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Pas de cadeau de Noël pour la SRC

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C’était le « Noël des campeurs » à Radio-Canada depuis la fin de juin, mais la fête est maintenant terminée.

À la recommandation de Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine, le Conseil des ministres du gouvernement fédéral vient d’enjoindre au Tribunal administratif de réexaminer le très généreux cadeau qu’il avait fait au diffuseur public. Le CRTC avait en effet renouvelé pour cinq ans les licences de tous les services de CBC/Radio-Canada en langue anglaise et en langue française tout en libérant le diffuseur public de la plupart des contraintes qu’on lui avait toujours imposées. Même la haute direction du diffuseur, pourtant toujours assez satisfaite d’elle-même, en resta bouche bée. 

En gros, pour les années à venir – probablement sept, car c’est en général la véritable durée d’une licence de cinq ans ! – Radio-Canada n’aurait plus à la télévision linéaire à se préoccuper d’aucune obligation à l’égard des producteurs indépendants ni à se soucier de programmation locale, de prédominance du contenu canadien et d’intérêt général ou d’émissions en langue française pour les jeunes et les enfants. Le diffuseur pourrait désormais soustraire de ses chaînes traditionnelles tous les fonds qu’il voudrait pour les divertir vers ses plateformes numériques.

Le « free for all » que le CRTC a toujours formellement interdit aux réseaux privés, il l’offrait sur un plateau d’argent à CBC/Radio-Canada.

UNE BELLE UNANIMITÉ

Ce cadeau aussi inusité qu’exceptionnel fit bondir à peu près tout ce qui grouille et grenouille dans le monde de la télévision, sauf, peut-être, certains réseaux privés. Ceux-ci espéraient sans doute que ce soudain relâchement du CRTC leur profiterait au moment du renouvellement de leurs propres licences. Je n’avais jamais vu pareille unanimité contre une décision du CRTC, autant au Canada anglais qu’au Québec.

Le gouvernement fédéral n’avait donc pas d’autre choix qu’intervenir. La semaine dernière, il a donc demandé au CRTC non seulement de revoir sa décision, mais de convoquer une nouvelle audience publique. Mais par quel aveuglement le président Ian Scott n’avait-il pas pressenti le tollé que soulèverait la décision ? D’autant plus que des quatre commissaires qu’il avait choisies pour siéger avec lui, deux s’opposèrent au jugement final. À ma connaissance, aucune première licence ni aucun renouvellement ne fut accordé avec une dissidence aussi significative.

POURQUOI CINQ ANS ?

J’ai encore beaucoup de mal à comprendre que le CRTC ait renouvelé les licences de Radio-Canada pour cinq ans, alors que l’avenir de toute la télévision canadienne, y compris celui de ses plateformes numériques, dépend en bonne partie du projet de loi C-11. 

Actuellement à l’étude au Sénat, le projet de loi ne sera pas adopté à la Chambre des Communes avant la fin de l’année. N’aurait-il pas été plus sage de simplement prolonger les licences existantes jusqu’à ce que le ciel s’éclaircisse ? D’autant plus que le rapport sur l’avenir des communications du groupe de Janet Yale est toujours à la traîne et qu’il comporte d’importantes recommandations concernant CBC/Radio-Canada.

Les libéraux doivent se rappeler aussi que leur dernier programme électoral, encore tout frais à ma mémoire, leur impose de mettre à jour le mandat de CBC/Radio-Canada. Un mandat, entre autres choses, qui éliminerait à terme la publicité des émissions de nouvelles et d’affaires publiques, qui augmenterait la production de nouvelles, qui ferait valoir la langue française et les cultures francophones partout au pays et plus encore. 

De toute évidence, le CRTC n’a pas lu le rapport de Janet Yale, et encore moins le programme électoral du parti libéral ! 

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