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Le judo de Duhaime

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Il y avait quelque chose de paradoxal, lors de la présentation du cadre financier du Parti conservateur d’Éric Duhaime, dans le fait de l’entendre insister sur l’importance de la «rigueur» fiscale et budgétaire. 

Le moins qu’on puisse dire, depuis les révélations sur ses taxes impayées et ses habitudes de mauvais payeur, c’est que ces principes ne semblent pas s’appliquer à la gestion de ses finances personnelles.

Dans le cas de sa maison louée à un ami qu’il dit «dans le besoin» (lequel a omis de payer les taxes municipales et scolaires malgré des dizaines d’avis), il n’émet pas de relevé 31 attestant qu’il a un locataire. C’est au désavantage de ce dernier, qui pourrait ainsi réclamer un crédit d’impôt pour solidarité.

Duhaime dit ne pas déclarer les pertes reliées à sa maison. Des experts en droit fiscal le disent : il serait tenu de le faire. Ça pourrait même l’avantager en réduisant son revenu.

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«Réponds-y pas»

À la fin de la conférence de presse hier, à Laval, j’ai tenté d’en discuter avec Adrien Pouliot, homme d’affaires et prédécesseur de Duhaime à la tête du Parti conservateur qui venait de diriger la présentation. J’aurais voulu lui demander : vous qui êtes pour la rigueur, ne trouvez-vous pas étrange cette affaire de taxes non payées?

Mais Éric Duhaime l’a stoppé : «Réponds-y pas!», sous prétexte que la conférence de presse était terminée et avait trop duré. Intervention curieuse, pour un apôtre de la liberté d’expression. «J’aimerais ça avoir des amis comme Éric Duhaime» a été la seule phrase énigmatique qu’il a eu le temps de prononcer.

L’affaire exaspère au plus haut point le chef conservateur. Des collègues m’ont confié que, depuis samedi, son attitude a changé.

Il l’aborde librement dans presque toutes ses attaques contre ses adversaires, comme s’il répétait ses répliques pour le Face-à-Face de ce soir à TVA.

Mardi, dans un restaurant de Laval, devant quelque 300 partisans survoltés, il a affirmé que ces histoires dans les médias prouvaient qu’il montait dans les intentions de vote. On révélera bientôt, s’est-il amusé, qu’il a remis un livre en retard de «trois semaines à la bibliothèque municipale».

Hier, il s’est servi des histoires de taxes pour attaquer (laborieusement) la cheffe libérale, Dominique Anglade : «Je trouve juste ça ironique que madame disait que je n’étais pas éligible parce que j’avais payé un compte de taxes en retard. Et elle, elle fait une erreur de 12 milliards $ dans son cadre financier. Je ne sais pas si ça la rend inéligible... Moi, je considère que non, je pense qu’elle a le droit de se présenter quand même.»

Dans une réponse en anglais, il trouve étonnant que la baisse de deux millions $ dans le bilan des actifs de François Legault, entre 2018 et 2022, doive rester du domaine privé : «Moi, quand je paie un compte de taxes un peu tardivement, ça se transforme en nouvelle nationale pendant six jours!»

On me dira qu’il veut faire du judo avec l’affaire. Justement, c’est un sport qui exige bien des contorsions.

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