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Deux beaux soirs avec Shakespeare

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C’est la première fois de ma vie que je passe deux soirs d’affilée avec Shakespeare.

Pour mon plus grand plaisir, c’est d’abord avec le Shakespeare féérique, facétieux et si léger du Songe d’une nuit d’été que j’ai passé le premier soir à la Maison symphonique. D’abord bercé par les airs mélodieux de la Marche des Elfes et du Nocturne de Mendelssohn, je fus sorti brusquement de ma béatitude par la marche nuptiale archiconnue qui clôture chaque cérémonie de mariage depuis presque deux siècles. Parce que les chefs d’orchestre s’y résignent rarement, c’était la première fois que j’avais l’occasion d’entendre en entier la musique que Mendelssohn avait composée pour Le songe d’une nuit d’été.

Pour rendre encore plus visuelle la musique qu’a interprétée l’OSM avec toutes les nuances que commande Rafael Payare, Catherine Vidal avait mis en scène l’essentiel de la trame dramatique du Songe d’une nuit d’été. Michelle Allen avait traduit en français les scènes choisies et adaptées par l’auteur britannique Gerard McBurney. Celui-ci était venu spécialement de Londres pour assister à la première de son texte en langue française. Malgré l’exiguïté de l’avant-scène et la distance qui la sépare du balcon où le chœur prend place, Mme Vidal réussit le tour de force d’y faire évoluer avec aisance les sept personnages du songe.

Une tournée au Québec

Le lendemain soir, c’est un Shakespeare plus étincelant, plus explosif, totalement déjanté et presque fou que présentait le Théâtre du Nouveau-Monde, de l’autre côté de la rue Sainte-Catherine. Je ne me rappelle pas avoir assisté à pareille Nuit des Rois, même si j’ai eu la chance, au cours des années, de la voir à Paris et plus d’une fois à Montréal. Le spectacle, qui s’est installé au TNM et qui tournera dans plusieurs villes du Québec jusqu’au 29 novembre, est un enchantement de la première à la dernière minute. C’est un plaisir pour l’œil et une joie pour l’oreille. C’est une suite de performantes époustouflantes d’acteurs et d’actrices durant lesquelles on retient son souffle pour n’en rien perdre. 

Verrons-nous, un jour, un Malvolio plus drôle, plus juste, plus souple et capable d’autant de nuances qu’Yves Jacques ? J’en doute. Trouverons-nous un autre acteur doué d’une aussi jolie voix que celle de Benoît McGinnis ? Un acteur assez intelligent aussi pour jouer un bouffon pareil ? Feste est une pièce maîtresse de cette comédie qu’on réussit encore à rajeunir après quatre siècles. Pourrions-nous dénicher pour le personnage de la suivante Maria une actrice et chanteuse plus parfaite que Kathleen Fortin ? Nommer tous les autres comédiens et comédiennes de la distribution et les affubler des plus belles épithètes de la langue française ne serait que justice, mais je n’aurais pas encore rien dit de cette production inventive dont on doit la mise en scène réglée comme une montre suisse à Frédéric Bélanger, et l’adaptation fluide à la prolifique Rébecca Deraspe.

Une nuit des rois rajeunie

Autant cette jeune dramaturge que Bélanger lui-même ont pris avec Shakespeare des licences que leurs prédécesseurs n’auraient peut-être pas osées, mais aucune de ces licences n’est gratuite. Que Viola fasse à Orsino une déclaration d’amour plutôt que l’inverse ne fait que mieux marquer l’air du temps sans trahir davantage Shakespeare que cet écran géant qui donne à la scénographie une allure aussi contemporaine. Puis il y a ces musiciens déchaînés, farfelus et anachroniques, un trio auquel Shakespeare est sûrement chagrin de ne pas avoir pensé. 

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