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Nordiques: un tremplin vers la royauté pour Richard Brodeur

Avant de devenir le «roi», Richard Brodeur a tout appris avec les Nordiques

Richard Brodeur
Photo d'archives Richard Brodeur salue les partisans des Nordiques, au Colisée de Québec, lors de la saison 1972-1973.

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On n’accède pas au trône du jour au lendemain. Bien avant de connaître la gloire à Vancouver et d’être proclamé le roi, c’est avec un saut dans le vide à Québec, aux débuts de l’AMH, que tout a commencé pour Richard Brodeur. Un pari audacieux que le gardien n’a jamais regretté. 

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Le jeune homme de 20 ans venait de remporter la coupe Memorial avec les Royals de Cornwall. Choix au repêchage des Islanders de New York, il était promis à un bel avenir, mais cette équipe affichait déjà beaucoup de profondeur devant le filet. 

« Les Islanders m’offraient d’aller jouer dans les mineures pour 12 000 $ pour l’année. Au même moment, l’AMH partait et les Nordiques m’ont offert 20 000 $ pour signer en plus de 20 000 $ pour la première année et 25 000 $ la deuxième. Pour moi, le choix n’a pas été difficile. Je me suis dit que tant qu’à ne pas jouer dans la LNH, aussi bien aller chercher l’argent », se remémore-t-il avec candeur. 

Brodeur avait aussi des offres pour aller jouer à Boston College, à North Dakota ou à McGill. 

« Si ça ne faisait pas avec les Nordiques, j’aurais toujours l’université. J’avais une porte de sortie. Je me suis dit que dans le fond, c’était pas pire de jouer à Québec. Seize ans plus tard, je jouais encore », rigole l’ancien cerbère. 

Sept années de bonheur 

Au départ, Brodeur s’est contenté de seconder le vétéran Serge Aubry et n’a pris part qu’à 24 rencontres lors de la saison inaugurale.  

« J’étais le jeune flo et Serge m’a vraiment pris sous son aile. On a fait un bout de chemin ensemble et il m’a toujours bien aidé. J’arrivais dans le hockey professionnel et je parlais un anglais cassé, donc le fait qu’il y avait beaucoup de francophones dans l’équipe m’a aidé », mentionne-t-il. 

Brodeur s’est accroché et il a joué un rôle de plus en plus important, au point de devenir le seul joueur avec Jean-Claude Tremblay à avoir représenté les Nordiques pour leurs sept saisons dans l’AMH. 

« Pour moi, ça a été une très bonne expérience. Je n’ai que de bons souvenirs de Québec. Les dernières années, on avait une équipe tellement forte qu’on aurait pu gagner contre n’importe quel club de la Ligue nationale. On n’avait peur de personne. Québec a été un beau tremplin pour moi », témoigne-t-il. 

La gloire chez les Canucks 

L’unique crotte sur le cœur de Brodeur, c’est qu’après sept années de loyaux services, les Nordiques l’ont échangé aux Islanders quand ils ont fait le saut dans la Ligue nationale. 

« Ça a l’air que je n’étais plus assez bon », dit-il, un brin moqueur.  

Par chance, un certain Harry Neale, qui dirigeait les Fighting Saints et les Whalers dans l’AMH, a remarqué tout le talent de Brodeur à Québec. Lorsqu’il est devenu entraîneur-chef des Canucks de Vancouver, il a poussé pour que le gardien rejoigne son équipe. 

En 1980, lorsque les deux premiers gardiens des Canucks se sont blessés, Brodeur a pris le filet et ne l’a pas redonné. À sa deuxième saison, ses prouesses ont permis de guider les Canucks en finale de la Coupe Stanley, ce qui lui a valu le surnom de « King Richard », qui colle toujours. 

« J’ai adoré la vie à Québec et jouer pour les Nordiques. On ne saura jamais ce qui serait arrivé si j’étais resté là, mais au bout du compte, ça a été bénéfique de partir parce que j’ai connu mes plus belles années à Vancouver », note-t-il avec justesse. 

Artiste peintre en cachette

L’ex-gardien est aujourd’hui artiste-peintre.
Photo courtoisie
L’ex-gardien est aujourd’hui artiste-peintre.

Si c’est avec son masque et ses jambières de gardien que Richard Brodeur a fait sa renommée, c’est aujourd’hui avec ses pinceaux qu’il exprime son talent comme artiste peintre. Une vocation qui a toujours été en lui, mais dans laquelle il s’est affirmé sur le tard. 

Lorsqu’il a pris sa retraite comme joueur en 1988 après un bref passage dans l’organisation des Whalers de Hartford, Brodeur affirme s’être longtemps cherché. 

Les nombreuses blessures subies sur la glace et le fait d’avoir mal digéré d’avoir été poussé vers la sortie lui ont fait traverser une période sombre.  

Entre l’école de hockey qu’il a fondée à Vancouver, un boulot d’analyste pour les matchs des Nordiques et un travail dans le domaine de l’administration et des ventes à la brasserie Labatt, il peinait à trouver sa voie. 

Son bonheur logeait pourtant en lui depuis toujours. C’est dans l’art qu’il se réfugiait depuis des années et c’est dans ce domaine qu’il gagne sa vie depuis une vingtaine d’années, à peindre des toiles. 

Richard Brodeur
Photo courtoisie

Un long secret 

Même dès ses premiers pas à Québec en 1972, cette passion l’animait, bien que personne n’en savait rien. 

« J’ai toujours traîné un cahier avec moi. Sauf qu’être à la fois artiste et joueur de hockey, ça n’aurait jamais marché dans les vestiaires machos des années 1970 et 1980 », souligne Brodeur. 

« Tu es déjà bizarre dans la tête des autres quand tu es un gardien. Si en plus ils avaient su que j’étais artiste... Les gars n’étaient pas prêts pour ça. J’ai toujours peint en cachette chez moi. Ça a toujours été une passion », poursuit-il. 

Aujourd’hui, l’ancien gardien ne se cache plus. Et de toute manière, tout le monde le trouve.  

Établi sur l’île de Vancouver, où habite son garçon (sa fille habite encore à Québec), il vend de 60 à 80 de ses œuvres, bon an mal an. La plupart de ses expositions, au nombre de 14 cette année, se déroulent en Colombie-Britannique. Il aimerait s’étendre au Québec et ses toiles ont même été commandées aussi loin qu’en Australie ou au Japon. 

Sa collection la plus populaire est celle des souvenirs d’enfance au hockey.  

« J’ai été chanceux parce que mes deux passions dans la vie, je pourrai dire que je les aurai vécues sur le plan professionnel. Combien de gens dans la vie travaillent vraiment avec passion ? À tous les jours, j’ai hâte de me lever. » 

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