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Québec 2022 | Carnet de campagne: Semaine 5

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Nos journalistes sont montés à bord des cinq caravanes des partis politiques qui sillonnent les routes du Québec jusqu’au 3 octobre. Chaque dimanche, Le Journal vous présente les coulisses de ce périple électoral.

Le paradoxe Éric Duhaime

Photo Taïeb Moalla

Il y avait quelque chose de fascinant à être dans le bus d’Éric Duhaime pour la seconde moitié de la campagne électorale. 

Oubliez l’image de l’animateur radio enragé qui crie derrière son micro pour exacerber la colère des foules. Au jour le jour, « Éric » a le tutoiement facile. Il est d’un naturel désarmant. 

Affable, gentil et sympathique, il peut même faire de l’autodérision, une qualité rare chez les politiciens. Dans le bus de campagne, il lui arrive de discuter à bâtons rompus avec les journalistes pour recueillir des commentaires sans filtre dans un cadre moins rigide que celui des mêlées de presse.

Pourtant, ce même Éric Duhaime n’hésite pas à chauffer à blanc ses partisans en s’en prenant aux médias « subventionnés » (traduire : vendus au gouvernement). 

Sur Facebook, il dénonce régulièrement le « deux poids deux mesures » dont il s’estime victime de la part des reporters. Il utilise les mots qu’il faut pour susciter le courroux de ses sympathisants dont le degré d’agressivité sur Twitter atteint des sommets. 

Éric Duhaime est bien trop intelligent pour épouser les théories du complot. Mais il joue sur une mince ligne afin de ne pas s’aliéner une partie de ses supporters dans leurs idées complotistes antimédiatiques. 

Il joue la carte de la transparence, mais il rechigne à accepter une deuxième mêlée de presse quotidienne lorsqu’il estime que cet exercice ne sert pas son message. 

Vainqueur dans tous les cas

En point de presse, le paradoxe Duhaime atteint son apogée. Habile communicateur, il sait frapper ses adversaires là où ça fait mal. Il a réussi à imposer le troisième lien comme un enjeu principal de la campagne. Sur l’immigration, il a su profiter efficacement des erreurs et des faux pas de la CAQ. Pourtant, le programme électoral conservateur n’est pas si éloigné du plan caquiste. Et Éric Duhaime a prononcé, par le passé, des déclarations fort controversées sur ce même thème.

Efficace pour tirer sur ses rivaux, le politicien est plus discret quand il s’agit de détailler son programme. Le flou et l’à-peu-près occupent toute la place quand il est interrogé sur certains de ses engagements. Ses réponses – si bien ciselées quand il s’en prend à ses concurrents – deviennent soudainement évasives ou carrément hors sujet. 

Terminant son marathon par un sprint dans « sa » circonscription de Chauveau, Éric Duhaime réussira, demain, à sortir le Parti conservateur du Québec de la marginalité. Même s’il ne fait élire aucun député, il sera – d’une façon ou d’une autre – un des vainqueurs du scrutin. Décidément, Éric n’en est pas à un paradoxe près.

- Taïeb Moalla au PCQ

Orange, la couleur du « changement » ?

Photo Marc-André Gagnon

Si vous ne l’aviez pas encore remarqué, le parti de Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé, dont une désormais ex-candidate s’est fait prendre à voler un tract de son rival péquiste, a aussi emprunté subtilement le slogan qu’avait la CAQ en 2018 : celui du « changement ». 

Le candidat solidaire Mathieu Perron-Dufour, qui a bon espoir de causer la surprise dans Hull le 3 octobre prochain, a résumé l’affaire en discutant avec les journalistes en marge d’un 5 à 7 avec des militants, vendredi.

Si je paraphrase : en 2018, les électeurs de l’Outaouais avaient élu trois caquistes en Outaouais, croyant que c’était la voie du changement, pour finalement se rendre compte que les choses n’ont pas tellement changé.

En entrevue éditoriale avec Le Journal, Gabriel Nadeau-Dubois, en se défendant d’être trop jeune pour devenir PM, a repositionné à sa façon l’enjeu de l’élection. 

« Ce n’est pas une question d’âge. C’est surtout une question de vision. [...] Est-ce qu’on veut renvoyer à l’Assemblée nationale des députés d’un parti qui représente une coalition entre les deux partis traditionnels [la CAQ], ou [...] des députés qui font partie d’une nouvelle vague ? » 

Pour GND, qui a succédé à Manon Massé comme chef parlementaire – il y a seulement un an –, c’est QS qui incarne cette « nouvelle vision qu’on n’a pas encore essayée au Québec ».

Effet orange

GND aimerait qu’il se reproduise à l’Assemblée nationale le même phénomène qu’on a vu à l’hôtel de ville de Québec ainsi qu’à ceux de Montréal et de Sherbrooke, où un nouveau maire et de nouvelles mairesses ont été élus en mettant de l’avant le thème de l’environnement, notamment.

Avant une soirée-spectacle en Estrie, GND a fait valoir que l’élection de Christine Labrie avait contribué à transformer le paysage politique de Sherbrooke. Une sorte d’effet orange qu’il aimerait voir s’étendre jusque dans Saint-François, la circonscription voisine, où se présente la Dre Mélissa Généreux.

Contraste

GND se plaît souvent à souligner « qu’il se passe quelque chose » en 2022 pour QS. On l’a senti dans les rassemblements, les locaux électoraux et les 5 à 7 débordants de militants.

Il restera à voir, demain, si Québec solidaire, un peu comme les feuilles l’automne, aurait eu besoin d’une semaine de plus pour que la couleur orange s’étende autant que GND l’aurait souhaité.

- Marc-André Gagnon avec QS

L’immigration, bête noire de Legault

« Bougonneux ? C’est quand les questions ne sont pas le fun ! » a rétorqué François Legault, vendredi soir, à une dame de Chapais qui le questionnait sur son humeur maussade des derniers jours.

À l’instar des premières semaines de la campagne, la dernière ligne droite de la tournée électorale du premier ministre sortant fut laborieuse. Sa bête noire, l’immigration, lui aura collé à la peau jusqu’à la toute fin.

Surtout qu’il associe désormais directement l’immigration au déclin du français, ce qui multiplie les risques de glisser sur une pelure de banane.

François Legault refuse maintenant d’aborder ce thème, de peur que ses propos ne soient associés à du « racisme ».

Sur la caravane caquiste, il aura donc fallu parcourir des centaines de kilomètres pour entendre le discours le plus favorable à l’immigration de la campagne, celui du maire de Lebel-sur-Quévillon, une municipalité du Nord-du-Québec d’un peu plus de 2000 âmes.

Le maire Guy Lafrenière rêve d’accueillir encore plus de ces « sauveurs de jobs ». 

« Que la personne arrive de Val-d’Or, de la Tunisie ou de l’Afrique, c’est la même personne. C’est un humain qui arrive », a-t-il dit après le passage du PM sortant.  

Désormais, avant une mêlée de presse, le chef de CAQ enfile ses jambières, son plastron, ses épaulettes, son casque et joue au gardien de but. Il tente d’en dire le moins possible pour éviter de glisser. 

- Geneviève Lajoie, bureau parlementaire

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