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Monarchie: on se bouscule pour en sortir

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Photo AFP Le roi Charles III à Westminster hier.

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Dans les Caraïbes, le mouvement d’abandon de la monarchie est sérieusement entamé. Le Canada sera-t-il le dernier à rester attaché à cet anachronisme? 

Les anciennes colonies britanniques des Caraïbes sont en deuil d’une souveraine dont le règne englobe la proclamation de leur indépendance et des décennies de développement démocratique.

J’ai une affection particulière pour cette région, surtout la Grenade que je connais bien et où j’ai notamment servi comme observateur électoral pour l’Organisation des États américains.

Le décès de la reine Elizabeth II remet à l’ordre du jour l’abandon de la monarchie, mais la Barbade l’a déjà fait l’an dernier.

Des liens forts

Outre Grenade, l’abandon de la monarchie est en chantier dans cinq autres pays : Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Belize, la Jamaïque et Saint-Christophe-et-Niévès (St Kitts & Nevis).

À la Barbade, le changement a été adopté par un vote des deux tiers du Parlement, mais il faudra à certains autres de ces pays un vote référendaire dans les mêmes proportions pour y arriver ; pas facile, mais possible.

Après leur indépendance, ces pays sont restés attachés à la monarchie. En Grenade, même les révolutionnaires d’extrême gauche qui s’étaient emparés du pouvoir en 1979 n’ont pas cherché à s’en départir.

Griefs et réparations

Cet attachement s’est affaibli au fil des décennies avec le développement d’identités nationales propres, mais il y a aussi eu des déclencheurs récents bien plus importants que l’impopularité des héritiers d’Elizabeth II.

Notamment, la montée du populisme isolationniste et des sentiments anti-immigration en Grande-Bretagne a durement frappé les résidents afro-caribéens du Royaume-Uni, ce qui a refroidi la perception de la monarchie dans leurs pays d’origine.

Depuis 2018, des enquêtes ont révélé que de très nombreux immigrants caribéens légaux en Grande-Bretagne ont été traités injustement. Ce qu’on a appelé le «scandale Windrush» a alimenté les sentiments antimonarchiques dans les Caraïbes et a été un catalyseur de la décision des Barbadiens.

L’antimonarchisme caribéen est aussi alimenté par le ressentiment historique contre les horreurs de l’esclavage. Même si des membres de la famille royale ont exprimé leurs regrets pour cette période lors de récentes visites dans la région, ça ne suffit pas pour ceux qui ne réclament rien de moins que des réparations de la part de la Couronne, qui doit une part de sa fortune à la sueur et au sang de millions d’esclaves.

Derniers à rester?

Il y a fort à parier que le décès de la reine Elizabeth accélérera la fin de la monarchie dans les Caraïbes, ce qui pourrait avoir un effet d’entraînement dans les autres pays qui viennent d’hériter de Charles III comme chef d’État.

L’abolition de la monarchie ne sera toutefois nulle part aussi difficile qu’au Canada, où la Constitution que nous a léguée Pierre Elliott Trudeau rend ce genre d’amendement pratiquement impossible. En fait, il serait constitutionnellement plus aisé pour le Royaume-Uni lui-même d’abolir sa monarchie que ça l’est pour le Canada.

Les Canadiens verront donc bientôt de nombreux pays s’affranchir de cette institution désuète sans espoir réel de joindre le mouvement. Les mauvaises langues diront que c’est tant mieux, puisque les Canadiens aiment tellement les chefs d’État héréditaires qu’ils se sont donné en prime un chef de gouvernement héréditaire.

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