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En pleine pénurie de personnel, des profs et des éducatrices superviseront le brossage des dents

L’initiative est accueillie avec scepticisme dans le réseau scolaire

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Des élèves québécois apprendront à se brosser les dents à l’école chaque jour. Un programme de «brossage supervisé des dents» concocté par Québec commence à se mettre en branle dans certaines régions, mais le personnel scolaire juge cette initiative complètement «irréaliste» dans le contexte actuel.

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Le Programme québécois de brossage supervisé des dents avec un dentifrice fluoré en service de garde éducatif à l’enfance et à l’école primaire a été élaboré il y a quelques années, mais son implantation a été ralentie par la pandémie, explique le ministère de la Santé.  

Le petit Sacha, 5 ans, pourrait bientôt faire partie des élèves qui se brosseront les dents dans leur classe de maternelle chaque jour.
Photo Stevens Leblanc
Le petit Sacha, 5 ans, pourrait bientôt faire partie des élèves qui se brosseront les dents dans leur classe de maternelle chaque jour.

Québec prévoit qu’à terme, 80% des enfants ciblés y participeront, mais cette «cible finale» sera variable «dans le temps pour chaque région», précise-t-on. 

  • Écoutez l'entrevue avec Nicolas Prévost à l’émission de Philippe-Vincent Foisy diffusée chaque jour en direct 7h50 via QUB radio: 

À l’école, le brossage supervisé des dents se fera pendant deux minutes, en classe pour les petits de la maternelle et au service de garde pour les élèves de la première à la sixième année. 

Dans certaines régions, dont les Laurentides et la Capitale-Nationale, les autorités régionales de santé publique ont récemment informé le réseau scolaire de l’implantation de ce programme en 2022-2023. Dans la région de Québec, sa mise en œuvre se fera «sur une base graduelle et volontaire», peut-on lire dans une lettre du CIUSSS transmise aux directions d’école de la région (voir encadré). 

Au cours des derniers jours, des éducatrices et enseignantes ont donc appris avec surprise qu’elles devront bientôt intégrer le brossage de dents à leurs activités quotidiennes. 

Photo Stevens Leblanc

Dans le programme rédigé par le ministère, il est prévu que «la personne attitrée à la supervision du brossage des dents doit être présente lors de chacune des étapes du brossage supervisé». 

L’éducatrice ou l’enseignante doit s’assurer que les élèves se lavent les mains avant et après l’opération, qu’ils soient au maximum deux en même temps à un même lavabo et que les brosses à dents n’entrent pas en contact les unes avec les autres. 

«Mission impossible»

Dans le réseau scolaire, on considère que la mise en place de cette initiative est complètement «irréaliste». 

«On a déjà de la difficulté à avoir le personnel en place pour assurer de façon adéquate la sécurité des élèves, s’il faut ajouter ça en plus, ça ne marchera pas», laisse tomber Carol-Anne Dupré, qui est responsable d’un service de garde dans une école primaire de la région de Vaudreuil-Soulanges. 

«C’est mission impossible, ajoute de son côté Line Camerlain, vice-présidente de la Centrale des syndicats du Québec. Est-ce que ceux qui ont rédigé ce programme ont déjà mis les pieds dans une école?» 

Dans plusieurs milieux, les élèves n’ont que 30 minutes pour dîner, avant de devoir faire de la place pour le groupe suivant, et il y a souvent déjà congestion dans les salles de bain, souligne Mme Camerlain.  

Avec la pénurie de personnel, des éducatrices doivent maintenant prendre en charge 30 élèves, plutôt que 20, lorsqu’une collègue est absente. Dans ce contexte, il est difficile d’imaginer comment une éducatrice pourrait superviser le brossage de dents de chaque élève de son groupe. «Est-ce que c’est vraiment à l’école de faire ça?» s’interroge la vice-présidente de la CSQ. 

Non, rétorque des directions d’école. «Ça va trop loin», tranche Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE).  

En plus de n'être «pas du tout réaliste», l’implantation de ce programme pourrait même avoir des effets collatéraux sur les membres du personnel scolaire, déjà à bout de souffle, ajoute-t-il. 

«On parle de pénurie, mais lorsqu’on en rajoute toujours une couche, c’est ça qui fait qu’on perd des enseignants, des éducatrices et des directions d’école en cours de route», affirme M. Prévost. 

Une «responsabilité partagée»

Au ministère de la Santé, on rétorque que la santé dentaire des élèves «ne s’est pas améliorée de façon significative depuis la fin des années 90», alors que le brossage supervisé de dents avec un dentifrice fluoré a fait ses preuves pour réduire la carie. 

«L’intégration des saines habitudes de vie en matière de santé dentaire dans les milieux de vie des jeunes, c’est une responsabilité collective partagée, et ce, au même titre que la promotion des saines habitudes de vie en matière d’alimentation et d’activité physique dans les écoles», ajoute son porte-parole, Robert Maranda. 

Trop de caries en bas âge

Pourquoi le brossage des dents à l’école est nécessaire, selon la Santé publique?

Voici des extraits de la lettre du CIUSSS de la Capitale-Nationale envoyée au réseau scolaire: 

«Plus de la moitié des élèves de 2e année du primaire sont déjà touchés par la carie dentaire. De plus, malgré les mesures préventives déjà implantées, ce pourcentage n’a pas diminué depuis les années 90.»  

«Cette situation inquiétante démontre l’importance d’accentuer nos actions, dès le plus jeune âge, auprès des enfants.» 

«Nous prioriserons, dès cette année, une approche reconnue plus efficace, équitable et universelle pour prévenir la carie en amont.» 

«Le brossage des dents, deux fois par jour, avec un dentifrice fluoré, est une mesure essentielle au maintien d’une bonne santé dentaire. Pour certains enfants vulnérables, le brossage en milieu scolaire sera dans les faits, leur seul brossage de la journée.»  

«Le brossage des dents (...) est une pratique préventive efficace contre la carie dentaire (diminution de 24 %). Il est aussi utile pour réduire les inégalités sociales de santé dentaire.» 

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