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De quoi peut-on débattre en campagne électorale?

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Une étrange formule circule ces temps-ci chez les commentateurs, ou du moins chez certains d’entre eux: l’immigration serait un sujet trop «délicat» pour être abordé en campagne électorale. Mieux vaudrait reporter le débat à ce sujet après la campagne – et cela dans la mesure où il peut y avoir un débat sur l’immigration, car à ce qu’on en comprend, cette réalité sociale complexe serait exclusivement positive et ne susciterait aucun problème, sinon ceux engendrés par le manque d’ouverture supposé de la société d’accueil et les systèmes discriminatoires qui pousseraient à l’exclusion des nouveaux venus.

Et pourquoi faudrait-il reporter le débat à propos de l’immigration? Parce qu’on juge la population trop immature pour s’y pencher. Elle serait dominée par ses «bas instincts», pour reprendre les mots de Dominique Anglade, qui accuse ses adversaires ne partageant pas son mépris pour le commun des mortels de verser dans la démagogie. La population serait traversée par des préjugés tels qu’ils viendraient corrompre le débat public en le faisant quitter le domaine de la rationalité. Autrement dit, on juge le peuple trop émotif pour participer vraiment à la vie démocratique – il devrait débattre dans les paramètres tracés par les élites du régime diversitaire censées calmer ses aspirations confuses et inhiber ses passions malsaines. 

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En fait, mieux vaudrait confier le débat sur l’immigration aux juges, aux technocrates et à certains philosophes qui prétendent surplomber la vie publique et même l’éclairer, en plus de se croire étrangers aux passions idéologiques – dans les faits, ils sont inconscients de leurs propres biais idéologiques, qu’ils confondent avec l’expression de la raison. D’ailleurs, de quoi peut-on encore démocratiquement débattre, dans la mesure où la souveraineté populaire est gainée par la judiciarisation du politique et la théorie de la pénurie de main-d’œuvre. Comment ne pas voir dans cette conception du débat public une falsification de la démocratie, comme s’il fallait désormais bannir le peuple pour assainir la vie politique? À quoi sert la démocratie si elle passe à côté de l’essentiel et si elle ne permet plus de débattre des fondements mêmes de l’existence collective d’un peuple, surtout lorsqu’ils sont remis en question? Pourrions-nous savoir d’ailleurs de quels sujets nous avons le droit de débattre, sans déplaire à ceux qui prétendent déterminer les enjeux qui relèvent de la démocratie électorale et les autres?

Ce qu’on nomme à tort ou à raison le populisme en Occident est d’abord et avant tout une révolte contre cette dépossession démocratique, qui recoupe une dépossession identitaire. Les peuples occidentaux n’entendent pas être les sujets d’une expérimentation idéologique à grande échelle qui relève de l’ingénierie sociale. Ils n’entendent pas non plus être soumis à une entreprise de rééducation idéologique, visant à déconstruire leur identité au nom de ce qu’on nomme frauduleusement l’évolution des mentalités. Ils entendent débattre des questions existentielles pour leur avenir. Même si cela déplaît à ceux qui rêvent d’un nouveau despotisme éclairé où le commun des mortels ne viendrait plus entraver l’avènement d’une société qu’on nous présente comme idéale et qui relève de l’utopie diversitaire. 

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