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La démocratie survivra-t-elle à l'ère Trump?

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Photo AFP L’ancien président américain Donald Trump.

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À l’approche des élections de mi-mandat du 8 novembre, de nombreux Américains craignent pour leur démocratie si le trumpisme n’est pas désavoué.

Malgré l’inflation persistante et d’autres nuages économiques à l’horizon, de récents sondages indiquent que l’enjeu qui préoccupe le plus grand nombre d’Américains est l’état chancelant de la démocratie dans leur pays.

Au Parti démocrate, on entend même des militants appeler les électeurs à sortir de leur torpeur habituelle des élections de mi-mandat pour participer à ce qui pourrait s’avérer le dernier scrutin libre et équitable de leur histoire.

Si certains scénarios alarmistes exagèrent peut-être les risques d’un effondrement total des institutions américaines, l’édifice démocratique américain ne laisse pas moins paraître des fissures préoccupantes.

  • Écoutez l'entrevue avec Pierre Martin, professeur de science politique à l’Université de Montréal et chercheur au CÉRIUM à l’émission de Richard Martineau diffusée chaque jour en direct 9 h 23 via QUB radio : 

Démocratie à sens unique

Il est particulièrement malsain qu’un des deux grands partis semble déterminé à n’accepter la légitimité des élections que s’il gagne.

Ceci se traduit entre autres par une multitude de candidats républicains à des postes liés à l’administration des élections, qui refusent d’accepter la légitimité des résultats électoraux de 2020 et envisagent de saborder la volonté des électeurs en 2024 si ceux-ci s’aventurent à voter pour un président démocrate.

Hier, les sénateurs républicains ont appuyé une loi qui ferait obstacle au genre de plan que Donald Trump avait concocté pour s’accrocher après sa défaite. Tant mieux ! N’empêche que la banalisation de cette tentative de coup d’État par les républicains et leur refus de désavouer l’ex-président qui l’a menée démontrent l’affaiblissement des normes démocratiques dans ce parti.

D’autres signes inquiétants

Ce n’est pas la seule menace envers la démocratie américaine qui a été exacerbée par la domination de Donald Trump sur le Parti républicain.

On a aussi assisté, au cours des dernières années, à une multiplication des mesures de suppression du vote à l’encontre de certains groupes par les législatures républicaines, au renforcement d’un sentiment nationaliste exclusif contraire à l’idéal universaliste américain et, surtout, à une dangereuse normalisation du mensonge dans le discours politique.

Le déséquilibre des institutions américaines fait aussi en sorte qu’il est de plus en plus possible, pour une minorité, de mettre en place des politiques qui vont à l’encontre des souhaits de la majorité. On l’a vu récemment avec le jugement de la Cour suprême qui rend possible la criminalisation de l’avortement, même si la vaste majorité des Américains s’y opposent.

Sortir des années Trump

Il y a beaucoup à dire sur les années Trump et les dommages qu’elles ont infligés à la démocratie américaine (c’est l’objet du livre que je publie cette semaine). La question qui se pose aujourd’hui est toutefois de savoir si les Américains pourront sortir de cette période.

Si Donald Trump s’éclipse du paysage politique, les problèmes qu’il a créés et ceux qu’il a contribué à approfondir resteront des défis importants. S’il s’incruste, ces problèmes ne pourront qu’empirer et pourraient bien devenir insurmontables.

L’élection de novembre sera un révélateur de la possibilité pour les États-Unis de sortir des années Trump. Même si nous ne sommes que des spectateurs de ce moment historique crucial, nous aurions tort de l’ignorer en nous croyant immunisés contre ce genre de malaise démocratique.

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