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Les Nordiques, il y a 50 ans: le premier grand pilier

Jean-Claude Tremblay a donné une crédibilité inespérée aux Nordiques

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Photo d'archives Jean-Claude Tremblay, photographié avant un match, a été le premier capitaine de l’histoire du Fleurdelysé.

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Après avoir remporté cinq fois la coupe Stanley et pris part à sept reprises au match des étoiles de la LNH, Jean-Claude Tremblay a fait l’impensable, soit de tourner le dos au Canadien pour s’aligner avec les Nordiques. La nouvelle franchise de l’AMH, qui cherchait désespérément à mettre la main sur un joueur vedette, a frappé son premier grand coup. 

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Dans les mois précédant l’embauche du brillant défenseur, les Nordiques se sont cogné le nez à plusieurs portes. Qu’il s’agisse de Jacques Lemaire, Guy Lapointe, Pierre Bouchard ou Gilbert Perreault, leurs tentatives ont été des coups d’épée dans l’eau. En juillet 1972, l’organisation a eu la main plus heureuse.  

Maintes fois qualifié de magicien avec la rondelle, il était doté d’un flair offensif redoutable qui lui avait valu le surnom de « JC Superstar » à Montréal en 1971 après une saison de 63 points et une récolte de 17 points en séries.  

Il est devenu l’un des premiers joueurs vedettes à faire le saut de la LNH à l’AMH, transformant d’un seul coup les perceptions à l’égard des Nordiques. 

« Jean-Claude était dans ses meilleures années à Montréal quand il est parti. Pour moi, il a été le joueur le plus important à Québec. C’est lui qui a donné une véritable crédibilité à l’équipe. C’est inimaginable ce qu’il pouvait faire avec la rondelle. Il était réellement un phénomène », fait valoir l’ancien attaquant Marc Tardif. 

Christian Bordeleau et Jean-Claude Tremblay ont été coéquipiers durant cinq ans chez les Nordiques, avec qui ils ont gagné la coupe Avco en 1977.
Photo d'archives
Christian Bordeleau et Jean-Claude Tremblay ont été coéquipiers durant cinq ans chez les Nordiques, avec qui ils ont gagné la coupe Avco en 1977.

Saut dans le vide 

Ce dernier n’était pas avec les Nordiques en 1972, mais il a côtoyé Tremblay pendant deux saisons chez le Canadien avant de redevenir son coéquipier à Québec à compter de la saison de 1974-75. 

S’il y a un joueur qui peut comprendre ce que Tremblay a vécu, c’est bien Tardif, lui qui a aussi opté pour le circuit maudit, un an plus tard. 

« C’était très difficile de quitter le Canadien. Dans ces années-là, il y avait peu de changements et tu avais l’impression de laisser ta deuxième famille. C’était encore pire en sachant qu’on s’en allait vers l’inconnu.  

« Ce n’était pas évident et c’était encore pire pour Jean-Claude parce qu’il était parmi les premiers à partir pour découvrir l’AMH », indique celui qui se dit convaincu que l’aventure des Nordiques a coûté à Tremblay non seulement sa place sur Équipe Canada à la série du siècle, mais surtout, une place au Temple de la renommée.

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Saison dominante 

À sa première saison avec les Nordiques, Tremblay a épaté la galerie avec 89 points. Le fait d’avoir les coudées franches, davantage qu’à Montréal, aurait aussi influencé sa décision de quitter le Canadien. 

« Avec les Nordiques, il avait une plus grande liberté dans ses actions et je crois que c’est aussi ça qui l’a attiré à Québec. Il a littéralement transporté l’équipe sur ses épaules durant la première saison. C’est grâce à lui que les Nordiques ont pu avoir une fiche respectable », avance Benoît Clairoux, du site histoirenordiques.ca, une véritable encyclopédie sur le Fleurdelisé. 

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Photo courtoisie

En conflit 

À l’extérieur de la glace, Jean-Claude Tremblay était reconnu pour son caractère bourru. Peu l’ont connu aussi bien que son grand ami Yvan Vanier, qui a été à ses côtés jusqu’à son décès d’un cancer du rein, en 1994. Il a même joué le rôle d’exécuteur testamentaire que lui avait confié le défenseur, qui est revenu dans l’organisation du Canadien en 1985 à titre de dépisteur. 

« Il a toujours été un ami extraordinaire. Il était tellement compétent en matière de hockey. On passait des soirées entières à jaser et c’était épouvantable comment il connaissait la game. J’ai toujours cru qu’il aurait fait un excellent directeur général. Il avait un flair incroyable », note-t-il à regret. 

Son complice n’hésite pas à affirmer que la relation était plutôt trouble entre Tremblay et l’ancien directeur général Sam Pollock, qui n’a jamais su le retenir à Montréal. 

« Pollock lui avait dit qu’il ne pouvait pas partir à Québec. Avec son sale caractère, Jean-Claude lui avait répondu : Occupe-toi de ton Canadien, je vais m’occuper de mes affaires », relate Yvan Vanier. 

« Réalises-tu que Jean-Claude n’a jamais eu chez lui une bague de la Coupe Stanley comme joueur parce que Pollock voulait lui faire payer ? Les deux seules bagues qu’il a eues, c’était celles de 1986 et 1993 comme dépisteur », soupire-t-il. 

Aucun regret  

Tremblay est finalement devenu l’un des deux seuls joueurs ayant disputé les sept saisons des Nordiques dans l’AMH. Il s’est démarqué avec 424 points en 454 matchs, mais ses exploits à Québec ne lui ont pas valu que des louanges. 

