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L’urgence de réformer le mode de scrutin

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En faisant ressortir d’importantes distorsions, le résultat des élections québécoises risque de braquer plus que jamais les projecteurs sur l’urgence de réformer le mode de scrutin.

Françoise David n’oubliera pas de sitôt ce jour où, il y a quatre ans, François Legault l’a regardée droit dans les yeux. «Il m’avait exprimé à quel point il estimait primordial et urgent de réformer le mode de scrutin», se souvient-elle. 

C’était en mai 2018. L’ex-députée était devenue vice-présidente du Mouvement démocratie nouvelle. Grâce à l’initiative de ce groupe, les partis d’opposition, incluant la CAQ, avaient signé une entente appuyant une réforme. On voulait un système plus représentatif.  

La réforme signifierait que le scrutin passerait du mode actuel, majoritaire uninominal à un tour, à un modèle proportionnel mixte compensatoire (et non pur comme en Israël).   

Le modèle prôné, en vigueur en Allemagne et en Écosse, diminuerait de 125 à 78 le nombre de circonscriptions qui fonctionnent selon le système de votation actuel. On y ajouterait 50 sièges compensatoires, attribués par régions, et aux partis ayant dépassé, aux élections générales, le seuil minimal de 5 % des suffrages.  

Promesse reniée

La suite, scandaleuse et portée par des intérêts partisans, est connue. Devenu premier ministre, le chef caquiste a renié sa promesse, à quelques jours d’un Noël pandémique.  

Avec une multiplication de grands partis qui risquent de se partager l’opposition, après le 3 octobre, la nécessité de réformer le mode de scrutin apparaîtra des plus claire.  

Ainsi, même si la CAQ pourrait ne recueillir que 37 % des voix (selon le plus récent sondage Léger), le parti pourrait quand même rafler plus deux deux-tiers des sièges. 

«Notre mode de scrutin est un miroir déformant de la volonté citoyenne actuellement», déplore Julien Verville, professeur de science politique au Collège Ahuntsic, spécialiste de la question. 

Certes, avec un scrutin mixte proportionnel, il y aurait davantage de gouvernements de coalitions, admet Françoise David. «Mais ils représenteraient beaucoup plus d’électeurs (trices), et auraient donc plus de poids pour revendiquer des pouvoirs à Ottawa, par exemple.» 

M. Legault a de nouveau rejeté, mardi, la possibilité d’une réforme. Il promet de travailler avec les partis d’opposition. Cela n’impressionne guère Mme David, car un gouvernement n’a de toute façon pas le choix de collaborer ainsi par moments. 

M. Legault a même prétendu que la question n’intéressait que les intellectuels, rappelle M. Verville. Ce dernier note cependant «qu’à chaque sondage, et je l’ai noté dans mon livre (paru en 2020 aux Presses de l’Université du Québec), il y a toujours 65 à 70 % des Québécois qui disent être favorables à une réforme du mode de scrutin.» 

Pour les oppositions, le défi sera de garder l’enjeu «bien vivant» après les élections, note le professeur Verville. 

Françoise David estime que «tout va dépendre de la force du mouvement social. Il faudra mobiliser les gens»», dit-elle, soulignant qu’énormément de gens lui en parlent, estimant que le système actuel est dépassé. 

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