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Un dernier adieu à Sa (futile) Majesté

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Photo AFP Après des heures d’attente, des Britanniques peuvent dire un dernier adieu à leur reine.

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LONDRES | Il leur reste encore une journée. Et une autre nuit. Lundi matin, c’en sera fini de l’attente interminable le long de la Tamise pour à peine quelques secondes de recueillement auprès du cercueil de la reine Elizabeth II.

Pour la plupart, ils sortent de Westminster Hall... comblés. Je cherche un mot plus juste : émus, certainement ; ébranlés, jusqu’à un certain point ; soulagés, c’est sûr. Soulagés de ne pas avoir raté l’opportunité de faire partie de l’Histoire.

Je persiste à croire que c’est la motivation première. L’Histoire sous différentes formes : un long moment d’histoire personnelle – jusqu’à 70 ans pour les plus âgés, mais pour l’immense majorité, c’est essentiellement toute leur vie – avec Elizabeth II toujours là, quelque part. Comme disait une Écossaise venue s’incliner devant le cercueil royal alors exposé à Édimbourg : « J’ai toujours pensé que la reine vivrait éternellement ».

L’histoire aussi qu’on cite à jamais, du genre « Où étiez-vous lorsque vous avez appris que... ? ». 

Deux femmes pleurent devant le cercueil d’Elizabeth II.
Photo AFP
Deux femmes pleurent devant le cercueil d’Elizabeth II.

Une femme qui en était à cinq heures d’attente et qui n’avait nullement l’intention d’abandonner me racontait que son père avait assisté au couronnement d’Elizabeth en juin 1953. 

« Il nous l’a dit et redit toute sa vie. Je ferai pareil ! »

Un gros coup de nostalgie

Je m’aperçois aussi que les plus attristés font, avec celui de la souveraine, le deuil d’une époque révolue. Confus et approximatifs, de nombreux Londoniens que j’ai interrogés finissent par souligner que « les temps changent », qu’il y a « plus d’incertitude qu’avant », qu’« on ne sait plus ce qui nous attend ».

Et ils accrochent à leur anxiété une image de la reine, fidèle à son devoir, investie dans le service à la nation, constante et immuable.
En d’autres mots, on n’est plus sûr de rien avec l’inflation, le coût croissant de l’énergie et du logement, la guerre en Ukraine qui s’éternise, et voilà que la reine s’efface à son tour !

Se changer les idées

J’entendais une Mexicaine sur les ondes de la BBC se rappeler comment, plus jeune, elle suivait, émerveillée, les apparitions de la reine : « Queens exist for real! ». Les reines existent pour le vrai !, s’extasiait-elle. Peu importe que cette reine, comme les autres, n’avait rien de mieux à faire que de couper les cordons inaugurant un nouvel hôpital ou le local rafraîchi des « girl scouts ».

Autrement dit, la monarchie, ça passe le temps. Et les Windsor, tout au long du 20e siècle et depuis vingt ans, ont amplement donné de quoi commérer : d’Edward qui, tellement amoureux d’une divorcée américaine, abandonne le trône à Diana, « la princesse du peuple », que le futur Charles III « a fait tuer »... parce qu’on me l’a servie plusieurs fois, celle-là.

Ces jours-ci, il y a Andrew, le pervers, et Meghan, la sorcière qui a envoûté ce pauvre Harry. La famille royale britannique, c’est les Kardashian avec des tenues d’apparat, des couronnes et de vrais châteaux. Aussi inutile, mais aussi captivante.

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