« Il n’a pas été reconnu à sa juste valeur. Passer à l’AMH, ça l’a tué, mais il ne m’a jamais exprimé de regrets d’être venu à Québec. Il a beaucoup aidé les Nordiques à progresser et il était fier de ça. Il n’a jamais eu peur de brasser les jeunes de la bonne façon », souligne Michèle Lapointe, membre de l’organisation des Nordiques qui a noué une longue amitié avec le joueur. 

Des dires que le plus grand confident de Tremblay, Yvan Vanier, corrobore. 

« Ce n’était pas juste pour l’argent qu’il partait. Il était fier de faire partie des Nordiques. Il a toujours été amer de certaines choses par rapport au Canadien, mais il n’a jamais regretté le saut avec les Nordiques. »  

Des coéquipiers élogieux 

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Photo Stevens LeBlanc

« C’était vraiment notre général, le joueur sur qui l’on pouvait compter. Même si c’était un joueur très discret, qui ne s’extériorisait pas beaucoup, qui ne parlait pas beaucoup aux autres. Il était assez introverti. » 

– Michel Parizeau


« Jean-Claude était extraordinaire à voir manier la rondelle. Souvent, je restais après les entraînements et je pratiquais avec lui. C’était un caractère qui n’était pas facile, par contre. Les jeunes, on devait faire attention à ce que l’on faisait sur la glace, parce qu’il nous le faisait savoir ! Mais ça nous aidait à être plus performants. » 

– Réjean Giroux 


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Photo courtoisie

« Si Jean-Claude jouait encore aujourd’hui, avec les méthodes d’entraînement actuelles, il serait en tête de tous les défenseurs, avec le talent qu’il avait. » 

– Pierre Roy 


« Il n’y a qu’un mot pour décrire Jean-Claude Tremblay : c’était un magicien. Dans mon livre à moi, c’était le meilleur défenseur de l’AMH, et l’un des cinq meilleurs de la LNH. Des fois, il grognait un peu, et quand il grognait, on le savait. Mais c’était un gentleman. » 

– Guy Dufour


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Photo d'archives, Agence QMI

 

« Il y a quatre joueurs qui ont particulièrement marqué l’histoire des Nordiques. Il y a eu Marc Tardif, Réal Cloutier et Peter Stastny, mais le premier a été Jean-Claude Tremblay. Ce gars-là a donné une prestance aux Nordiques et a démontré que l’équipe avait sa raison d’être. » 

– Claude Bédard 

Les portes du Temple fermées 

Jean-Claude Tremblay a disputé une douzaine de saisons avec le Canadien avant de tourner le dos à la LNH et de se joindre aux Nordiques.
Photo d'archives
Jean-Claude Tremblay a disputé une douzaine de saisons avec le Canadien avant de tourner le dos à la LNH et de se joindre aux Nordiques.

Avec son sens inné du hockey, sa fougue et son sale caractère, Jean-Claude Tremblay a défoncé toutes les portes sur son passage. Sauf celles du Temple de la renommée du hockey, qui ont probablement été barrées à double tour en raison de son affront à la Ligue nationale lorsqu’il a opté pour l’AMH et les Nordiques.

Même s’il a été l’un des défenseurs dominants de son époque, celui que plusieurs ont surnommé affectueusement le « bougonneux » a vu sa candidature être rejetée à trois reprises. C’est donc dire qu’il n’aura jamais sa place à Toronto parmi les immortels. 

« Quand tu tournes le dos au Canadien, il peut t’arriver n’importe quoi. Tu as beau être le meilleur, tu peux devenir le pire », déplore l’ancien chroniqueur et directeur des sports du Journal de Québec, Claude Bédard. 

Celui-ci est convaincu que même si Tremblay a réintégré la famille du Canadien à la suite de sa carrière de joueur, le mal était fait. « Malheureusement, Jean-Claude est passé dans le camp ennemi, il est demeuré un ennemi et il est mort comme un ennemi. C’est triste, mais c’est la réalité », estime-t-il. 

Offensive avortée 

Quand il a vu que l’admission au Temple avait été refusée deux fois à son grand ami, Yvan Vanier a voulu mettre en marche une offensive pour faire réfléchir la Ligue nationale et les médias. 

Il a entrepris de contacter plusieurs anciens pour qu’ils signent une lettre en faveur de Tremblay. Or, sa candidature a été posée une troisième fois, avant que les démarches n’aboutissent. La troisième prise a été la dernière. 

« Maintenant, il faut faire un X là-dessus. Quand c’est fini, c’est fini, mais c’est pas mal plate », se désole-t-il. 

« Une injustice totale »

À ses yeux, il ne faut pas blâmer le passage controversé des Canadiens aux Nordiques pour expliquer cette exclusion, mais plutôt le manque d’ouverture de certains journalistes. 

« Je pense que son passage dans l’AMH, les gens qui votent ont fini par passer par-dessus ça. Pour moi, ce sont certains journalistes qui l’ont bloqué. Il n’a pas toujours été tendre envers eux. »

Pour plusieurs anciens Nordiques, Tremblay aura été le véritable pilier de l’équipe dans l’AMH. 

En cumulant ce rôle à sa production dans la LNH, il aurait mérité infiniment plus de reconnaissance. 

« Peut-être que sans Jean-Claude, la concession n’aurait pas existé », va jusqu’à dire François Lacombe, qui a été son partenaire à la ligne bleue pendant quelques saisons à Québec.  

L’ailier Robert Guindon en est un autre qui ne s’explique toujours pas le rejet de la candidature de Tremblay au Temple. 

« Encore aujourd’hui, je ne comprends pas qu’il ne soit pas là. C’est incroyable, c’est une injustice totale. C’est le Temple de la renommée du hockey, pas de la Ligue nationale. Mais malheureusement, il s’est éliminé lui-même [en se joignant à l’AMH] », opine-t-il.

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