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Le prix du rêve américain

Le prix du rêve américain
AFP

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Peu importe où et quand je voyage aux États-Unis, je prends toujours le temps de discuter avec les gens, particulièrement avec ceux qui ont des emplois difficiles et peu rémunérés.

J’ai encore en tête cette discussion avec un chauffeur de taxi de Boston. Il avait quitté l’URSS et me confiait qu'il travaillait entre 70 et 80 h par semaine. Même à un âge avancé et malgré une santé chancelante, point de répit. 

Alors que je lui demandais pourquoi il n’avait pas préféré le Canada, sa réponse fut la suivante: «Je travaille dur, mais j’étais convaincu que mon fils pourrait réussir ici. Il étudie à Harvard, comme nous en rêvions.»

J’ai beaucoup repensé à cet homme en commentant le sort des migrants que le gouverneur DeSantis a déplacés cavalièrement. Ils font eux aussi le pari de tout laisser derrière parce qu’ils croient au fameux rêve américain.

Ce rêve a la vie dure. Qu’il n’ait été possible que pendant de très brèves périodes de l’histoire américaine ne semble pas atténuer son effet. Pourtant, plus que jamais depuis 1945, il est inaccessible.

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Une illusion

Comment le résumer? Malgré des origines modestes, le seul fruit de votre labeur peut vous permettre de connaître le succès. On voudrait bien y croire, mais si vous êtes né aux États-Unis et que votre famille se retrouve dans le 20% des ménages qui gagnent le moins, vous n’avez que 7,5% de chances de vous retrouver un jour parmi les 20% les mieux payés.

Quand on fait la comparaison avec d’autres pays comme le Royaume-Uni (9%), le Danemark (12%), le Canada (13,5%) et la Suède (15,7%), on constate rapidement que les nouveaux arrivants risquent de faire face à une réalité brutale. 

S’il est plus difficile qu’avant pour les gens nés aux États-Unis d’améliorer sensiblement leur sort en 2022, on peut malheureusement en dire autant pour les migrants. Les délais pour traiter leur demande sont plus longs que jamais et le risque d’être brutalement rejeté est très élevé.

Rêve au cauchemar?

Qu’entend-on par «long»? Si auparavant on attendait dans des abris de fortune pendant quelques jours ou quelques semaines, on le fait maintenant pour plusieurs mois, parfois pour plus d’une année. En 2020 et 2021, ils ont été tout près de deux millions à être rejetés.

À l’attente et au rejet, il faut ajouter une perspective sombre: la mort. La vie à la frontière s’accompagne de risques énormes, de l’enlèvement à l’omniprésence des narcotrafiquants. Les autorités mexicaines retrouvent régulièrement des corps qu’on dépose ensuite dans des fosses communes lorsqu’on ne les réclame pas.

Nul doute que les migrants qui parcourent des centaines de kilomètres avant d’entrevoir la «terre promise» démontrent le courage, la détermination et l’obstination nécessaires pour incarner une version du rêve américain, mais j’ai bien peur que personne ne leur ait dit qu’entre le mythe et la réalité, c’est trop souvent le cauchemar qui les guette.

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