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Investors a perdu la trace du REER d’un policier retraité

Le chèque de 57 000 $ déposé en 1995 vaudrait aujourd’hui plus de 200 000 $

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Le Groupe Investors a complètement perdu la trace du REER d’un ancien policier de Laval qui comptait sur cet argent pour assurer sa retraite.

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Richard Daigneault, un ancien agent du Service de police de Laval (SPVL), dit avoir été informé dernièrement que le Groupe Investors ne savait pas ce qui était arrivé avec ses économies placées au sein du groupe dans les années 1990.

«Ils m’ont dit de me prendre un avocat si je n’étais pas content. Au-delà de sept ans, ils m’ont dit qu’ils n’étaient plus responsables des dossiers. Et ils m’ont dit que c’était ma responsabilité de faire un suivi de mes placements tous les trois ans», a-t-il expliqué. 

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«Je comptais sur cet argent pour quand j’aurais 65 ans. Jamais j’aurais pensé que c’était perdu. J’étais sûr que je pourrais toucher mon REER à la retraite», dit-il.

Moments difficiles

Richard Daigneault admet d’emblée qu’il a connu des moments plus difficiles après avoir été forcé de quitter la police à 38 ans, en 1995, et qu’il n’a pas toujours fait un suivi serré de ses finances. 

Il reconnaît avoir un casier criminel pour culture de cannabis et alcool au volant notamment, mais n’a jamais été impliqué dans une histoire de fraude. Il ne comprend donc pas pourquoi il devrait mettre une croix sur ses économies de retraite et jure ne jamais avoir touché un sou.

Il habite actuellement dans une modeste maison à Sainte-Julienne, dans Lanaudière.

«Je suis pas pauvre [...]. Mais sauf que sans ça [mon REER], ça fait une grosse différence. Ma maison est pas tout à fait payée, puis je la paierais. [...] Je mènerais une pas mal plus belle vie», dit-il.

Chèque de 57 148 $

Il dit ne pas comprendre comment une institution financière peut ignorer où est passé son REER, dont il jure ne jamais avoir touché un sou.

Selon des documents que Richard Daigneault nous a soumis, deux chèques en provenance de la Ville de Laval ont bel et bien été faits à Investors en novembre 1995.

Un chèque de 57 148 $ a été fait pour être déposé dans le REER de Daigneault chez Investors. Un autre chèque de 7220 $ a été fait pour être déposé dans le CRI de M. Daigneault, chez Investors aussi (voir autre texte ci-contre).

«Le bureau du régime des rentes me confirme que le paiement des deux sommes, soit 57 148,13 $ et 7220,29 $ a bel et bien été fait à Investors en novembre 1995», nous a indiqué Érika Landry, une agente d’affaires publiques du SPVL, en réponse à notre Bureau d’enquête.

Appelé à commenter la situation, le Groupe Investors qui a changé de nom pour IG Gestion de patrimoine, s’est limité à nous dire qu’«IGM est en communication avec M. Daigneault à ce sujet».

«Nous n’avons pas d’autre commentaire», a écrit la relationniste externe Lara Berguglia.

Selon des calculs du planificateur financier Simon Houle, de chez Gestion de patrimoine Archer, à qui nous avons soumis le cas, une somme de 57 148 $ qui aurait été investie en 1995 dans un REER vaudrait aujourd’hui 213 360 $. Il est arrivé à ce résultat en faisant une hypothèse jugée réaliste de rendement de 5 % par année pour M. Daigneault.


DES DATES CLÉS

1995 : Richard Daigneault est congédié de la police de Laval. Deux chèques totalisant 64 368,42 $ sont émis à Investors par la police de Laval pour la retraite de M. Daigneault.

1999 : Des fonds de 10 270,22 $ d’un CRI de M. Daigneault sont transférés d’Investors à la Banque Nationale.

2013 : Richard Daigneault demande des informations à Investors sur ses économies de retraite et reçoit des éléments de réponse.

2022 : Il est informé qu’Investors ne sait pas ce qui est arrivé avec son REER.

