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Des diamants et des hypocrites

UN-DIPLOMACY-GENERAL ASSEMBLY
Photo AFP Mokgweetsi Masisi, président du Botswana, lors de la 77e Assemblée générale des Nations Unies.

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De gros mots, on nous en a servi de pleins discours la semaine dernière à la tribune de la 77e Assemblée générale des Nations Unies ; de Joe Biden, accusant la Russie d’« essayer d’effacer un État souverain de la carte du monde » (l’Ukraine, bien sûr) à Emmanuel Macron, limitant la géopolitique actuelle à « un choix simple : celui de la guerre ou de la paix ».

De plus petits pays, de manière moins dramatique, ont aussi marqué le coup et forcé les pays occidentaux, les Européens en particulier, à faire face à leurs contradictions. Le Botswana est l’un d’entre eux.

Dans un discours beaucoup moins enflammé que ceux de ses homologues des pays riches, le président Mokgweetsi Masisi a fait un plaidoyer en faveur de nouveaux investissements étrangers, afin de diversifier l’économie de son pays.

Marilyn Monroe chantait Diamonds are a girl’s best friend, mais le flirt stimule tout autant le Botswana. Les mines de diamant rapportent plus du tiers des revenus du gouvernement de Gaborone, un pactole que le président Masisi n’a pas l’intention d’abandonner, malgré ses envies de varier un peu la richesse du pays.

S’ARRACHER À LA MISÈRE

L’industrie du diamant est au cœur du « success story » qu’est le Botswana. En 1966, l’année de son indépendance, l’ancienne colonie britannique – un des territoires les plus pauvres du monde – n’avait, selon les économistes Daron Acemoglu et James A. Robinson, que douze kilomètres de routes asphaltées, cent diplômés du secondaire et vingt-deux universitaires.

Aujourd’hui, considéré comme un modèle démocratique, le Botswana peut se vanter d’être l’un des six pays seulement, au cours des cinquante dernières années, à s’être arraché au classement officiel de l’ONU des nations les moins développées.

UN DIAMANT PROPRE, PROPRE

Jeudi, lors d’un « Gala du diamant », organisé en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, le président Masisi a montré que cet enrichissement peut se poursuivre sans sacrifier ses principes.

Il a fait la promotion d’un nouveau partenariat avec HB Antwerp, un producteur belge de diamants, qui pourrait bien révolutionner la transparence d’une industrie réputée pour son opacité.

Utilisant la technologie « blockchain », HB Antwerp escompte pouvoir montrer l’origine précise d’un diamant, au mètre carré, question de prouver aux consommateurs que leur achat n’est pas un « diamant de conflit », ces « blood diamonds » qui ont enfiévré des guerres en Afrique plus cruelles les unes que les autres.

SOURNOIS, CES BELGES

Il y a toutefois des « blood diamonds » que certains refusent de nommer ces jours-ci. Les diplomates belges, selon le respecté site en ligne POLITICO, ont réussi en coulisses à éviter que le couperet des sanctions contre Moscou ne s’abatte sur l’industrie diamantaire russe.

Depuis des siècles, la Belgique profite de cette industrie : plus de la moitié de tous les diamants bruts du monde sont taillés à Anvers. Et justement, un diamant brut sur trois vient de Russie, le département du Trésor américain estimant qu’ils ont rapporté plus de 4,5 milliards de dollars au pays.

Avec cette guerre sauvage que le Kremlin continue de livrer aux Ukrainiens, ne se salit-on pas les mains avec ces « diamants de conflit » ? Surtout que l’alternative existe ; parlez-en aux Botswanais !

DIAMANTS, LES PLUS GRANDS PRODUCTEURS

1) Russie

2) Botswana

3) Canada

4) Angola

5) Afrique du Sud

LE BOTSWANA, JOYAU DE L’AFRIQUE

Enclavé dans le sud de l’Afrique, le pays n’a aucun accès à la mer.

Population : 2,4 millions d’habitants

Superficie : 581 726 km2, dont 70 % sont couverts par le désert de Kalahari

PIB par habitant : 16 000 $ US, 4e plus élevé d’Afrique

Économie : 2e producteur de diamants au monde

25 % du PIB

35 % des revenus du gouvernement

85 % des recettes d’exportation

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