/misc
Navigation

Quand Legault était un intellectuel...

Coup d'oeil sur cet article

Les bras m’en sont tombés lorsque François Legault a affirmé, récemment, que seuls quelques « intellectuels » s’intéressaient à la question du mode de scrutin.

Après le 3 octobre, il pourrait se rendre compte qu’il y a pas mal d’« intellectuels » chez nous. Le Parti conservateur du Québec, notamment, pourrait soudainement devenir un parti d’« intellectuels ».

Au reste, le chef caquiste en a déjà été un, il faut le souligner !

Pas lors de la première élection de la CAQ, en 2012. Après le scrutin, il admet que le mode de scrutin l’a pénalisé : la CAQ avait recueilli 27 % des votes, mais 15 % des sièges (19 des 125). Mais il avale : « Il faut jouer avec les règles du jeu. »

  • Écoutez l'entrevue d'Alain Laforest à l’émission d’Antoine Robitaille diffusée chaque jour en direct 17 h 30 via QUB radio : 

2015

Par la suite, il devient tranquillement un « intellectuel ».

2015 marque un tournant : en novembre, sur Twitter, il convoque membres et sympathisants au congrès de la CAQ en ces termes : « Inscrivez-vous au #cg2015 pour parler de démocratie et mode de scrutin ! »

Le mois précédent, en chambre, la CAQ avait appuyé une « motion orange » pressant le gouvernement Trudeau de « respecter sa promesse, [...] faire en sorte qu’au prochain scrutin fédéral chaque vote compte ». La même motion, finalement battue par le gouvernement Couillard, « demandait au premier ministre de créer » un comité pour analyser « la représentation proportionnelle ». Elle réclamait aussi le dépôt d’un projet de loi dans les 18 mois.

Combattre le cynisme

Dès le début de 2015 en fait, François Legault avait multiplié les déclarations sur le mode de scrutin.

En avril, adopter la « proportionnelle mixte » était, martelait-il, la condition pour combattre le « cynisme » et rétablir la « confiance entre les citoyens et la classe politique ». Il s’indignait qu’en 2014, le Parti libéral de Philippe Couillard ait obtenu 56 % des sièges (70/125) avec 42 % des suffrages.

  • Écoutez la rencontre Rémi Nadeau et Antoine Robitaille diffusée chaque jour en direct 17 h 30 via QUB radio :

2018

Mais en 2018, c’est la CAQ qui en profite, recueillant un pourcentage des voix moindre que celui des libéraux de 2014 (37 %), mais en raflant 59 % des sièges (74/125) ! À ce moment au moins, sa plateforme comportait la promesse explicite de réformer le mode de scrutin afin de diminuer ce type de distorsion.

Cinq mois avant les élections (le 9 mai 2018), François Legault avait même signé solennellement, avec les autres chefs, dans le hall de l’Assemblée nationale, un engagement : s’il prenait le pouvoir, il procéderait à la réforme.

En ces matières, on n’était « plus à l’étape des débats », disait-il, mais à celle « de l’action ». Le mode de scrutin uninominal à un tour nous avait « bien servis », mais montrait « de plus en plus ses limites ». À preuve, « les citoyens sentent que leur vote compte de moins en moins ».

Une phrase que reprendront sans doute les électeurs conservateurs s’ils recueillaient lundi qui vient quelque 17 % des voix en obtenant qu’un seul, voire aucun élu.

En début de semaine, M. Legault justifiait l’abandon de sa promesse en disant que ce « n’est pas une priorité pour les Québécois ». Mais lorsqu’il était un intellectuel, en mai 2018, il affirmait plutôt : « Un gouvernement qui ne respecterait pas cette volonté-là des citoyens se retrouverait en difficulté à moyen terme. » Difficultés qui pourraient bien se présenter, après le 3 octobre.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.