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Décevant d’un bout à l’autre

Les frères Barré ont vécu une montagne russe d’émotions avant et pendant leur expérience olympique de 1972

DENIS BARRÉ
Photo d'archives Le kayakiste Denis Barré, en 2006.

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Les Jeux de Munich n’ont pas été une expérience mémorable pour Jean Barré, qui garde un mauvais souvenir de sa présence en Allemagne et de la tension dans les semaines qui ont précédé son départ.

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Qualifié en K-2 et K-4 1000 m en compagnie de son frère Denis, Barré a été menacé par le sous-ministre du Haut-Commissariat à la Jeunesse, aux Loisirs et aux Sports de perdre son emploi s’il s’absentait pour prendre part aux Jeux olympiques.

On le voit participer aux Jeux de Montréal avec Steve King.
Photo d'archives
On le voit participer aux Jeux de Montréal avec Steve King.

Il a fallu une intervention en haut lieu pour qu’il puisse quitter vers l’Europe l’esprit tranquille. Père de deux jeunes enfants, il voulait s’assurer qu’on ne le prive pas de son salaire pendant son absence ou qu’on le remercie tout simplement, comme le suggérait la lettre du sous-ministre à son patron.

« Deux semaines avant notre départ, je relançais régulièrement le sous-ministre pour obtenir l’assurance que j’allais conserver mon emploi, mais il ne me répondait pas, raconte Barré qui, deux ans plus tôt, avait quitté un emploi permanent comme éducateur physique au cégep de Sainte-Foy pour devenir membre de la fonction publique à titre de contractuel. J’ai communiqué avec le ministre Paul Phaneuf (le gouvernement libéral de Robert Bourassa), qui m’a dit qu’il allait me revenir. Deux jours avant le départ de l’équipe canadienne, il m’a rappelé pour me féliciter de ma sélection et me souhaiter bonne chance. J’ai pu partir la tête en paix. »

Malade pendant cinq jours

Jean Barré n’était pas au bout de ses peines. Débarqué en Allemagne l’esprit tranquille, il a toutefois rencontré une autre embûche de taille qu’il n’arrive toujours pas à expliquer 50 ans plus tard, même s’il a certains soupçons.

« J’ai été malade pendant cinq jours avant la compétition sans même être en mesure de sortir du lit, souligne-t-il. Je faisais de la fièvre, je transpirais à tordre les draps et j’étais incapable de dormir. Le médecin n’a rien trouvé d’anormal lors de ma consultation. Lors d’un repas à la cafétéria du village olympique, la personne qui me servait a signifié oui de la tête au gars qui suivait derrière moi. Quand j’ai été malade, j’ai pensé qu’on avait mis quelque chose dans ma nourriture. »

Déçu de sa deuxième expérience olympique après avoir grandement apprécié sa participation aux Jeux de Mexico quatre ans plus tôt, Barré estime toutefois que cette expérience lui a servi toute
sa vie. 

« J’ai développé ma résilience et ma force de caractère, explique-t-il. J’ai toujours été au bout de mes convictions. Tu ne travailles pas 35 ans dans la restauration sans avoir une tête de cochon. »

Ancrés dans leur mémoire

Les attentats des Jeux de Munich sont encore frais à la mémoire des frères Barré. 

« Ce fut des moments très difficiles qu’on ne peut pas oublier, résume Jean, qui était alors âgé de 24 ans. On n’était pas préparé pour ça. Deux jours avant les événements, un des athlètes israéliens tués avait mangé devant moi. On voyait les trous de balle dans la résidence des Israéliens et de notre balcon, on voyait les tireurs d’élite pointer leurs armes vers les agresseurs. »

Denis se souvient très bien de cette journée du 5 septembre. 

« On nous demandait de courir pour se rendre à la cafétéria parce que les autorités craignaient que les terroristes aient d’autres athlètes dans leur mire. À notre réveil, on ne savait pas trop ce qui se passait, mais tout a changé rapidement quand l’armée et la police sont débarquées. Il y avait peu d’information qui circulait et nous étions tous sur les nerfs. »

« Quand on a quitté le Village pour l’aéroport, on courrait pratiquement avec nos valises, de poursuivre Denis, qui a participé aux Jeux de 1976 à Montréal et a raté ceux de Moscou en 1980 en raison du boycottage canadien. Tu ne veux pas vivre de tels événements. Comme Canadien, on ne voyait pas le danger. C’est complètement différent aujourd’hui. »

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