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Jeux de Montréal en 1976: la sécurité au cœur des préoccupations

Après les attentats terroristes aux Jeux de Munich en 1972, les Jeux de Montréal étaient sous haute surveillance

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Photo d'archives / Agence QMI L’une des tours d’habitation du Village olympique, située au coin des rues Viau et Sherbrooke, à Montréal, le 30 août 2015.

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Pour la première fois de l’histoire olympique, la sécurité était la principale priorité à l’occasion des Jeux de Montréal en 1976.

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Photo d'archives

Les attentats terroristes du groupe palestinien Septembre noir, qui avaient coûté la vie à 11 athlètes et entraîneurs israéliens aux Jeux de Munich quatre ans plus tôt, avaient sonné l’alarme. On ne pouvait plus tenir les Jeux dans une ambiance bon enfant où tout le monde pouvait entrer dans le village olympique et en sortir à sa guise.

Présent à Munich au sein d’un contingent de 32 personnes surnommé le groupe des espions et venu du Québec en mission d’observation, le futur DG du COJO 1976 et maire du village olympique de Montréal, Yvan Dubois, a vécu de près les attentats. Il savait que tout l’aspect sécurité négligé depuis toujours était à revoir.

«J’ai parlé à tous les maires des villages olympiques encore vivants pour qu’on s’inspire de leurs succès et de leurs difficultés. On voulait offrir un village différent et on souhaitait innover.»

La priorité était que personne ne puisse entrer dans le village olympique comme s’il se rendait au dépanneur acheter une pinte de lait. 

Comme à l’aéroport

«Nous avons innové en construisant un centre de validation qui ressemblait aux contrôles qu’on voyait dans les aéroports, explique-t-il. Le chef de mission allemand Walter Troëger, qui était devenu un ami au fil des ans parce qu’il occupait le poste de maire du village à Munich, croyait que les exigences étaient trop élevées et que les délais pour que les athlètes puissent avoir accès à leurs chambres seraient trop longs.»

Trois semaines avant le début des Jeux, Dubois et ses collègues ont eu droit à leur grande surprise à une simulation générale, opération qui leur a permis de valider leur plan.

«Il y avait 2000 militaires qui logeaient dans des résidences de l’armée à Pointe-aux-Trembles en préparation des Jeux, raconte-t-il. Les résidences ont été infestées de punaises de lit. Le général nous a appelés pour vérifier si on pouvait accueillir les militaires dans le village olympique.»

«Après réflexion, nous avons accepté même si les travaux n’étaient pas complètement terminés, et les militaires ont dû se soumettre aux mêmes stations de vérification que les athlètes devraient faire à leur arrivée, de poursuivre Dubois. On ne cherchait pas des armes, mais des punaises de lit.»

À l’arrivée des athlètes, tout s’est passé rondement. 

«Avec les Soviétiques et les Américains, les Allemands de l’Ouest formaient l’une des plus grosses délégations et ils ont eu accès à leurs chambres en 47 minutes. Walter m’a dit après qu’il n’aurait jamais pensé qu’on aurait été en mesure de le faire.»

Apparence décontractée

Présent aux Jeux d’Innsbruck à l’hiver 1976, alors que la ville autrichienne avait frappé en relève de Denver qui s’était retirée après que la population se fut prononcée contre la tenue de l’événement à la faveur d’un référendum, le maire du village olympique de Montréal était conscient que la sécurité était essentielle, mais il voulait apporter une touche différente. Innsbruck avait aussi présenté les Jeux de 1964 dans un contexte fort différent.

«La visibilité des militaires était trop grande en Autriche, souligne-t-il. Les soldats étaient armés et on retrouvait des véhicules dans le village. Malgré la présence de 1200 policiers, principalement des militaires, l’attitude et l’apparence ont fait la différence à Montréal. Le chef de police était attachant et les militaires portaient un béret et un foulard. Au fil des jours, ils sont devenus des amis des athlètes qui trouvaient que leur présence enrichissait l’ambiance.»

Deux zones

Le COJO 1976 a innové en créant deux zones bien distinctes: la zone résidentielle pour les athlètes et la zone internationale pour les médias et les visiteurs. 

«La zone internationale servait de tampon, explique Dubois. Les visiteurs et les journalistes étaient autorisés à pénétrer dans la zone résidentielle uniquement s’ils avaient obtenu le feu vert des comités nationaux. C’était très, très bien gardé.»

Le téléphone rouge utilisé à deux reprises

Lien direct entre le patron du COJO et le responsable des forces policières

Le DG du COJO 1976 et maire du village olympique ainsi que le commandant des forces policières avaient convenu d’un moyen rapide pour se parler si un problème majeur de sécurité survenait. Le téléphone rouge.

Yvan Dubois et feu Léopold Roy ont utilisé ce moyen de communication à deux occasions au cours de la quinzaine olympique.

«Le téléphone rouge me permettait de joindre Léopold Roy qui supervisait le travail des quatre corps policiers [le SPVM, la SQ, la GRC et l’armée], explique Dubois. Celui que j’appelais mon commandant pouvait faire la même chose. Il y a eu seulement deux appels pendant toute la durée des Jeux, un de chaque côté.

Constatant la présence de deux individus tentant de franchir une clôture de sécurité, le responsable de la force policière a contacté son collègue. La réponse n’a pas tardé.

«Deux individus dont on n’a jamais retrouvé la trace ont tenté de grimper la clôture du côté Nord-Ouest, raconte Dubois. J’ai aussitôt appelé le général de l’armée et nous avons reçu 125 hommes en renfort 90 minutes plus tard.»

Une menace des Soviétiques a mené au deuxième coup de fil la veille des cérémonies de fermeture. L’auteur du coup de fil raconte. «Le chef de mission soviétique qui était aussi le ministre des Sports voulait que la sécurité soit augmentée près des résidences de leurs athlètes sinon il menaçait de ne pas participer aux cérémonies de fermeture, indique Dubois. À notre insu, un employé du village avait eu la maladresse d’imprimer et de distribuer un feuillet sur lequel les modalités pour demander l’asile politique étaient inscrites.»

Un plongeur soviétique avait demandé l’asile politique plus tôt au cours des Jeux et les dirigeants du pays des steppes étaient sur les dents. «Le chef de mission avait un travail à faire et je comprenais sa demande, souligne Dubois, qui a été embauché par les Soviétiques pour partager son expertise quatre ans plus tard, lors des Jeux de Moscou. On avait augmenté la sécurité près des résidences des athlètes soviétiques et ils étaient présents à la cérémonie de clôture.»

À cette époque de la guerre froide entre les deux grandes puissances, Dubois souhaitait néanmoins que les résidences américaines et soviétiques soient situées l’une à côté de l’autre. «C’était important que les athlètes des deux pays se côtoient et ma demande avait été acceptée. Quand on a augmenté la sécurité à la demande du chef de mission soviétique, les Américains tenaient à garder la même liberté et ils n’ont pas eu à se soumettre aux contrôles plus serrés.»

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