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«Un vieux Québec ranci et révolu»?

«Un vieux Québec ranci et révolu»?
Capture d'écran, Twitter

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Ainsi, ceux qui veulent débattre d’immigration ou qui s’inquiètent pour l’avenir de l’identité québécoise (les deux sujets vont de pair, naturellement) appartiendraient à «un vieux Québec ranci et révolu».

C’est à tout le moins ce qu’a affirmé aujourd’hui sur Twitter Mélikah Abdelmoumen, la rédactrice en chef de la revue Lettres québécoises.

Je la cite. «Les élections et leurs hochets habituels – et mêmes certaines dont nous croyions qu’ils appartenaient à un vieux Québec ranci et révolu: l’immigration, l’identité, le vilain étranger, les maudits intellectuels».

Il est difficile de trouver un propos plus méprisant à l’endroit des centaines de milliers de Québécois qui prennent la question identitaire au sérieux et constatent, à la suite de bien des démographes et des analystes, que l’immigration massive est la cause première et principale de l’anglicisation de Montréal et de Laval.

Il est difficile de trouver un propos plus méprisant à l’endroit de ceux qui se demandent si les tendances démographiques, sociologiques, politiques et idéologiques actuelles n’entraîneront pas la dissolution progressive du peuple québécois dans le siècle qui vient, jusqu’à le condamner à la disparition.

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Si je relève ce propos, c’est bien évidemment parce qu’il est révélateur de l’état d’esprit de ce qu’on appellera la gauche mondaine, dominante dans les milieux médiatiques, universitaires et culturels, qui surplombe le commun des mortels de son sentiment de supériorité morale et qui verse dans l’exhibitionnisme moral. Elle se croit ouverte et inclusive à la différence des péquenauds du «Québec ranci et révolu».

Abdelmoumen n’invente évidemment rien, même pas sa propre formule, qui n’est qu’une reprise adaptée de la célèbre référence de Philippe Sollers à la «France moisie». Je note, soit dit en passant, qu’elle a décidé d’effacer son tweet, mais nous ne ferons pas semblant qu’elle ne l’a pas publié, parce qu’il est important – en fait, il est révélateur.

Révélateur, dis-je, car d’un côté, Abdelmoumen méprise sans gêne. Mais de l’autre, pour peu qu’on connaisse ses interventions dans les journaux, elle se plaint de la dégradation du débat public, et de la difficulté qu’ont ceux qui s’en mêlent d’imaginer avec un minimum de respect la position de ceux qui ne pensent pas comme eux.

Je la cite dans un texte de mai 2021, titré «notre humanité commune».

Je me demande: est-ce que Mélikah Abdelmoumen cherche à imaginer ce qu’elle appelle «l’Autre» lorsqu’elle lui prête les traits d’un «vieux Québec ranci et révolu»? Croit-elle parler de manière respectueuse de ces Québécois qui étaient favorables à la Charte des valeurs puis à la loi 21, qui souhaitent réduire les seuils d’immigration pour les adapter à nos capacités d’intégration, qui se permettent d’avoir une position critique sur le voile islamique ou qui jugent nécessaire de renforcer la loi 101?

Cherche-t-elle à imaginer «la saveur de leur expérience» ou «la teneur de leurs blessures»? Cherche-t-elle à comprendre les raisons qui les poussent à voir le monde comme ils le voient, même si elle ne le voit pas ainsi?

Ou l’Autre n’est-il pour elle qu’une figure lointaine, insaisissable, abstraite, qu’on respecte dans la mesure où on ne le croise pas, mais qu’on insulte dès qu’on le rencontre dans la cité?

Se croit-elle respectueuse et ouverte au dialogue quand elle traite comme un vieux rebus cette part du Québec qu’elle juge «ranci et révolu»? Ce «Québec ranci et révolu» fait-il partie de son humanité commune?

Certes, elle n’est pas la seule à cultiver le mépris.

Mais puisqu’elle aime donner des leçons de tolérance et d’ouverture, je me permets de lui poser la question.

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