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Des crimes de guerre et contre l’humanité probablement commis en Éthiopie

Abiy Ahmed
AFP Abiy Ahmed

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GENÈVE | Des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont probablement été commis durant le conflit qui déchire l’Éthiopie depuis fin 2020, souligne un rapport destiné au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. 

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La Commission de trois experts qui a rédigé le rapport «a des motifs raisonnables de penser que, dans plusieurs cas, les violations (contre les droits fondamentaux, NDLR) correspondent à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité».

«La Commission est profondément troublée par ce qu’elle a découvert parce que cela reflète une profonde polarisation et haine entre ethnies en Éthiopie», selon les conclusions du rapport.

«Cela a créé un cycle inquiétant de violence extrême à laquelle répondent des représailles, ce qui augmente encore le risque imminent de nouvelles atrocités, encore plus graves», s’inquiètent les experts.

Déjà en novembre 2021, un rapport rédigé conjointement par la Commission éthiopienne des droits humains (EHRC) et le Haut Commissariat des Nations unies aux droits humains évoquait des violations dont certaines pouvaient «constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité». Il portait sur la période du 3 novembre 2020 au 28 juin 2021.

Tigré

Le conflit a éclaté début novembre 2020 quand le gouvernement fédéral du premier ministre Abiy Ahmed a lancé une offensive contre les rebelles tigréens du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) contrôlant cette région du nord de l’Éthiopie.

Les autorités du Tigré «ont toujours assuré» que le gouvernement fédéral était responsable de crimes contre l’humanité, a indiqué un porte-parole du TPLF interrogé lundi par l’AFP.

Sollicité par l’AFP, le gouvernement fédéral n’a pas réagi dans l’immédiat.

La reprise des combats dans le nord du pays, le 24 août, a fait voler en éclats cinq mois de trêve.

Les experts ont souligné la situation catastrophique au Tigré, où le gouvernement fédéral et ses alliés ont refusé à environ six millions de personnes l’accès aux services de base, pendant plus d’un an, et où de sévères restrictions à l’accès humanitaire ont laissé 90 % de la population avec un besoin urgent d’assistance.

Le rapport indique qu’il existe «des motifs raisonnables de croire que le gouvernement fédéral et les gouvernements régionaux alliés (principalement l’Érythrée, NDLR) ont commis et continuent de commettre des crimes contre l’humanité pour des motifs ethniques et d’autres actes inhumains».

Ils «causent intentionnellement de grandes souffrances», en restreignant l’aide humanitaire au Tigré, selon le rapport.

La présidente de la Commission, Kaari Betty Murungi, a décrit la crise humanitaire au Tigré comme «choquante, tant dans ses dimensions que sa durée».

«Le refus et l’obstruction généralisés de l’accès aux services de base, à la nourriture, aux soins de santé et à l’aide humanitaire ont un impact dévastateur sur la population civile, et nous avons des motifs raisonnables de croire que cela équivaut à un crime contre l’humanité», a-t-elle déclaré.

«Nous avons également des motifs raisonnables de croire que le gouvernement fédéral utilise la famine comme méthode de guerre», a-t-elle ajouté, appelant le gouvernement à «rétablir immédiatement les services de base et à garantir un accès humanitaire sans entraves».

Mme Murungi a également appelé les forces tigréennes à «veiller à ce que les agences humanitaires puissent opérer sans entrave».

Recommandations

La Commission - qui a aussi détaillé les nombreuses entraves qui ont limité son enquête sur place, de l’interdiction de quitter Addis Abeba au manque de moyens - a été établie pour un an le 17 décembre 2021, pour mener une enquête approfondie et indépendante sur les accusations de violations répétées des droits humains.

Dans toute une série de recommandations, elle demande au gouvernement fédéral, mais aussi aux autorités érythréennes et tigréennes de faire en sorte que les auteurs des exactions soient jugés.

Elle exhorte les instances internationales et régionales à «prendre les mesures qui permettront de restaurer la paix, la stabilité et la sécurité et éviter de nouvelles violations» des droits humains.

Les experts demandent aussi au Haut Commissariat des droits de l’homme de l’ONU de surveiller constamment la situation et de continuer à appeler les parties au conflit à respecter le droit humanitaire international, les droits de l’homme et les droits des réfugiés.

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