Un autre compte transféré sans son autorisation

Même s’il a perdu toute trace de son REER, Richard Daigneault a réussi à obtenir quelques informations au sujet d’un autre compte de retraite immobilisé (CRI) qu’il détenait aussi chez Investors

Selon des documents qu’il a obtenus d’Investors en 2013, son CRI a été transféré en 1999 à la Banque Nationale. 

Relevé de 1999

En 2000, les sommes de ce CRI ont ensuite été redirigées vers une firme du nom de First Marathon Securities.

En 1999, la Banque Nationale a acquis First Marathon en juin pour 712 millions $.

Un relevé datant de 1999 que M. Daigneault a obtenu fait d’ailleurs état d’un «transfert de propriété» le 15 avril 1999 de sommes totalisant 10 270,22 $ de son CRI.

Richard Daigneault jure n’avoir jamais autorisé aucun transfert de fonds de son CRI. 

Aucune trace

Notre Bureau d’enquête a contacté le représentant d’Investors dont le nom apparaît sur le relevé de 1999. Ce représentant, Pierre-Paul Letellier, qui n’est plus chez Investors, nous a dit avoir retrouvé une trace il y a une vingtaine d’années de
M. Daigneault dans ses dossiers.

Il nous a dit qu’il avait hérité ce client d’un autre représentant, Michel Madore, quand ce dernier a quitté Investors. 

Il nous a dit l’avoir eu à sa charge pendant très peu de temps et ne pas avoir été impliqué dans le transfert de son CRI en dehors de chez Investors. 

«Moi je pense que l’argent traîne quelque part puis qu’il faut juste le trouver. [...] J’aurais tendance à chercher», nous a-t-il dit au téléphone.

«Les équipes nous confirment que nous n’avons plus de traces de ces fonds dans nos systèmes», nous a écrit Jean-François Cadieux, porte-parole de la Banque Nationale.

Selon le planificateur Simon Houle, d’Archer, une somme de 7220 $ qui aurait été investie dans un CRI en 1995 vaudrait aujourd’hui 26 965 $ en tenant compte du profil de M. Daigneault.

L’AMF invite l’ex-policier à porter plainte

L’Autorité des marchés financiers (AMF) s’est dite étonnée du peu d’information que l’ex-policier Richard Daigneault a été en mesure d’avoir jusqu’ici du Groupe Investors.

«Il apparaît difficile à comprendre comment M. Daigneault ne réussit pas à obtenir davantage d’informations et de précisions auprès des institutions visées à partir des documents produits», nous a écrit le porte-parole Sylvain Théberge.

Ce dernier a indiqué que l’AMF ne peut qu’offrir une perspective préliminaire dans ce dossier.

«Nous l’invitons [...] à utiliser notre formulaire de plainte afin de s’assurer qu’il obtiendra des réponses écrites. Si la démarche ne s’avère pas concluante, il pourra demander le transfert de son dossier à notre service de traitement des plaintes qui pourra alors l’examiner et évaluer si une intervention est possible», a-t-il ajouté.

Aucune trace

Selon le porte-parole de l’AMF, Richard Daigneault ferait bien également de contacter Michel Madore, un ex-conseiller d’Investors dont le nom apparaît dans un document de 1995 sur le transfert de ses économies de retraite.

Ce dernier est actuellement enregistré à l’AMF comme représentant de courtier. 

«Dossier datant de plus de 25 ans et saisi par directeur régional de Investors Group Daniel Gagné en 1997. Aucune trace de mon côté», nous a-t-il écrit. Contacté, Daniel Gagné nous a référés au département légal d’Investors.


DES CONSEILS POUR SUIVRE SES PLACEMENTS :

Dès la réception de votre premier relevé, demandez à votre conseiller de vous l’expliquer ;

Après chaque investissement, consultez le relevé pour vérifier si tout apparaît comme prévu ; 

Faites une mise à jour avec le conseiller une fois par année ; 

Conservez vos derniers relevés ;

Lorsqu’un compte est inactif, des institutions peuvent transférer le solde au registre des biens non réclamés de Revenu Québec ;

Sept ans après la fermeture d’un compte, la documentation afférente peut être supprimée par l’institution financière.

-Source : Simon Houle, Gestion de patrimoine Archer

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