je me sens plus éreinté qu’avant qu’elles ne commencent. Plus aussi simple qu’à une autre époque de décrocher : l’internet, les courriels, les médias sociaux ; toujours quelqu’un pour nous apostropher avec un « As-tu vu ci ? », « As-tu regardé ça ? »

Cela dit, revenir au travail, c’est grosso modo reprendre là où on a laissé, à quelques nouvelles résolutions près. Sur la scène internationale, depuis quelque temps, on fait plutôt dans la coupure, la grande déchirure : tout a changé, plus rien n’est pareil ; fini, le farniente !

MOSCOU SONNE LE RÉVEIL

L’invasion de l’Ukraine par la Russie s’est métamorphosée en immense réveille-matin. Portant quasiment sa valise sous le bras, l’ancien premier ministre finlandais Alexander Stubb affirmait récemment que les Européens avaient vécu, le 24 février avec le début de la campagne militaire russe, une fin abrupte à « trente ans de vacances de l’Histoire ».

Son point de vue, partagé par tant d’autres des deux côtés de l’Atlantique, est d’associer le début du party avec la fin de la Guerre froide : les Soviétiques à genoux, les Européens de l’Est chacun de leur côté, l’Allemagne réunifiée ; adieu la menace d’anéantissement nucléaire !

Les Russes, c’est vrai, ont été discrets pendant un bon moment, au point où, rappelons-nous, Barack Obama avait, dans un débat présidentiel en 2012, tourné au ridicule un commentaire de Mitt Romney, son adversaire républicain d’alors, voulant que la Russie constituait le plus grand danger géopolitique des États-Unis.

DE PETITS SOUCIS EN GROS TRACAS

L’après-Guerre froide est loin de s’être déroulée comme un long party rave à Ibiza. La poussière de l’écroulement du mur de Berlin était à peine retombée que Saddam Hussein envahissait le Koweït et que George H.W. Bush réunissait une coalition de près d’un million de soldats pour l’y en chasser.

Massacres et crimes contre l’humanité en ex-Yougoslavie ont fait 140 000 morts. Al-Qaïda est venue narguer les Américains chez eux, entraînant l’invasion de l’Afghanistan et la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis, puis l’invasion de l’Irak qui a ultimement engendré l’État islamique et des carnages de la Syrie à San Bernardino en passant par le Bataclan.

Si ça c’était des vacances...

UN AUTRE GENRE DE CONGÉ

Robert Gates, l’ancien secrétaire à la Défense de George W. Bush et de Barack Obama, soutient, lui aussi, que les Américains se sont permis trente années de vacances avec l’Histoire jusqu’à ce que Vladimir Poutine les arrache à leurs chaises longues et leurs gougounes.

Et il s’inspire de ce réveil pour justifier l’achat d’avions de combat plus modernes, « une marine beaucoup plus imposante... une armée de terre plus vaste... », bref, rapidement compenser les années supposément perdues.

Avec la mondialisation qui n’a plus la cote et le réarmement redevenu à la mode, ce sont des vacances de la collaboration et de la conciliation que nous avons entamées. Espérons qu’elles ne s’étireront pas trop longtemps, celles-là ! 

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