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Une reine et son royaume, l’effacement comme destin

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Photo d'archives, AFP

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LONDRES | Femme curieuse et émancipée pour son époque, Elizabeth Windsor devenue Elizabeth II se sera distinguée par sa discrétion et son insignifiance. Ultime exploit, elle aura tiré avec elle tout le Royaume-Uni.

Fareed Zakaria, le chroniqueur politique du Washington Post et de CNN, juge que l’aspect le plus marquant des soixante-dix ans de règne d’Elizabeth II a été sa «détermination de fer à rester ennuyeuse».

On ne connaît son opinion sur rien ; rien de ce qu’elle pense de Donald Trump ou de Barack Obama. Elle aura été, ajoute Zakaria, une anomalie dans «notre ère confessionnelle où nous partageons la moindre idée, envie et impulsion qui nous vient à l’esprit».

Ce rôle effacé est à l’image de ce que le Royaume-Uni est devenu au cours des sept dernières décennies.

PAS MAL PLUS PETITE, LA GRANDE-BRETAGNE

Elizabeth II a débuté son règne au moment où se levaient les grands vents de la décolonisation : du Ghana en 1957 à Brunei en 1984, trente-neuf pays ont acquis leur indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni. Parallèlement, le Commonwealth prenait de l’enflure, mais Londres n’allait plus jamais avoir la même autorité.

La «City» reste un des grands financiers mondiaux. Et pourtant, son aura a été entachée par le Brexit qui a fait fuir un certain nombre d’investisseurs. Ce fameux Brexit a aussi contribué à rapetisser l’ascendant britannique, en l’écartant de l’Union européenne et du poids politique et économique de ses 447 millions de citoyens et de consommateurs.

L’armée britannique maintient son prestige, notamment grâce à son arsenal nucléaire. Les soldats de Sa Majesté interviennent encore ici et là ; ils ont notamment mené une mission ardue et héroïque pendant huit années dans la province de Helmand, en Afghanistan.

Au 21e siècle, les tommies sont toutefois devenus, sans méchanceté, les laquais des forces américaines, Washington mettant fréquemment de l’avant l’engagement des Britanniques à ses côtés pour affirmer qu’on ne s’est pas lancé, seul et unilatéralement, dans une nouvelle aventure militaire. Honni soit qui mal y pense!

UN MONDE BIPOLAIRE

Le Royaume-Uni prend moins de place, non seulement à cause de la décolonisation et de ses choix politiques, mais dans la suite de la réorganisation du monde autour de superpuissances – pendant la Guerre froide, les États-Unis et l’Union soviétique ; aujourd’hui, les mêmes États-Unis, cette fois face à la Chine.

Quelques individus réussissent, pendant un temps, à faire jaillir un surplus d’influence de leur pays : Charles de Gaulle a eu cet impact sur la France des années 60 et Vladimir Poutine pour la Russie d’aujourd’hui. Ça ne dure pas.

Et en conséquence, difficile pour une puissance moyenne de se distinguer. Sauf qu’à voir, ici à Londres présentement, la dévotion des Anglais pour cette reine, pudique et secrète, j’en viens à conclure qu’ils ont aimé ce qu’ils ont vu d’elle et qu’ils sont en paix avec ce qu’elle a fait de son royaume. Ils n’en demandent, de toute évidence, pas plus. 

UN ROYAUME. QUATRE PAYS. 

Le Royaume-Uni est formé de quatre «pays» :

  • l’Angleterre
  • l’Écosse
  • le Pays de Galles 
  • l’Irlande du Nord 

  • 67,5 millions d’habitants (21e au monde)
  • 242 495 km2 (78e au monde)
  • Produit intérieur brut : 3200 milliards $ US (5e au monde)
  • Budget militaire en 2021 : 68,4 milliards $ US (4e au monde)

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