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Presque aveugle, une victime de violence conjugale craint la libération de son agresseur

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Une femme de 39 ans qui a été victime d’enlèvement, de séquestration et d’agressions avec un couteau en 2014 par son ex-conjoint, quand son fils n’avait que 13 mois, a dénoncé l’inaction d’Ottawa dans la mise en place du bracelet anti-rapprochement pour les détenus fédéraux. 

«Je vais sûrement faire partie des statistiques l’année prochaine», a affirmé Mélanie Côté, une survivante de violence conjugale.

Son ex-conjoint est incarcéré depuis l’événement.

«C’est un multiple récidiviste, et il a même été refusé lors de sa libération d’office aux deux tiers de sa peine. Il ne reconnaît toujours pas ce qu’il a fait», a-t-elle confié au micro de Richard Martineau.

Elle craint qu’à sa sortie dans moins de deux ans, il soit tenté de se venger, puisqu’il la tient toujours responsable de sa peine de prison.

«L’annonce de sa sortie, c’est comme si on m’annonçait une maladie, car je suis condamnée en quelque sorte. Et qu’est-ce qu’il va se passer s’il ne s’en prend pas surprenamment à moi? Il va faire vivre ça à une autre femme.»

La solution, selon elle, serait que son ex-conjoint porte un bracelet GPS qui l’empêcherait de s’approcher.

Le problème, c'est que le bracelet anti-rapprochement n’est toujours pas mis en place pour les contrevenants qui purgent une peine dans un pénitencier fédéral. Pourtant, c’est là que se trouvent les détenus coupables de crimes graves.

Encore plus vulnérable

Autre crainte pour Mélanie Côté: elle est semi-voyante, à cause d’une maladie dégénérative, la rétinite pigmentaire. Elle se sent donc condamnée à vivre dans la peur lors de la libération de son ex.

«Si je sors dans mon stationnement, je ne peux pas le voir, le reconnaître. Mes proches disent tous la même chose, ils sont inquiets pour moi et pour mon enfant.»

Le fils de Mélanie n’avait que 13 mois à l’époque des événements. Encore aujourd’hui, il doit composer avec de l’anxiété et un trouble de l’attachement.

Mélanie Côté avait déjà demandé au fédéral d’agir il y a 10 mois mais rien n’a bougé depuis.

À Ottawa

Au ministère de la Sécurité publique fédéral, on confirme que le bracelet anti-rapprochement, aussi appelé dispositif de géolocalisation, est pour l’instant réservé aux contrevenants ayant reçu une peine de moins de deux ans, et qui sont pris en charge par Québec.

«Ça fait trois ans que je dépose des projets de loi au Sénat, que je demande à Justin Trudeau d’agir dans le dossier, mais il n’y a absolument rien qui se passe et c’est déplorable», a déploré le sénateur indépendant Pierre-Hugues Boisvenu au micro de Richard Martineau.

Le projet de loi S-205 du sénateur Boisvenu sera étudié par le Comité des affaires juridiques cet automne. Il a déjà fait l’objet de plusieurs consultations. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement libéral.

Le gouvernement fédéral n’a pas voulu répondre à nos questions.

Un homme dangereux

L’agresseur de Mélanie Côté est un des rares criminels à ne pas avoir été libérés aux deux tiers de leur peine. Durant son incarcération, il a cumulé 37 entorses aux règlements pénitentiaires.

«Je n’ai presque jamais vu ça dans ma carrière des détenus qui ne sortent pas après les deux tiers. Il faut vraiment qu’il soit dangereux et que le Service correctionnel juge qu’il n’y a aucune amélioration», a affirmé Dave Blackburn, ex-commissaire aux libérations conditionnelles.

Quand la sentence vient à échéance, le détenu peut, selon la loi, reprendre sa vie d’homme libre.

Pour empêcher sa sortie, il faudrait que l’individu commette un crime grave de même nature. Refuser de participer aux programmes d’aide proposés dans les prisons ne change en rien la sentence imposée par le juge.

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